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Concert : L'Italie de Monterverdi par l'Akademie für Alte Musik Berlin

Georg Kallweit
Le violoniste Georg Kallweit / DR

  • Antonio Bertali : Sonata a 6. Sonata a 5
  • Marco Uccellini : Sonata Decima Otatava a doi violini
  • Giulio Caccini : ''Amarilli, mia bella''
  • Andrea Falconieri : Passacaille a 3. Pièce pour deux violons et basse continue
  • Giovanni Valentini : Sonata a 5
  • Giovanni Antonio Pandolfi Mealli : Sonata Quarta ''La Biancuccia''
  • Biagio Marini : Sinfonia sesto tuono
  • Giovanni Legrenzi : Sonata a 5 ''La Fugazza''. Improvisation au luth
  • Benedetto Ferrari : Chaconne
  • Claudio Monteverdi : ''Pur i miro, pur i godo'', extraits de La Division du Monde et du Couronnement de Poppée
  • Heinrich Ignaz Franz Biber : Serenada a 5
  • Akademie für Alte Musik Berlin, dir. Georg Kallweit
  • Pierre Boulez Saal Berlin, le 25 novembre 2018 à 11 h

Un des premiers concerts des « Journées baroques » donnait à entendre l'Akademie für Alte Musik Berlin, en court : Akamus, un ensemble célébré ici à en juger par l'assistance nombreuse et recueillie. Qui porte haut les couleurs du baroque à Berlin comme ailleurs. Leur programme focalisait sur les contemporains et immédiats successeurs de Monterverdi, ceux qu'on peut ranger sous la bannière de la ''Camerata florentine'' et jusqu'au haut baroque. Des musiciens créatifs qui ont écrit des pièces instrumentales d'une originalité novatrice. Elles étaient données dans l'écrin étincelant de la Pierre Boulez Saal, tout juste à côté du Staatsoper Unter den Linden, lieu désormais incontournable de l'offre musicale berlinoise.

Dans les années 1600, la musique connaît un champ d'innovation incroyable dont Monteverdi fait figure d'étendard, alors que bien des changements s'opèrent au théâtre et dans les églises. Nombre de musiciens comme Giulio Caccini ou Giovanni Legrenzi inventent des formes nouvelles, une vraie sensualité en musique, comme des techniques innovantes dans le jeu et l'art de l'effet presque concret. En un mot, une belle énergie créative. Le choix des pièces présentées le montrait d'évidence. Dans des morceaux d'envergure d'abord. Telle la Sonata a 6 d'Antonio Bertali (1605-1669) qui ouvrait le concert : deux violons, deux altos, deux cellos et le continuo pour une suite de brefs mouvements vifs et lents. Sa Sonata a 5 est tout aussi impressionnante. La Sonata a 5 de Giovanni Valentini (1582-1649) sonne étonnamment ''moderne'' dans ses harmonies. Comme d'ailleurs celle de Giovanni Legrenzi (1626-1690) dite ''La Fugazza'', pour deux violons, deux altos et cello. Enfin la Serenada a 5 de Heinrich Ignaz Franz Biber (1644-1704) apporte une note d'étrangeté : toute la dramaturgie du maître du Dom de Salzbourg s'y fait jour, alors que bardée de passages en pizzicatos, comme s'il s'agissait d'une épinette. Et même de traits humoristiques : c'est que le sous-titre de ''Nachtwächter-Serenade'' (Sérénade du veilleur de nuit) conduit un des solistes, le claveciniste Felice Venanzoni, à se déguiser en veilleur de nuit muni d'une lanterne et à fredonner quelques mots en tournant autour du plateau ovale, façon un peu éméché !

Berlin Festival Akademie Akamus
©Thomas Bartilla

Parmi les pièces plus intimistes, on entendait la Sonata Decima Ottava pour deux violons de Marco Uccellini (1603-1680) où ceux-ci dialoguent en répons, suivie d'une juxtaposition de deux pièces : une grande cadence du violon I intitulée ''Amarilli, mia bella'' de Caccini, puis une Passacaille a 3 d'Andrea Falconieri d'une belle envolée. La Sonata Quarta pour violon seul, ''La Biancuccia'', de Giovanni Antonio Pandolfi Mealli (1624-1670) offre une virtuosité époustouflante, à la Paganini avant l'heure, dont se déjoue Georg Kallweit. L'œuvre sera relayée sans interruption pour une Sinfonia de Biagio Marini (1594-1663), ''pour toutes sortes d'instruments''. En fait, une manière de ballet avec Courante, Sarabande et une Allemande endiablée nantie du son d'une sorte de minuscule accordéon, lui valant une teinte amusante. Une Chaconne au luth de Benedetto Ferrari (1603-1681), jouée par Sam Chapman prélude à une pièce pour deux violons et basse continue de Falconieri dont le dernier mouvement débuté en pizzicatos, s'amplifie à une vitesse croissante jusqu'à une allure vertigineuse, sous les doigts agiles de Georg Kallweit et de sa consœur Kristin Erben. Un mot encore pour saluer une improvisation au violoncelle de Legrenzi joué par Patrick Sepec, débouchant sur des extraits de La division du monde et du Couronnement de Poppée de Monteverdi, joués par l'ensemble au complet, où l'on perçoit les accents langoureux du duo final de Néron et de Poppée aux ultimes pages de ce dernier opéra, ici d'une profondeur inouïe.

C'est que les dix musiciens de l'Akamus auront livré le meilleur pour donner une âme à ces morceaux peu connus, de factures si singulières et innovantes pourtant, devant un public conquis. Qui se voit offrir en bis une autre pièce de Monteverdi. Tout au long de ce magistral concert, on aura aussi pu savourer la beauté plastique de la Pierre Boulez Saal, toute de bois construite pour cerner sa forme en ellipse imaginée par Frank Gehry, et l'acoustique particulièrement claire d'un lieu décidément choisi. Où l'on fait de la musique « pour l'oreille pensante », selon le mot de Daniel Barenboim.

Texte de Jean-Pierre Robert


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