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CD : Deux œuvres majeures d'Ernest Chausson

Ernest Chausson Amour mer

  • Ernest Chausson : Poème de l'amour et de la mer, op. 19. Symphonie op. 20
  • Véronique Gens, soprano
  • Orchestre national de Lille, dir. Alexandre Bloch
  • 1 CD Alpha : Alpha 441 (Distribution : Outhere Music France)
  • Durée du CD : 60 min 07 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile grise (4/5)

Ce CD rapproche deux œuvres pour l'orchestre essentielles d'Ernest Chausson : la Symphonie op. 20 et le Poème de l'amour et de la mer. Au-delà de la proximité d'opus, on y trouve la quintessence de l'art d'un musicien français singulier, chantre d'un symbolisme musical capiteux, qu'on a trop souvent considéré dans l'orbite de Franck et ne reniant pas l'héritage wagnérien. Elles sont interprétées avec fougue et conviction par l'Orchestre national de Lille.

Le Poème de l'amour et de la mer op. 19, que Chausson écrit entre 1882 et 1892, et qu'il dédie à son ami Duparc, a pour origine les Poèmes éponymes de Maurice Bouchor. En fait, le musicien n'en retient que certains et en réécrit des passages, pour organiser son œuvre en trois parties : deux chants avec orchestre séparés par un Interlude purement instrumental. Chacune des deux parties chantées est elle-même constituée de trois poèmes, articulés selon une technique de ''collage'', s'enchaînant moyennant de courtes transitions orchestrales. Le premier, ''La fleur des eaux'' frappe par le charme mélodique des premiers vers dessinant comme un tableau, de ses couleurs lumineuses et de sa métaphore florale du lilas en fleurs. Le commentaire orchestral, qui emprunte à la forme cyclique héritée de Franck, déploie ses arabesques debussystes, rattrapées par quelques discrets relents wagnériens. La section ''Et mon cœur s'est levé par ce matin d'été'' évoque la douceur de l'amour sans nuage. Enfin le poème ''Quel son lamentable et sauvage'' assombrit le propos jusqu'à la péroraison orchestrale reprenant le thème du début. L'Interlude développe cette même thématique en l'ouvrageant. La dernière partie ''La mort de l'amour'', encore plus sombre, débute pourtant presque insouciante. Le ton prend une allure dramatique avec l'intermède orchestral, de facture wagnérienne, qui va introduire le poème ''Le vent roulait les feuilles mortes''. Celui-ci dégage une impression de solitude et de tragique. L'intermède orchestral, de sa grande phrase déchirante et son solo de violoncelle, conduit à l'ultime poème ''Le temps des lilas''. Cet hymne à l'amour défunt est un morceau en soi dans l'œuvre, une récapitulation aussi de ce qui a précédé : variations sur les fleurs (lilas, roses, œillets), idée du printemps révolu, d'étreintes passées, là où tout se résout dans l'affliction de ''l'amour mort à jamais''. Ces chants, pensés pour une soprano, trouvent en Véronique Gens interprète proche de l'idéal, grâce à une suprême diction, magnifiant leur envoûtante expressivité, une intensité de tous les instants et un vrai sens du vécu, nostalgique, rasséréné. Alexandre Bloch lui procure le plus beaux des écrins. 

La Symphonie en si bémol majeur op. 20, que Chausson créé en 1891, participe de l'engouement des musiciens français de l'époque de la fin du XIXème pour le genre symphonique. Si elle pratique le principe cyclique, c'est de manière bien moins dogmatique que chez son initiateur César Franck. Et si elle est marquée de l'empreinte de Wagner, dont tout un chacun se targuait alors de se défaire tout en la jalousant en secret, voire inconsciemment, elle montre un indéniable cachet de musique pure. Où Jean Gallois voit un « cri de l'âme lancé à la face du monde... un combat spirituel de la Lumière et des Ténèbres qui s'achève en une sorte d'hymne vainqueur et ''roborant'' » (in ''Ernest Chausson'', Fayard). Ses trois mouvements sont contrastés avec doigté. Le premier, de son introduction lente, plante le décor d'un ton solennel et légèrement angoissant, tandis que l'allegro vivo détend l'atmosphère par ses arabesques typiques du langage de Chausson et conduit à une belle animation. Le ressort dramatique se renouvelle constamment avec des plages de répit et un éclat lumineux. Le ''Très lent'' central ne dénie pas l'influence du maître de Bayreuth dans ses premières mesures, d'un chant douloureux s'épanchant jusque dans le registre ppp. Une section médiane, introduite par le chant du cor anglais et se poursuivant par un concertino des autres bois, s'avère passionnée, dans le souvenir de Tristan peut-être sans le vouloir. Mais traité dans une vraie veine gallique, rappelant aussi les harmonies envoûtantes du Poème de l'amour et de la mer. L''Animé'' final récapitule la thématique des deux mouvements précédents par une sûre rythmique, légèrement emphatique. Le matériau thématique subit de nombreuses métamorphoses avec d'intéressants contrechants des bois. La dynamique est très différentiée, dont de jolis pianissimos à la petite harmonie et des effets d'irisation des cuivres dans le registre médium. La coda, vaste crescendo, reprend la manière victorieuse du début de la symphonie jusqu'à des accords majestueux mais apaisés. L'Orchestre national de Lille, n'étaient des violons à la sonorité un peu acide dans les tutti, en livre une très belle exécution. Sous l'impulsion de son chef Alexandre Bloch qui possède l'ambitus de la pièce et en maîtrise la transparence de la texture.

Les enregistrements, à l'Auditorium du Nouveau siècle de Lille, procurent une image aérée et d'une belle synthèse pour ce qui est de la symphonie. La voix est captée très en avant dans le Poème, ce qui génère un effet de presque saturation dans les forte.

Texte de Jean-Pierre Robert

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