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Concert : Le Trio Wanderer ou la probité musicale

Trio Wanderer

  • Ludwig van Beethoven : 10 Variations pour violon, violoncelle et piano sur  ''Ich bin der Schneider Kakadu'' de Wenzel Müller, en sol majeur op. 121a
  • Dimitri Chostakovitch : Trio pour piano et cordes N°2 op 67
  • Johannes Brahms : Trio pour piano, violon et violoncelle en si majeur op. 8
  • Trio Wanderer
  • Théâtre des Champs-Elysées, le 4 décembre 2018 à 20 h 

Depuis quelques 31 ans, ils nous enchantent. Le Trio Wanderer, Vincent Coq (piano), Jean-Marc Phillips-Varjabédian (violon) et Raphaël Pidoux (violoncelle) défendent un répertoire loin d'être négligeable. Dans le sillage de leurs aînés, Le Beaux Arts Trio, ils pensent et repensent inlassablement des pages comme celles données lors de ce concert au Théâtre des Champs-Elysées, de Beethoven, Brahms et Chostakovitch. Une immersion qui fait chaud au cœur.

Beethoven vouait une affection particulière au genre des variations. Il en a composé de nombreuses pour le piano. Celles pour trio de piano, violon et violoncelle, dites ''Ich bin der Schneider Kakadu'' (Je suis le tailleur Kakadu) sont tirées d'un air d'un opéra de son contemporain Wenzel Müller, ''Les sœurs de Prague'' (1794). Beethoven se met au travail dès 1801, mais la version définitive ne verra le jour que quinze ans plus tard, en 1816, après moult remaniements. Il s'agit d'un set de dix variations à partir d'un thème jovial, lui-même précédé d'une introduction plutôt sombre, ce qui en dit déjà long sur les intentions humoristiques du musicien. Qui aura cette boutade : « Je ne les range pas dans la catégorie des œuvres répréhensibles ». Elles sont articulées selon un mode relativement classique, alternant morceaux vifs et plus lents. Les trois premières mettent en scène chacun des trois instruments, le piano, puis le violon et enfin le violoncelle. Par la suite, il arrive que le piano s'efface devant les deux cordes. Ailleurs, on s'amuse du comique des pizzicatos de ces dernières. Les Wanderer jouent ces pièces avec tact et une douce ironie.

Autre est le Trio op. 67 de Dimitri Chostakovitch. Tout y est irrémédiablement sombre au fil de ses quatre mouvements. Écrit en 1944, contemporain du siège de Leningrad, il se ressent de la souffrance d'un peuple meurtri, tant partagée par le musicien. C'est un lamento pour l'ami et mentor de Chostakovitch, Ivan Sollertinski, dont Chostakovitch venait d'apprendre la disparition, et pour les victimes de la Shoah. C'est une de ses œuvres les plus tragiques. On y a vu aussi un pendant avec la Huitième Symphonie. Le trio s'ouvre par un andante moderato, monde glacé, de désolation, à travers des traits rageurs du violon, comme des cris. Les choses s'animent peu à peu mais restent dans un registre étrange. Le Scherzo est menaçant de par son rythme forcené, bardé de traits à l'arraché des deux cordes : une danse de mort et de destruction, selon le violoniste Phillips-Varjabédian. S'enchaîne le Largo, entamé par une succession d'accords assénés du piano, comme « des coups de marteau sur des rails ». Vincent Coq impressionne par l'énergie qu'il insuffle à cet ostinato de piano percussif. Le violon instille une extrême lamentation tragique, rejoint par le violoncelle : une passacaille funèbre sur le glas obstiné du piano. Les Wanderer font résonner ces pages d'une douleur inextinguible. Le finale, marqué allegretto, un contraste bien dans la manière de Chostakovitch qui aime se moquer des choses et peut-être de lui-même, par une ironie au dernier degré, laisse transparaître un discours motorique pour ne pas dire ''bruitiste''. C'est bien encore d'une danse macabre qu'il s'agit, mêlant deux sortes de thèmes tournés en tous sens. Rappel de tous ceux qui auront défilé au long de la pièce. Par un coup de théâtre, l'atmosphère semble s'apaiser, mais de façon paradoxale dans des effets de pizzicatos et de glissandos menaçants. Un coup de massue que cette œuvre. Animée par les Wanderer d'une intensité tragique rare. Se rappelant que jeunes étudiants, ils l'avaient découverte et étudiée auprès de Rotislav Dubinsky, premier violon du Quatuor Borodine.

Le Trio pour piano, violon et violoncelle op. 8 de Brahms nous ramène en visions plus amènes. Quelle profusion de chant en effet sous les doigts des Wanderer ! La composition de cette œuvre, débutée en 1854, ne sera achevée qu'en 1890, après de sérieuses révisions. Qui ont peut-être abâtardi sa conception première de jet d'ardeur de jeunesse. Mais l'essentiel demeure : une pièce de vastes proportions, qui ne pâlit pas à côté des autres trios de Brahms, des quatuors et du quintette avec piano. Elle jouit de l'aura de la veine nordique, caractéristique de ses premières pièces de chambre. Ainsi du vaste allegro initial qui introduit d'emblée la séduction du beau chant brahmsien, avec sa multitude de thèmes, ses combinaisons instrumentales originales, ce flux irrésistible où la musique prend son temps à travers les reprises des thèmes et un développement ouvragé. La belle fusion des trois membres du Trio Wanderer fait plaisir à entendre. Le Scherzo bondit, aérien, et le trio médian, légèrement précipité ici, en acquiert encore plus de ramage. Comme la reprise, un brin plus rapide, renouvelle l'intérêt. L'adagio lumineux, profond, dégage une émotion palpable. On y admire le cello émouvant de Raphaël Pidoux. Le finale, bien allant, est d'un bel optimisme, là où les Wanderer poussent le débit pour une vraie dramaturgie. Cela sonne comme orchestral. La fluidité et l'agilité de la main de Vincent Coq font merveille. En bis, ils donneront le mouvement ''Dumka'' du 2ème Trio de Dvořák, à l'immanquable zest, puis le rondo ''à la tzigane'' d'un des Trios de Haydn, magistral dans sa rapidité ébouriffante et son esprit.

Texte de Jean-Pierre Robert


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Mots-clés: Théâtre des Champs-Elysées

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