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Concert : du XXIème au Siècle d'or, musiques espagnoles révélées

Leonardo Garcia Alarcon
©Jean-Baptiste Millot

  • « De vez en cuando la vida »
  • Pièces vocales et instrumentales de Lucas Ruiz Ribayaz, Joan Manuel Serrat, Francisco Valls, Federico Mompou, Juan José Cabanilles, José Martín, Mateo Flecha, el Viejo, Mateo Romero, Diego José de Salazar
  • Sur des arrangements de Quito Gato
  • Cappella Mediterranea : Maria Hinojosa, Mariana Flores, sopranos, Leandro Marziotte, contre-ténor, Valerio Contaldo, ténor, Hugo Oliveira, basse
  • Quinto Gato, vihuela, guitare et percussions, Monica Pulstilnik, archiluth et guitare, Marie Bournisien, harpe espagnole, Margaux Blanchard, viole de gambe, Diana Vinagre, violoncelle, Rodrig Calveyra, flûtes et cornet, Amandine Solano, Sue-Ying Koang, violons, Éric Mathot, contrebasse
  • Leonardo García Alarcón, épinette, orgue et direction
  • Auditorium de Radio France, le 6 novembre à 20 h 

C'est à un concert vraiment hors des sentiers battus que nous a convié Leonardo García Alarcón, musicien à l'imagination débordante. Nous faire découvrir la musique pratiquée dans son Argentine natale et remontant au Siècle d'or espagnol, à travers le prisme de chansons d'un auteur actuel Joan Manuel Serrat. Une immersion irrésistible dans un univers où l'on sent l'incomparable souffle mélodique et rythmique ibérique. Entouré par quelques-uns des musiciens de son ensemble de la Cappella Mediterranea et d'une brochette d'excellents chanteurs. Fascinante démarche, magique exécution ! 

Leonardo García Alarcón explique, dans une courte intervention en milieu de concert, que toutes ces musiques, puisées au souvenir de son enfance en Argentine, participent d'une réflexion sur la vie et visent à ouvrir notre cœur, non seulement sur ce qui s'entend mais encore sur les textes littéraires qui le sous-tendent, et même sur l'art de vivre. L'atmosphère poétique qui se dégage des pièces vocales présente un intérêt qui va au-delà de leur traduction purement musicale. Sa démarche originale a été de jouer, comme en miroir, des pièces du compositeur catalan actuel Joan Manuel Serrat et des pages composées durant le Siglo d'oro espagnol. Né en 1943 à Barcelone, célèbre auteur de chansons, Serrat s'est très tôt rendu en Amérique du sud et notamment en Argentine où il a contribué à la redécouverte et à réappropriation là-bas de la musique espagnole d'une période extrêmement riche. Avec des compositeurs comme Francisco Valls (1671-1747), auteur de motets profanes, Lucas Ruiz Ribayaz (1626-après 1677), ou Juan José Cabanilles (1644-1712), organiste et compositeur prolixe pour son instrument. Ou encore, et un peu plus tôt, José Marín (1481-1533), auteur de ces motets espagnols curieux appelés ''tonos humanos''.

Le programme comprend quelques pièces instrumentales, comme le Xácara por primo tono de Ribayaz, morceau bien senti, sur le versant satirique, ou un morceau pour harpe seule, Música callada de Federico Mompou (1893-1987), transcription d'une de ses pièces pour piano, dans un arrangement de Quito Gato. C'est d'ailleurs celui-ci qui a effectué tous les autres arrangements des musiques vocales qui forment l'essentiel du programme, « souvent transformées en véritables madrigaux polyphoniques dans le style du XVIème », précise García Alarcón. Des chansons de Serrat au premier chef. Comme celle, emblématique de l'entreprise, De vez en cuando la vida (De temps en temps la vie nous embrasse sur la bouche), qui débutant tel un nocturne, s'amplifie dans un ''swing'' tout ibérique avec ses effluves de flûte baroque. Ou la Romance de Curro el Palmo, une ballade nostalgique où l'interjection ''Ay, mi amor'' revient comme une antienne. La canço dell ladre (la chanson du voleur) épanche un sentiment de tristesse où l'on remarque l'empreinte du mot ''la justicia'', ultime étape de la cavale d'un jeune homme qui s'était fait voleur. Une chanson comme Aquellas pequeñas cosas (Ces petites choses-là), du même auteur, voit la chanteuse se faire diseuse comme lointaine, magistrale transition après la pièce de Diego José de Salazar Afuera pompas humanas (Hors des plaisirs humains) qui la voyait comme totalement libérée, sur un rythme déjanté, épinette et guitare tricotant un cocasse accompagnement.

