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CD : Un bouquet d'œuvres concertantes, symphonique, chambriste et vocale de Boccherini

Boccherini Ophelie Gaillard

  • Luigi Boccherini : Concertos pour violoncelle N°6 & N°9. Symphonie N°6 ''La Casa del Diavolo''
  • Quintette à cordes en ut majeur, ''La Musica Notturna delle strade di Madrid''. Sonate pour violoncelle et pianoforte N°2 en Ut mineur
  • Stabat Mater
  • Sandrine Piau, soprano
  • Pulcinella Orchestra, violoncelle et dir. : Ophélie Gaillard
  • 2 CDs Aparté : AP 194 (Distribution : PIAS)
  • Durées des CD : 67 min 37 s + 50 min 02 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5) 

Ophélie Gaillard présente une sélection aussi brillante qu'exhaustive d'œuvres de Luigi Boccherini, puisées dans les divers répertoires d'un compositeur prolixe, dont son Stabat Mater, si peu joué. Elles sont interprétées par une musicienne connue pour la sagacité de ses recherches et ses éminents talents de violoncelliste, et un ensemble rompu à ces musiques baroques. Une moisson passionnante.

On sait Luigi Boccherini (1743-1805) violoncelliste hors pair. Il a écrit pour l'instrument une douzaine de concertos qui ont fait évoluer le genre, du concerto grosso auquel ils se rattachent encore par une formation restreinte d'instrumentistes, vers une forme plus évoluée plaçant le soliste en « narrateur face au tutti de l'orchestre », souligne Ophélie Gaillard. Elle en joue deux. Le concerto N°6 en ré majeur montre le classicisme des mouvements rapides et, dans la section lente centrale, une manière plutôt tournée vers le Sturm und Drang. Il développe aussi un original dialogue du violoncelle avec le violon I à l'allegro initial. Enfin des cadences très élaborées, autant de défis techniques pour l'interprète qui doit affronter des sauts vertigineux entre les registres et des traits pyrotechniques. Le concerto N°9 en si bémol majeur est tout aussi significatif du style abouti de Boccherini : un allegro moderato qui fait penser à la manière de Haydn par ses modulations hardies et sa virtuosité ; un andante grazioso dont la cantilène expressive et séduisante du cello se résout dans une belle cadence. Le rondo allegro final est pétillant de son thème pointé, presque malicieux. Ophélie Gaillard et ses musiciens sont ici délicatement ''joueurs'', comme dans la cadence qui flatte les registres médian et grave de l'instrument. 

La Symphonie N°6 en ré mineur, sous-titrée ''Casa del diavolo'', fait montre d'une « grande efficacité théâtrale », indique Ophélie Gaillard. Elle paraît composite, mais là aussi combien séduisante. L'andante sostenuto calme débouche attaca sur un allegro assai brillant, fort articulé dans la présente exécution, preste, magistralement équilibrée dans les traits en répons des violons I & II, arbitrés par le pianoforte. Un andantino con moto contraste, badin, tout de charme dans sa thématique imaginative et son rythme joliment balancé. Le rondo allegro final est une chaconne, inspirée du ballet de Gluck ''Don Juan ou le festin de pierre''. Une musique dramatique très articulée par Ophélie Gaillard pour en traduire tout l'impact de forces déchaînées, leurs effets de tempête forte ou plus assagie, par un jeu sul ponticello, s'enroulant ou se déroulant à l'envi. Les musiciens de Pulcinella y sont d'une formidable dextérité. 

Cette anthologie offre encore deux pages de musique de chambre. Le Quintette à cordes en ut majeur, intitulé ''La Musica Notturna delle strade di Madrid'', est un exemple topique d'une musique extrêmement descriptive, en l'occurrence de la vie madrilène. Qui est saisie en sept tableaux. Cela va d'un Ave Maria à une danse très scandée, dite '' Il tamburo dei soldati'', d'un menuet empreint de tristesse à une marche. De cette œuvre amusante, Ophélie Gaillard & Pulcinella donnent une exécution pleine de verve communicative, assortie de quelques bruitages de leur cru. La Sonate pour violoncelle en ut mineur, de 1769, donnée ici dans sa version originale, est jouée avec accompagnement de pianoforte. C'est une œuvrette pleine de charme, en trois mouvements, qui exploite toutes les ressources du cello : mélopée ornée à l'adagio initial, puis sorte de mouvement de concerto animé et sollicitant les registres grave et aigu, à l'allegro qui suit, enfin un allegretto de forme menuet aux relents hispanisants. Rien d'étonnant pour un musicien qui passa une bonne partie de sa vie à Madrid ou à Aranjuez. Ophélie Gaillard et le pianofortiste Francesco Corti y excellent.

Le Stabat Mater que Boccherini écrit en 1781 est une œuvre singulière. Car la partie instrumentale est confiée à un quintette à cordes. La voix est si intégrée parmi celles-ci qu'on a affaire à un sextuor plus qu'à une cantate. Ophélie Gaillard a opté pour une formation composée de deux violons, alto, violoncelle et contrebasse, s'inspirant ainsi des quintettes avec basse de Boccherini. Ce qui donne une plus grande profondeur de champ à la partition. Elle est constituée de 11 numéros enchaînés, sur le texte attribué au frère franciscain Jacopo da Todi. Qui résume à la fois la douleur de Marie au pied de la croix, et la méditation que suscite chez l'auditeur l'affliction de la sainte. La manière est fluide, alternant sections lentes et rapides. L'écriture vocale est caractérisée par sa retenue, sans vocalise et avec peu d'ornements. Ce que Sandrine Piau restitue avec doigté de son soprano lyrique immaculé. Certains versets sont introduits par une courte séquence instrumentale. La section ''Eja mater'', la plus développée, fonctionne comme un concerto, le cello exposant le thème que reprend la voix jusqu'à une cadence des deux. Au verset ''Virgo virginum'', le discours progresse comme une aria d'opéra sur les pizzicatos du cello, dans un tempo marqué andantino faisant un magistral écrin à la soprano. Qui fait figure au sein du quintette de primus inter pares. Le verset '' Fac me plagis'' est le plus véhément. L'œuvre s'achève sur une section contemplative et sombre que ponctue l'Amen conclusif. Voilà un petit chef-d'œuvre qui, s'il a déjà donné d'autres interprétations au disque, connaît avec celle-ci une sorte de référence.

Les enregistrements sont tous d'un grand relief. Dans un climat intimiste pour les pièces concertantes et les deux morceaux de musique de chambre. La symphonie offre une image large permettant de bien distinguer le travail en répons des violons I & II. La voix, mise en avant dans la pièce chorale, s'intègre parfaitement au quintette à cordes. 

Texte de Jean-Pierre Robert

CD disponible sur Amazon 


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