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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : Mariss Jansons dirige la Septième symphonie de Mahler

CD Malher

Gustav Mahler : Symphonie N° 7
Royal Concertgebouw Orchestra Amsterdam, dir. Mariss Jansons
1CD RCO Live : RCO 17006 (Distribution : Warner classics)
Durée du CD : 79'55
Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orange (5/5)

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Après avoir créé sa Septième symphonie à Prague en 1908, Mahler en donnera la première exécution à Amsterdam un an après, à la tête de l'Orchestre du Concertgebouw. Depuis lors, une solide tradition mahlérienne s'est établie au sein de cette illustre formation qui de Mengelberg à Haitink en passant par van Beinum et jusqu'à Chailly, a toujours offert des interprétations au plus près des sonorités voulues par le compositeur-chef d'orchestre. Mariss Jansons, directeur musical de 2004 à 2015, s'inscrit dans cette dynastie de légende. Revenant diriger en septembre 2016, désormais dans la position de ''chef émérite'', il donne de cette symphonie une exécution magistrale. Ce CD est le fruit de la captation live de ces concerts.

La Septième n'est sans doute pas la plus abordable des symphonies de Gustav Mahler. Cela tient à sa construction faite de deux ensembles assez différents quant à leur style : les deux andante, d'une part, achevés dès 1904, les trois autres mouvements complétés l'année suivante, d'autre part. A propos des ces derniers, il aura ce mot : « J'ai tout écrit dans une sorte de fureur ». L'architecture est-elle ainsi : deux mouvements rapides et démonstratifs (I & V) entourent deux épisodes nocturnes, dits « Nachtmusik » (II & IV), eux-même séparés par un scherzo fantastique (III), cœur de l'ouvrage, qui lui imprime sa tonalité si singulière. Le rythme de marche, tant caractéristique chez Mahler, qui ouvre l'allegro risoluto, est sombre, angoissé, voire pesant sur un thème douloureux chanté par le cor ténor. Un drame qui va vivre comme un phénomène de flux et reflux à travers des déferlantes d'orchestre. La première « Nachtmusik » nous plonge dans l'atmosphère du « Wunderhorn », auquel appartiennent les premières symphonies : une procession nocturne dans une nuit tragique d'obscurité totale. Univers étrange où le deuxième thème de danse grimaçante apporte un mélange étonnant de grotesque et d'élégie, les effets d'écho et l'utilisation des clochettes de berger ajoutant à l'étrangeté. On y trouve ici un bel exemple de l'orchestre de solistes que Mahler affectionnera dans ses dernières œuvres.

Au centre de la symphonie, le Scherzo est fantomatique et macabre, de son rythme tournoyant de valse déconstruite. Ce morceau, nocturne lui aussi - peut-être même plus que les deux autres - où l'on se prend à perdre le fil, puis à le retrouver, distille une atmosphère démoniaque. La seconde « Nachtmusik », marquée ''Andante amoroso », est une sérénade, dans laquelle le chef Bruno Walter voyait « un érotisme tendre et doux ». Son caractère intime cèle aussi quelque angoisse, en tout cas un tragique certain allié à un lyrisme envoûtant. Ce qu'ajoute l'instrumentarium qui prévoit alors mandoline, guitare et violon solo. Par un saisissant contraste dont Mahler a le secret, le finale renoue avec une forme d'exubérance. Car une joyeuse fanfare interrompt les réflexions intimistes des trois épisodes centraux : une sorte de défouloir, une façon de kermesse avec d'incessantes ruptures de rythmes. Le traitement pour le moins discontinu du discours s'agrémente d'accélération fulgurante avec montée en puissance, ou au contraire de rétrogradation vers le répit. Puis un joyeux tumulte s'empare de nouveau de tout l'orchestre avec même martèlement de cloches : après bien des sautes d'humeur, la symphonie finit carillonnant et peut-être dans ce « caractère essentiellement gai » que lui trouvait son auteur. Curieuse péroraison au demeurant d'une œuvre qu'on a sous-titrée « Chant de la nuit ».  

La discontinuité du matériau de cette symphonie appelle une exécution à la fois habitée de souffle et apte à se mouvoir dans une technique orchestrale d'une rare inventivité, où puissance ne rivalise pas avec sobriété, bien au contraire. On est frappé par le respect scrupuleux de la dynamique qu'observe Mariss Jansons procurant à cette œuvre sa vraie clarté. Ainsi du traitement chambriste des épisodes médians dont la fluidité de l'agencement, a priori souvent déconcertant, prend ici une forme d'évidence. La palette sonore est extrêmement différenciée. Et on savoure la science de l'instrumentation imaginée par Mahler et la mise en exergue de sonorités inhabituelles, que ce soit par le recours à des instruments nouveaux dans le monde symphonique comme la mandoline ou la guitare, ou par le traitement inédit réservé aux instruments habituels à des fins d'effets nouveaux. Enfin le refus de l'agressif même au plus fort des grands climax laisse à l'auditeur non pas seulement le plaisir d'un confort d'écoute, mais plus que cela : une idée au plus juste possible de l'authenticité du timbre malhérien. Dont on se délecte grâce à la sonorité d'un orchestre d'une fabuleuse cohésion et en même temps virtuose quels que soient les départements concernés : couleurs patinées des bois, cuivres bien sonnants mais tout en rondeur, cordes expressives même lorsque sollicitées dans le registre ''forte''.

L'enregistrement en concert est lui aussi magistral. L'acoustique ''ouverte'' de la célèbre salle du Concertgebouw est captée par une prise de son claire, spacieuse, avec un bel étagement des plans et une remarquable spatialisation dans les deux « Nachtmusik ».

Jean-Pierre Robert  

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