Concert De vez en cuando la vida
©DR

Le programme qui se veut métissé et méditerranéen, offre des gemmes. Ainsi de Mortales que amais (Mortels, vous qui aimez) de Cabanilles où les 4 chanteurs sont accompagnés à l'orgue. Ou Esta vez cupidillo (Cette fois, mon cher Cupidon), chanté par le ténor sur un rythme chaloupé mais à l'ancienne. Sur un ton bien différent, La Bomba (La Pompe) de Mateo Flecha, el Viejo (1481-1553) est un exemple topique de ce que García Alarcón explique comme une ''ensalada'', « une salade, un tout et n'importe quoi », qui dans ses divers couplets, mélange styles et ambiances. En l'occurrence un improbable pot pourri associant espagnol – castillan, galicien et catalan - et latin, onomatopées et embrouillaminis déconcertants. Tout finira par Mediterraneo de Serrat, de rythme ''swingé'', au parfum gitan et populaire, d'une verve fort communicative. Où l'ensemble des chanteurs et musiciens s'en donnent à cœur joie pour célébrer cette Méditerranée qui selon García Alarcón, est « la mer qui unit tous les peuples d'Europe, d'Afrique et du Moyen-Orient ».

C'est peu dire que l'exécution aura manié verve mais aussi raffinement. Les 10 instrumentistes d'abord, jouant un panel d'instruments originaux, « mémoire du temps », souligne le chef : les deux violons baroques d'Amandine Solano et Sue-Ying Koang, la viole de gambe de Margaux Blanchard, le violoncelle de Diana Vinagre, l'archiluth et la guitare de Monica Pulstilnik, et surtout la flûte de Rodrig Calveyra à la douce sonorité, lequel joue aussi le cornet au son charmeur. Que dire de la harpe espagnole tenue par Marie Bournisien, si ce n'est que la finesse du toucher en rend encore plus transparente les belles harmoniques, comme dans la pièce citée Música callada de Mompou. Ou encore de la vihuela de Quinto Gato qui la troque aussi pour la guitare et endosse encore l'habit du percussionniste. Les chanteurs ensuite : le ténor Valerio Contado dont le timbre et l'engagement semblent être le clone de Rolando Villazon, le contre-ténor Leandro Marziotte, au timbre touchant, la basse Hugo Oliveira. Et surtout les deux sopranos. Maria Hinojosa, de son timbre mordoré, pare les chansons d'une aura de mystère, comme dans l'ultime bis Lucia. Mariana Flores, d'origine argentine, possède le don inné de la gestique pour mettre en scène ces chansons et un timbre généreux. Tout comme sa consœur, elle maîtrise l'art de ''mourir'' une phrase dans un souffle pppp. Leonardo García Alarcón enfin, qui s'il n'est pas ici le chef à baguette, est l'âme de l'affaire et conduit tout un chacun du regard, de son épinette ou à l'orgue, et scrute le moindre recoin de toutes ces pièces que visiblement il adore faire partager.

De vez en cuando la vida CD

Elles sont préservées par le disque. Un CD vient en effet de paraître sous le label Alpha (Alpha 412, durée : 61 min 49 s) qui reprend ce passionnant programme, à une ou deux variantes près. Dans une captation réussie, très présente, la basse enveloppant les voix (Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rouge (5/5)). À découvrir sans attendre !

Texte de Jean-Pierre Robert  

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Mots-clés: Auditorium de Radio France

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