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CD : « O schöne Nacht » par le Quatuor vocal Damask

Damask Vocal Quartet

  • Johannes Brahms : Vier Quartette, op. 92. Drei Quartette, op. 31. Sechs Quartette, op.112a
  • Heinrich von Herzogenberg : Vier Notturnos, op. 22
  • Gustav Jenner : Zwölf Quartette (extraits)
  • Theodor Kirchner : Notturnos, op. 28 pour piano seul
  • Flore Merlin, pianoforte historique Streicher
  • Damask Vocal Quartett
  • 1 CD Mountain Records : 7MNTN-014 (www.7mntn.com)
  • Durée du CD : 65 min 56 s
  • Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile grise (4/5)

Le jeune quatuor vocal Damask Vocal Quartet, composé de musiciens de diverses nationalités, dont une mezzo-soprano française, donne à entendre son premier CD. Celui-ci couvre le répertoire de prédilection de la formation, à savoir la musique vocale du XIXème, et singulièrement le quatuor vocal dont Brahms est l'un des meilleurs défenseurs. Un programme centré sur le thème de la nuit, tant exploré à l'époque romantique, également par quelques autres compositeurs contemporains du grand musicien allemand. Des interprétations pénétrantes et techniquement accomplies. 

Trois pièces de Johannes Brahms rythment le CD. On sait combien le musicien était fasciné par la voix, même si sa production demeure plus restreinte que celles de Schubert ou de Schumann. Les Trois Quatuors vocaux op. 31, écrits entre 1859 et 1862, déclinent le thème de la nuit dans ses divers aspects, fête dansante, badinage amoureux ou désir sensuel. Ce dernier est mis en exergue dans la troisième pièce, ''Der Gang zum Liebchen'' (Le chemin vers l'aimée), où la partie de piano se révèle très ouvragée. Le cycle des Quatre Quatuors op. 92, de 1884, et contemporain des deux fameux Chants pour voix d'alto et accompagnement de piano et d'alto, est introduit par le morceau ''O schöne Nacht'' (O belle nuit), « évocation extasiée rappelant un peu la nuit du second acte des Maîtres Chanteurs, une nuit légèrement et tendrement capiteuse », selon Claude Rostand. La pièce offre une manière compositionnelle originale puisque chaque voix chante une phrase en solo, de la plus grave à la plus aiguë, où sont invoqués les astres ou le chant du rossignol. Les trois autres pièces, dont la dramatique dernière ''Warum'' (Pourquoi), ne sont pas moins évocatrices des éléments. Enfin les Six Quatuors op. 112, de 1892, se composent de deux parties : les deux premiers morceaux offrent un romantisme enflammé, tandis que pour les quatre autres, référencés sous le titre de ''Zigeunerlieder'', Brahms emploie un ton avenant, en rapport avec l'origine populaire hongroise des mélodies.

L'autre intérêt du disque est de présenter des quatuors vocaux de contemporains de Brahms. Ainsi de Heinrich von Herzogenberg (1843-1900), un ami proche de celui-ci, dont l'inspiration est tout aussi profondément romantique. Ses Quatre Notturnos op. 22, sur des poèmes de Joseph von Eichendorff, dispensent des sentiments divers, comme l'attente, le désir et l'aspiration non réalisée. Ainsi de la troisième pièce, très vive, ''Intermezzo : Zwei Musikanten zieh'n daher'' (Deux musiciens émergent...). Ou de la dernière décrivant une scène sylvestre d'une beauté glaçante. Gustav Jenner (1865-1920), seul élève de Brahms en composition, pratique un style original, que la mezzo Marine Fribourg, décrit comme « enflammé, théâtral et parfois d'une énergie choquante ». Les Damask jouent quatre des Douze Quatuors, dont le 2ème est le plus démonstratif de ce style narratif particulier, presque véhément, sur des accords rugissants du piano.

Le CD comprend encore les Quatre Notturnos op. 28, pour piano seul, de Theodor Kirchner (1823-1903), en première mondiale. Bien peu connu aujourd'hui, Kirchner était l'ami de bien des musiciens de l'époque, dont Schumann et Brahms. Ses nocturnes sont passionnés, contemplatifs ou ardents. Ils sont joués par la pianiste Flore Merlin, sur un piano à queue de JB. Streicher des années 1868, un instrument du type de celui sur lequel Brahms a composé et joué. Le premier, ''Ruhig'' (Calme), est pourtant passionné, flattant le registre grave du piano, le 2ème, ''Con sentimento'', avec ses grands élans, progresse dans un large ambitus, à la Liszt. Le 3ème, ''Moderato'', est traversé d'ardeur grandiose. Au dernier, ''Molto moderato'', le plus développé, l'introduction calme débouche sur un débit déclamatoire. On expérimente la sonorité cristalline du piano Streicher, aux aigus clairs et aux graves généreux, sans brillance aucune. 

Le Quatuor Vocal Damask, vrai ensemble constitué, et non pas addition de quatre individualités, comme ce fut jadis le cas de l'équipe réunissant Peter Schreier, Edith Mathis, Brigitte Fassbaender et Dietrich Fischer-Dieskau (DG), offre une remarquable fusion des timbres et une apparente connivence de jeu. On est séduit d'emblée par ces voix ductiles, dont celle du ténor Guy Cutting. Là encore, le piano de Flore Merlin procure un accompagnement tout en nuances, dont des basses à la résonance fiévreuse.

L'enregistrement, dans une acoustique un peu sèche, se signale par une intéressante spatialisation des quatre voix, avec de gauche à droite : basse, ténor, mezzo et soprano. Le piano, placé au milieu, est fort présent. Le relief des quatre parties est tout autant satisfaisant.

Texte de Jean-Pierre Robert


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