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Festival Jazz à Montauban - 5 juillet 2012

Écrit par Michel Bedin on 8 juillet 2012. Posted in Musique

montauban-pluie

La soirée du 5 juillet s’annonce plutôt mal côté météo. Quand nous arrivons, une armée de bénévoles, éponge dans la main droite, papier absorbant dans la gauche, essuie les sièges des travées un à un. C’est qu’il vient de tomber une belle averse, et un petit crachin subsiste, si bien que les placeuses, rouleau sous le bras, assèchent du mieux qu’elles peuvent l’endroit où vous allez vous asseoir. Mais le public de concerts en plein air est stoïque et même parfois héroïque et, ce soir, c’est supportable.

montauban-Remi-Panossian

La première partie est dévolue au trio toulousain piano-basse-batterie de Rémi Panossian. Difficile de définir leur style de musique. Certains appellent ça de la musique actuelle, ce qui ne veut pas dire grand-chose, d’autres l’appellent musique improvisée européenne, ce qui n’est pas satisfaisant non plus, surtout quand, comme ici, elle paraît solidement écrite et longuement répétée la plupart du temps. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est personnelle,  syncopée comme le jazz, mais allant chercher ses racines ailleurs que dans le jazz. Le premier morceau commence comme un air de musique expérimentale, pianiste frappant les cordes dans le piano sans l’aide des touches. On est prêt à penser que la section rythmique va jouer un peu rock, un peu mastoc, un peu carré, mais pas du tout. Une fois ce prélude un peu frimeur posé, le batteur Frédéric Petiprez et le bassiste Maxime Delporte entrent en lice et ça pulse avec un jeu très souple, mais très énergique. Le pianiste Remi Panossian se révèle un excellent swingueur. Il s’est placé côté jardin, contrairement aux trios des deux jours précédents, face à ses deux compagnons et non en leur tournant le dos, comme l’ont fait, le veille et l’avant-veille, Ahmad Jamal ou Philippe Duchemin. Frédéric Petiprez joue avec une mailloche à la main droite et une baguette à la gauche et cela donne une sonorité plus étrange qui colle bien au gros son de la contrebasse de Maxime Delporte. Ils jouent leurs compositions, avec des accélérations et des changements surprenants de rythme, s’inspirant plus ou moins ouvertement de ceux qu’ils ont entendus dans leur tournée asiatique au Japon, en Corée, comme dans « Shikihori Â» où le batteur s’offre un très bon solo. Arrive une composition curieuse, un peu gonflante à mon avis, et qui s’essaie à copier la contemporaine, intitulée « Insomnia Â». La pluie s’invite, puis se transforme en un crachin insistant. Certains spectateurs vont s’abriter, mais la plupart, impassibles, sortent les parapluies et restent. La fin du concert arrive avec un morceau plus dynamique, quoiqu’un peu lancinant. Au total, une prestation très curieuse et fort intéressante avec d’excellents musiciens qui, en laissant à d’autres les gags d’une pseudo-modernité, élargiraient leur champ d’audience. Mais d’ores et déjà, c’est une formation de grande qualité.

 montauban-ayo

En seconde partie, est prévue la prestation de la chanteuse Ayo, fort attendue par un public de fans, mais que la distance que je garde habituellement avec les émissions de variétés a préservée de ma sympathie éventuelle, voire de l’inverse. La voix, une voix très agréable, bien posée, parvient à mes oreilles avant qu’Ayo n’arrive sur scène, car elle a commencé en coulisses. Quand elle arrive sur le plateau, éclairée par la poursuite, il faut se rendre à l’évidence, elle n’a pas seulement une voix. Ayo, de son vrai nom Joy Olasumibo Ogunmakin, est une grande belle jeune femme mince et élégante qui pourrait être aussi bien mannequin de mode que chanteuse de pop jazz. Elle ne tient pas en place, parcourt la scène de long en large, se saisit du piano, enchaîne une seconde chanson, prend la guitare, sous les applaudissements d’un public conquis. Chansons d’amour en anglais dont les paroles, certes, n’iront pas gonfler les pages de la Pléiade mais gentiment écrites dans la veine du filon des chansons d’amour de tous les temps et de toutes les histoires. Des chansons faciles à danser, à écouter, à retenir. Et le public, venu pour ça, est enchanté. Ayo inspire la sympathie, la gentillesse, la bienveillance. Le public est heureux.

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