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CD : Une version poignante du Requiem de Fauré et quelques autres pièces

Requiem faure

  • Gabriel Fauré : Requiem, op. 48 (version de 1893 sur instruments d'époque)
  • Francis Poulenc : Figure humaine. Cantate pour double chœur mixte a capella
  • Claude Debussy : Trois Chansons de Charles d'Orléans
  • Ensemble Aedes & Les Siècles, dir. Mathieu Romano
  • 1 CD Aparté : AP 201 (Distribution PIAS)
  • Durée du CD : 59 min 21 s
  • Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rouge (5/5)

Ce disque présente deux ouvrages empreints d'une forte spiritualité : le Requiem de Fauré, un des plus bouleversants qui soit eu égard à son apparente simplicité, ici donné dans sa version d'origine pour petit orchestre. Et Figure humaine, une fascinante cantate de Poulenc. Y sont adjointes les Trois Chansons de Charles d'Orléans de Debussy. Ces pièces sont interprétées par un ensemble vocal d'exception qui les transfigure, singulièrement celle de Fauré.

Gabriel Fauré compose en 1893 un Requiem qui loin de toute pompe, va doit au cœur du croyant, comme de toute personne envahie par l'émotion que suscite une musique de la plus pure eau. Il disait le sentir « comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d'au-delà, plutôt que comme un passage douloureux ». Le ton est contemplatif et ému, loin de la théâtralité de Verdi donc, ou de l'ascétisme de Brahms. Plus proche peut-être du Requiem de Mozart. La particularité de cette exécution est de donner la version première, conçue pour petit orchestre, ne comprenant pas de cordes aiguës, avec orgue principal et un chœur restreint. Elle est aussi de jouer sur instruments d'époque, similaires à ceux de la fin du XIXème siècle, offrant un grain sonore bien différent des exécutions habituelles avec un grand orchestre symphonique. C'est tout le mérite de Mathieu Romano et de son Ensemble Aedes de nous faire retrouver le vrai visage de l'œuvre, la revisitant avec une simple ferveur et des couleurs douces et apaisées. Ce qui s'impose d'emblée à l'Introït, introduction laissant un sentiment de quiétude par le naturel de la courbe mélodique. Et dont les accès de fièvre qui le traversent sont parfaitement maîtrisés, pour se fondre dans le Kyrie dont Fauré offre une rare concision. L'Offertoire est pensé « comme une question, une angoisse presque existentielle », commente Romano. Laquelle semble se résoudre dans le verset soliste ''Hostias'' du baryton. Dont le chant paraît comme émerger du chœur, et non pas se détacher comme un solo en soi. Rien d'étonnant car le titulaire, Mathieu Dubroca, est issu du Chœur Aedes. Son timbre est clair, doucement émouvant, très différent de la beauté lisse d'un Dietrich Fischer-Dieskau chez Cluytens (EMI), quelle que soit la valeur intrinsèque de cette autre interprétation. La péroraison chorale est d'une singulière sobriété, jusqu'à l'accord final de l'orgue longuement tenu (Louis-Noël Bestion de Camboulas).

Le ''Sanctus'' propose un rythme joliment allant et un solo de violon sur le fil de la corde, effet singulier. Le discours atteint son climat sur le ''Hosanna in excelsis'' que prolonge le violon extatique. Avec le ''Pie Jesu'', le chant de la soprano Roxane Chalard s'élance, aérien, sur l'accompagnement de l'orgue, dans un tempo très assagi. Là non plus rien d'une prestation starisée, mais la voix de l'âme, fragile dans cette mélopée toute d'émoi. L''Agnus Dei'' est comme une parenthèse, de son rythme allant, traversé de traits plus saillants. La seconde partie se fait plus pressante sur l'entrée des vents jusqu'au grand silence précédant la reprise. Romano et ses forces prolongent ici ce sentiment d'apaisement imprimé depuis le début. La ''dramaturgie'' de la seconde intervention du baryton au ''Libera me'' est rendue par une diction volontairement exempte d'emphase, alors que le texte latin est prononcé à la française (les u et non les ou). La section du ''Dies irae'' se voit refuser toute manière grandiose, tandis que le discours scandé à la basse et à l'orgue libère un sombre poids tragique qu'apaise la conclusion du soliste. Au ''In paradisium'', une des pages les plus fascinantes de Fauré, le clapotis de l'orgue sur le chœur de femmes ouvre tout droit les portes du Paradis : il est difficile de résister au crescendo sur le mot ''Jerusalem'' et à ces modulations d'une indicible beauté.

La cantate Figure humaine est une des œuvres les plus parfaites de Poulenc. Écrite en 1943, elle tire ses huit mouvements de poèmes de Paul Éluard, tirés de Sur les pentes inférieures (1941) et de Poésie et Vérité 1942, « le seul surréaliste qui tolérât la musique », dira le musicien. Pièces a cappella pour double chœur mixte de six voix chacun, en fait douze parties, elles montrent une science polyphonique exceptionnelle. Les modulations poulencquiennes épousant au plus près les textes d'Éluard dont elles révèlent la musique interne. Comme dans la première pièce ''Bientôt''. Le mélodisme de certaines, tel ''Un loup'', d'une étonnante simplicité, côtoie la rythmique marquée d'autres, comme ''Le rôle des femmes '', enjouée, presque théâtrale, les deux chœurs procédant en répons. Dans ''Un feu sans tache'', la déclamation de chaque groupe ou des deux mêlés offre quelque chose d'emporté quoique la seconde partie soit plus sereine. La dernière pièce, ''Liberté'', la plus développée, décline une litanie de vingt quatrains sur le même rythme, et une conclusion, calqués sur celui de la poétique d'Éluard, chaque strophe introduite par le mot ''sur'' pour se terminer par '' J'écris ton nom''. Une suite qui va crescendo pour un long hymne à la vie où le texte passe d'un groupe à l'autre jusqu'à une ''confusion'' maîtrisée à la péroraison que Poulenc traite brillamment. Qui reconnaît « il faut vraiment connaître le rythme d'Éluard comme je le connais pour s'en sortir » (in lettre à Pierre Bernac, citée par Renaud Machart, ''Poulenc'', Seuil). Les Aedes y sont proprement magiques.

Comme ils le sont dans les Trois Chansons de Charles d'Orléans. Ce triptyque pour chœur mixte a cappella est donné ici dans la version originale pour ce qui est de la 1ère et de la 3ème pièce (1888). Elles sont en vieux français, dans l'esprit des chansons polyphoniques du XVIème. Leurs parfums raffinés et leurs ornements délicieusement archaïques n'ont pas de secrets pour les présents interprètes.

Les enregistrements sont de haute tenue. Le Fauré saisi live à l'Abbaye de Lessay, en Normandie, offre une image aérée, équilibrée mais aussi intimiste, reflet de l'interprétation. Les autres pièces a cappella, captées en studio à la Seine Musicale, bénéficient d'une prise de son également aérée et d'un beau relief.

Texte de Jean-Pierre Robert

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