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CD : Songs & Dances de Purcell

Purcell Songs and Dances

  • Henry Purcell : Songs (« Strike the viol, touch the lute », « O solitude, my sweetest choice », « Here the deities approve », « Fairest Isle », « What power art thou », « Twas within a furlong of Edinboro' town », « Here let my life with as much silence slide », « Tis nature' voice », « One charming night »
  • Dances : « Minuet – hornpipe - boree », « Pavan », « Hornpipe », « May her blest example chase », « Aire », « Scotch tune », « Fantazia upon a ground », « March » « Curtain tune », « Song tune », « Chaconne »
  • Tim Mead, contre-ténor
  • Les Musiciens de Saint-Julien, dir. François Lazarevitch
  • 1 CD Alpha : Alpha 419 (Distribution : Outhere music)
  • Durée du CD : 66 min 10 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5) 

Cet album regroupe un choix judicieux de pièces vocales et instrumentales d'Henry Purcell. De styles variés, anglais bien sûr, mais aussi écossais et même français. Un panorama tout sauf monotone, chacune apportant sa propre saveur, selon François Lazarevitch. Qui les interprète avec son ensemble des Musiciens de Saint-Julien et le merveilleux contre-ténor Tim Mead. Une belle immersion dans la musique de l'Orphée britannique. 

Le programme se partage à parts égales entre morceaux dansés purement instrumentaux et chansons, ces songs si magistralement embellis par la voix de contre-ténor. Au titre des premiers, on signalera tout particulièrement la « Fantazia upon a ground » pour trois flûtes, musique directement inspirée de la ''country dance'' anglaise : un savant entrelacs des instruments solistes sur une généreuse basse obstinée. La « Pavan in G minor », tendrement langoureuse, est de style imitatif des consorts de violes. On ne résiste pas au Hornpipe, cette danse sautée typiquement anglaise, rapide ou lente, parfois associée à d'autres formes comme le menuet et la bourrée. « May her blest example chase », de l'Ode pour l'anniversaire de la Reine Mary, est une sorte de contredanse où l'animation est créée par un rythme très syncopé, agrémentée de la sonorité imitant la cornemuse. On retrouve ce même parfum écossais dans « Scotch tune », d'une extrême mobilité. « Curtain tune », extrait de Timon d'Athènes, est également une danse bien rythmée, s'enhardissant de plus en plus vite. Tout finit, et le programme lui-même, par une Chaconne, celle extraite de The Fairy Queen, conclusion grandiose et à la française d'un passionnant florilège. 

L'autre intérêt du CD, et non des moindres, réside dans les Songs. Tim Mead en a choisi quelques-uns des plus beaux où paradoxalement l'écriture pourtant fort précise de Purcell, laisse à l'interprète une grande liberté, presque d'improvisation, « un tremplin pour l'invention », remarque-t-il. Magnifiant le sens mélodique de Purcell, ce qui se traduit par la fluidité du discours, le sens de la transition, pour exprimer les sentiments humains les plus divers, de la célébration de la mort à celle des plaisirs de la vie. « One charming night », tiré de The Fairy Queen, est une ode au plaisir sensuel, le son des flûtes ajoutant ici une note malicieuse tandis que la rythmique sait se faire sentir très accentuée. « Strike the viol, touch the lute », de l'Ode précitée à la Reine Mary, célèbre le pouvoir de la musique pour « chanter la louange de votre Patronne », par la voix du soliste et une longue péroraison orchestrale. Comme « O Solitude, my sweetest choice » (Ô solitude, ma douce préférence) le plaisir singulier de cultiver « l'éloignement du monde et du bruit », dans une chanson de plus en plus éthérée. Tout en contraste, le song écossais « Twas within a furlong of Edinboro' town » (C'était à deux pas de la ville d'Edimbourg), offre un parfum populaire au long d'une scénette plus ou moins coquine. « Fairest Isle » (Île entre toutes belle), emprunté à King Arthur, une de ses plus belles inspirations, montre combien « Purcell est expert dans l'art de sculpter une mélodie vocale à partir d'un texte », remarque Tim Mead. « What power art thou » (Quelle puissance es-tu), du même opéra, est un bon exemple de ces ''musiques tremblantes'' singeant l'hiver réfrigérant, le chant répétant à l'envi des syllabes saccadées crescendo et decrescendo. Un étonnant morceau. 

L'interprétation est superlative. François Lazarevitch a effectué la réalisation musicale, privilégiant l'ornementation par une écriture inventive puisée aux sources anciennes, et ménageant un grand naturel. Qui cultive le sens de la cadence, selon lui, « la sève de la musique... un ressenti de la pulsation souple, une sorte de ''swing'' à l'intérieur du tempo, qui lui ne bouge pas ». L'exécution est fort soignée, où l'on remarque le clavecin de Justin Taylor, la viole de Lucile Boulanger et bien sûr les parties confiées à la flûte, dont celle de François Lazarevitch. L'accompagnement est toujours vivant et intense, offrant au soliste un écrin de choix. Le contre-ténor Tim Mead déploie un style des plus choisis. Outre la beauté intrinsèque d'un timbre chaud et expressif, on apprécie la simplicité de l'élocution, le souci de l'ornementation au service du texte, si essentiel chez Purcell. Et surtout l'aisance du phrasé, peut-être aidé par son passé d'instrumentiste, car comme Lazarevitch, il a été lui-même flûtiste.

L'enregistrement, effectué dans une église à Paris, est idéalement présent et aéré, avec une bonne définition de la basse, procurant une ambiance très séduisante, et enveloppant la voix, bien mise en valeur.

Texte de Jean-Pierre Robert

Disponible sur Amazon en CD et MP3


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