CD « Chimère » Récital Sandrine Piau

CD Chimere

« Chimère ». Lieder, mélodies et songs de Carl Loewe, Robert Schumann, Claude Debussy, Hugo Wolf, Ivor Gurney, Robert Baksa, Samuel Barber, Francis Poulenc, André Prévin
Sandrine Piau, soprano, Susan Manoff, piano
1CD Alpha : Alpha 397 (Distribution: Outhere Music)
Durée du CD : 58'27
Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile griseetoile grise (3/5)

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Pour son premier album solo chez le label Alpha, Sandrine Piau invite à un voyage intime en terres de rêves. Le CD organise en effet un parcours original et raffiné associant Lied allemand, mélodie française et song anglais. Y sont réunies des pièces que la chanteuse juxtapose autour du concept de « chimère » qui, dit-elle, « nous plonge dans le désir fou de donner réalité à nos rêves » et dont « la séduction est souvent le tombeau de nos illusions ».

Cette poétique du rêve qui croise le mystère et l'étrangeté, est mise en évidence dans le Lied par Schumann et en particulier dans « Kennst du das Land », dit « Chant de Mignon », tiré des Lieder und Gesänge aus ''Wilhelm Meister'' de Goethe, une poésie rythmée par le refrain « Là-bas, là-bas, O mon bien-aimé, je veux aller avec toi! ». Mais aussi dans le joyau qu'est « Die Lotosblume », extrait des Myrthen, op. 25, cette « Fleur de Lotus », un des chefs d'oeuvre de son auteur, sur un poème de Heinrich Heine. Hugo Wolf qui a si bien écrit sur le même poème de Mignon, a composé aussi un Lied «  Verschwiegene Liebe » (Eichendorff, 1898), un amour aussi silencieux que peut l'être la nuit elle-même. Enfin Carl Loewe, moins connu dans l'immense répertoire du Lied allemand, emprunte aussi à Goethe son «  Ach neige, du Schmerzenreiche » (Ah, penche, pleine de douleurs), une prière empruntée aux Scènes de Faust de Goethe. Les français savent tout autant s'abreuver à l'étrangeté de la chimère. Claude Debussy, par exemple, dans le premier volume de ses Fêtes galantes, sur des poèmes de Verlaine, de 1892 : trois morceaux qui vont du monde feutré et triste de « En sourdine », à un « Clair de lune » d'une douce tristesse, loin   de la façon dont Fauré drapera cette poésie, enfin à « Fantoches », loufoque espagnolade dans un amusant allegretto scherzando. Un autre maître de la mélodie, Francis Poulenc a, dans ses Banalités, taquiné la langue de Molière, revue par Apollinaire. Ce petit groupe de cinq mélodies (1940) accommode les « délicieux vers de mirliton » d'Apollinaire d'un esprit souvent proche de la chanson. On y trouve la langoureuse nonchalance de « Hôtel » ou la gouaille de « Voyage à Paris » sur un rythme de valse. La dernière pièce, « Sanglots » offre quelque gravité enveloppée dans les fines harmonies poulencquiennes.

Le territoire des songs anglais est représenté par Samuel Barber et son « Solitary Hotel » (James Joyce, 1968/69), scène étrange en forme de souvenir de tango, et par André Prévin (*1929) et ses « Three Dickinson Songs » écrits en 1999 pour René Fleming sur des textes envoûtants de la poétesse américaine Emily Dickinson, des pièces magnifiquement écrites pour la voix et un piano virtuose. On y trouve encore le moins connu Ivor Gurney (1890-1937) avec « Sleep », une ode à la nuit tirée des « Cinq Chants élisabéthains », ou encore Robert Baksa (*1938) avec « Heart! we will forget him », emprunté à la même Emily Dickinson, un chant de la séparation composé en 1967.

Sur ce choix intelligemment conçu et fuyant le convenu, Sandrine Piau propose des interprétations très pensées et vocalement accomplies, même si on la sent plus à l'aise dans la diction française et la langue anglaise que dans la prose allemande. On admire son Debussy justement mystérieux comme l'approche idiomatique des pièces de Poulenc, n'était une retenue quant à la veine délicieusement ironique dont certaines de ces dernières pièces sont parées. Les songs la trouvent en complète empathie avec la poétique de Barber ou de Prévin. Il faut dire que le récital doit beaucoup à l'accompagnement de Susan Manoff, partout d'une justesse de ton remarquable.

Pour un enregistrement effectué dans les fameux Studios Teldex de Berlin, la prise de son donne une image sonore curieusement peu centrée : la voix est souvent placée vers la droite, au mieux au centre-droit, et le piano souffre encore plus d'un effet de décentrage dans l'espace. On a privilégié une ambiance proche de celle d'une salle de concert.

Jean-pierre Robert

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Mots-clés: Carl Loewe

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