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CD : Il Giustino, opéra de Vivaldi

Vivaldi Il Giustino

  • Antonio Vivaldi : Il Giustino, dramma per musica en trois actes, RV 717. Livret de Nicolò Beregan
  • Édition critique de Reinhard Strohm, Istituto A. Vivaldi della Fondazione Cini di Venezia & Casa Ricordi, Milano
  • Delphine Galou (Giustino), Emőke Baráth (Arianna), Silke Gäng (Anastasio), Verónica Cangemi (Leocasta), Emiliano Gonzalez Toro (Vitaliano), Arianna Vendittelli (Amanzio), Alessandro Giangarde (Andronico & Polidarte), Rahel Maas (Fortuna)
  • Accademia Bizantina, dir. Ottavio Dantone
  • 3 CDs Naïve : OP 30571 / Vivaldi Edition vol. 58 opere teatrali (Distribution : Believe Group)
  • Durée des CD : 188 min
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

L'Édition Vivaldi du label Naïve s'enrichit d'un 19ème titre d'opéra : Il Giustino. Sur ce sujet d'origine vénitienne, pour une œuvre composée à Rome, le Prêtre roux a écrit une de ses musiques les plus vivantes qu'embellissent des arias grandioses. Il est interprété par Ottavio Dantone à la tête de son Accademia Bizantina et d'une pléiade de chanteurs émérites. Une belle réussite et sans doute un des meilleurs opus de cette collection décidément passionnante et riche de découvertes.

C'est en 1774 que Vivaldi livre son nouveau ''Dramma per musica'' Il Giustino. Il emprunte à un sujet déjà connu, sur un livret de Nicolò Beregan, traitant de l'ascension de l'empereur Justin Ier, qui de son statut de modeste paysan, monté à la capitale Constantinople pour embrasser la carrière militaire, va conquérir le pouvoir après moult péripéties. Historiquement, son seul vrai titre de gloire restera la réconciliation de Rome et de Constantinople, en 519 av. J-C. Pour illustrer cette accession au pouvoir suprême, la présente trame est basée sur les moteurs habituels de l'opéra baroque, conjuguant avec un art magistral intrigues et complots, amour et rébellion, guerre et violence, voire scène de reconnaissance entre frères hier ennemis… et grand spectacle. Car la composante spectaculaire est mise en avant dans cet opéra : tempête marine, apparition d'un monstre effrayant surgi des flots, et même présence d'un ours sauvage qui heureusement sera capturé et envoyé à trépas, moyennant ici les bruitages évocateurs de la prise de son. Le traitement musical est d'une étonnante vivacité. Bien sûr Vivaldi recycle, puisant dans ses œuvres antérieures, alors que d'autres morceaux seront réutilisés dans des pièces ultérieures. Ou encore anticipe une pièce à venir, comme un des mouvements du concerto ''Le printemps'' des Quatre Saisons qui verront le jour un an après, en 1775. Cela peut sembler du déjà entendu. Mais à y regarder de près, jamais le musicien ne se répète. L'instrumentation est recherchée, avec des solos intéressants, par exemple de deux hautbois, ou encore le recours aux trompettes brillantes, voire l'usage d'un instrument rare, le psaltérion. Qui sonne proche de la cithare, et de ses cordes pincées, livre un son un peu métallique aux résonances singulières, comme stratosphériques. L'écriture pour les voix est pareillement inventive, conçue pour des castrats, du fait de l'interdiction papale de faire appel à des femmes au théâtre. Là aussi les arias, bien différentes les unes des autres, respectent les canons de l'époque : ''di furore'' ou sur le mode élégiaque. Toujours truffées de trilles brillantes et autres ornementations. Mises en valeur par des accompagnements imaginatifs, souvent concertants : le piccolo de l'aria ''Augelletti garruletti'' (Oiselets, pipelets) d'Arianna au IIème acte, par exemple. On y trouve aussi des duettos et un finale du dernier acte en forme de chaconne avec chœur, de l'ensemble des solistes, qui passe pour un des plus beaux composés par Vivaldi. 

L'interprétation est superlative. L'empathie d'Ottavio Dantone pour cet idiome qu'il connaît bien, saute aux yeux : battue vive, sans être heurtée, maintenant l'influx dramatique quelles que soient les situations procédant d'une trame aux multiples rebondissements, et un impact certain malgré les vastes proportions de l'opéra. Une science des contrastes dans les récitatifs, notamment pour ce qui est des échanges, et surtout dans les arias et leur accompagnement souvent original. Ainsi de la guitare baroque et des pizzicatos des cordes sur l'aria d'Anastasio ''Sento in seno ch'in pioggia di lagrime'' (Je sens, dans une pluie de larmes). Ou des solos instrumentaux fleurissant dans d'autres airs. Delphine Galou, de son timbre de mezzo ambré, est un Giustino de classe : style et ligne de chant immaculés. C'est une joie de suivre cette artiste dont les potentialités se révèlent de fois en fois, et aujourd'hui au faîte des exigences vivaldiennes. Une aria comme ''Su l'altar di questo Nume'' (Sur l'autel de ce Dieu) en est un exemple topique, alors qu'est flatté le bas du registre et sont bataillées de lumineuses vocalises. Une autre aria de Giustino, ''Ho nel petto un cor si forte'' (J'ai dans mon sein un cœur si brave), est pur enchantement, agrémentée par la sonorité du psaltérion. L'Arianna d'Emőke Baráth est de la même eau : un soprano clair et séduisant, maîtrisant les volutes d'un chant inextinguible au fil d'arias brillamment délivrées, enrichies de trilles magistrales : l'aria ''Augelletti", par ailleurs immortalisée par Cecilia Bartoli, ne pâlit pas de la comparaison. Verónica Cangemi, rompue à ce répertoire, offre un beau soprano à la partie de Leocasta et une belle aisance dans des arias souvent sur le versant rapide. Le ténor Emiliano Gonzalez Toro, de son timbre légèrement barytonant, campe un Vitaliano de poids que ne rebutent nullement les aspérités du rôle. Des noms nouveaux apparaissent : Silke Gäng, mezzo soprano à la voix bien projetée et d'une belle flexibilité, Arianna Vendittelli, soprano léger qui triomphe, entre autres, d'une aria rutilante avec trompette obligée. À découvrir !

L'enregistrement, effectué à Ravenna, est d'un relief certain : clair et bien résonant, se signalant par un parfait équilibre entre voix et orchestre. La mise en espace est sensible, usant d'un large spectre gauche-droite et de beaux effets de profondeur. Une ''mise en scène sonore'' fort réussie.

Texte de Jean-Pierre Robert

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