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CD : Jeux, Nocturnes, Prélude à l'après-midi d'un faune par Les Siècles et François-Xavier Roth

Debussy Les Siecles Jeux Nocturnes

  • Claude Debussy : Prélude à l'après-midi d'un faune, Pour orchestre. Jeux, Ballet en un acte, poème dansé. Nocturnes, Triptyque symphonique pour orchestre et chœurs
  • Les Cris de Paris, Geoffroy Jourdain
  • Les Siècles, dir. François-Xavier Roth
  • 1 CD Harmonia Mundi / Édition Debussy : HMM 905291 (Distribution : PIAS)
  • Durée du CD : 51 min 06 s (+DVD Bonus)
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

Dans le cadre de l'Édition Debussy du label Harmonia Mundi, le présent disque réunit les compositions emblématiques que sont le Prélude à l'après-midi d'un faune, Jeux et Nocturnes. Trois jalons de l'évolution stylistique du compositeur. Elles sont interprétées par Les Siècles de François-Xavier Roth et bénéficient d'une interprétation sur instruments d'époque et avec des cordes en boyaux. Ce qui leur confère une aura toute particulière, d'autant qu'on a affaire ici à des exécutions se plaçant très haut au jeu des comparaisons.

Le Prélude à l'après-midi d'un faune qu'il compose entre 1892 et 1894, marque un premier aboutissement dans l'écriture orchestrale de Debussy, singulièrement quant à la souplesse du trait, quasiment inédite alors. Quelle meilleure forme pour donner vie au poème de Mallarmé. Celui-ci avait sollicité le musicien en vue d'une mise en musique de l'églogue qu'il avait achevée en 1875. Il sera fort satisfait du résultat, reconnaissant, selon les mots de Debussy que « cette musique prolonge l'émotion de mon poème et en situe le décor plus passionnément que la couleur ». Le succès de la pièce ne se démentira pas. La vision qu'en livre François-Xavier Roth magnifie cette souplesse d'écriture, en traçant les lignes ondulantes notamment dans le contrechant. La flûte lascive de Marion Ralincourt, notamment dans la deuxième partie, est pur bonheur. On admire aussi le flux d'un calme olympien qui ne s'attarde pas à souligner les multiples traits des autres bois non plus que de la cloche d'argent ponctuant tout en douceur la fin du morceau. 

Le triptyque symphonique pour orchestre et chœurs Nocturnes, écrit entre 1897 et 1900, participe d'une recherche picturale qui n'est pas sans évoquer le peintre Whistler que Debussy avait rencontré chez Mallarmé. Selon le musicien, le terme de ''nocturnes'' a été choisi en raison « de tout ce que ce mot contient d'impression et de lumières spéciales ». L'œuvre poursuit l'innovation introduite par le Prélude à l'après-midi d'un faune et l'abandon de la notion de développement, et créé celle de spatialisation. Ce qui s'impose d'emblée dans le premier volet ''Nuages'' qui bénéfice aussi du souci d'allègement de la matière sonore, annonçant la scène de la grotte de Pelléas et Mélisande. L'atmosphère contemplative qu'instaure Roth par un tempo soutenu le traduit à la perfection. Le second volet ''Fêtes'' marque un contraste saisissant par l'éclat et le sens de la progression dans le tempo alerte adopté par le chef. L'effet de spatialisation procède ici de la division des violons I & II et du placement des cuivres, se signalant d'abord dans le lointain pour s'avérer plus présents en seconde partie alors que leur répond la petite harmonie relayée par les tambours. On sait le souci de Debussy quant à l'effet sonore recherché par le placement des chœurs de femmes chantant à bouche fermée, dans le dernier volet ''Sirènes''. « Il faut que ce groupe de voix n'ait pas plus d'importance sonore que tel autre groupe de l'orchestre », dira-t-il, « il ne doit pas ''avancer'' mais ''se mêler'' ». Ce qui est achevé dans la présente interprétation par un placement du chœur derrière l'orchestre permettant un mix avec celui-ci. Admirable aussi, l'extrême flexibilité des chœurs de femmes des Cris de Paris de Geoffroy Jourdain. Roth mise sur des contrastes nets jusqu'à l'embrasement. La partie médiane, plus assagie, instaure une atmosphère de douce rêverie, ce que renforce l'usage des instruments dits d'époque. À cette aune, les pages finales en ressortent métamorphosées.

Avec le poème dansé Jeux, son ultime œuvre orchestrale, qu'il voit créer en 1913 pour la saison inaugurale du théâtre des Champs Elysées, Debussy franchit un nouveau pas dans le raffinement de l'orchestration, mais aussi en terme de modernité.

Même si quelque peu éclipsée par la création du Sacre du printemps deux semaines plus tard, en ce fameux mois de mai 1913, la partition finira par s'imposer quelques années après sous l'influence de grands chefs comme Ernest Ansermet ou Pierre Boulez. L'interprétation de François-Xavier Roth est passionnante. Privilégiant le flux plus que les arrêtes, et un fondu sonore apte à instiller l'atmosphère de ces jeux innocents de trois jeunes gens, qui ne le sont peut-être pas tant. Cette interprétation est tournée vers le Debussy de Pelléas et Mélisande plus qu'ancrée dans la modernité des dernières œuvres, comme souligné par Boulez. Les transitions sont moins tendues que chez ce dernier et l'effet d'accélération est rendu par des moyens simples pour traduire les rebondissements de cette curieuse histoire. Les crescendos s'emballent mais avec retenue, et l'impact de ce qui est une sorte de danse effrénée n'en est pas moins fort. La péroraison révèle quelque fantastique asservi à la beauté du son, mais répond parfaitement au raffinement de la texture. Le ''coup'' de la balle de tennis jetée in fine par on ne sait quelle main se fait subreptice et la courte conclusion tombe comme un couperet.

L'enregistrement à la Philharmonie de Paris en janvier 2018, à l'occasion d'un concert, est clair, aéré et d'un beau relief, avec étagement des plans et utilisation sans exagération de tout le spectre. La qualité instrumentale de l'orchestre Les Siècles, des altos en particulier, et la finesse de ses solistes en sortent grandies. À noter que le coffret comprend également un DVD du concert des trois œuvres, filmé en juin 2018 à l'Alhambra de Grenade dans le cadre du festival de danse de Grenade.

Texte de Jean-Pierre Robert

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