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CD : Fantaisies pour harmonium et piano du Second Empire

Fantaisies pour harmonium et Piano

  • Alfred Lefébure-Wely : Allegro, andante et finale, op. 61
  • César Franck : Prélude, fugue et variation, op. 18
  • Camille Saint-Saëns : Six Duos op. 8
  • Emmanuel Pélaprat (harmonium Mustel), Jérôme Granjon (piano)
  • 1 CD Hortus : Hortus 155 (Distribution : AVM/UVM-Idol Quintessence)
  • Durée du CD : 62 min 15 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

C'est à une association inédite que nous convie ce CD, qui faisait pourtant fureur au Second Empire : celle du piano et de l'orgue expressif. Ce dernier est un avatar de l'orgue et sa sonorité est proche de celle de l'harmonium. Un instrument de salon puis d'église et de concert. Qui connut ses compositeurs attitrés, comme Franck, Saint-Saëns et surtout Lefébure-Wely.

L'orgue expressif a connu une avancée notable avec l'harmonium que le facteur Debain lance en 1842, basé sur le mécanisme non du tuyau, mais de l'anche libre. Autorisant des musiques agréables à l'oreille et promouvant la notion d'expression qui est alors placée au cœur des préoccupations des musiciens romantiques. L'un de ses meilleurs propagateurs est Alfred Lefébure-Wely (1817-1869), compositeur en vue du Second Empire. Lorsqu'il est uni au piano, ''l'orgue expressif'' permet des combinaisons aussi étranges que séduisantes. Que n'ont pas manqué d'exploiter les compositeurs de l'époque. Allegro, andante et finale, op. 61, de Lefébure-Wely, qui date du début des années 1850, est une sorte de sonate en trois mouvements d'une belle inspiration. La partie de piano fait penser à Chopin de par son habileté technique virtuose. La pièce se comporte comme un duo pour voix et clavier, l'harmonium jouant le rôle d'accompagnateur relativement discret, mais tout aussi capable de quelques jolis traits dans la ligne mélodique. Ainsi le piano caracole-t-il fièrement à l'Allegro initial, dans une profusion mélodique qui ne tarit pas. L'Andante laisse la mélodie à l'harmonium, et le Finale renoue avec la brillance du premier morceau et son aisance, laissant à chacun des deux partenaires le soin de s'exprimer avec ses moyens propres, plus limités il est vrai pour ce qui est de l'harmonium. 

César Franck compose son Prélude, fugue et variation autour de 1865, à la fois pour orgue et pour harmonium & piano. La pièce reprend le schéma en triptyque, si privilégié par le musicien, comme dans le fameux Prélude, Choral & Fugue pour piano. Là encore l'association des deux instruments permet d'intéressants résultats. Le Prélude, dans le droit fil de Bach, met à l'honneur l'harmonium qui tient la mélodie. Une très brève transition, marquée Lento, de style déclamatoire, est confiée au seul piano. Introduite par l'harmonium, la fugue mêle vite intimement les deux voix. La variation qui conclut est une reprise du Prélude. On ne saurait dénier à cette œuvre, dans cette formation instrumentale, un vrai potentiel expressif.

Les Six Duos op. 8 que Camille Saint-Saëns écrit à la même époque, en 1858, et dédiés à Lefébure-Wely, surfent sur la vogue de l'harmonium de Debain. Ces « six petits duos », comme les appelle le jeune musicien de 23 ans, poussent le genre à la perfection. Ils s'ouvrent par une pièce de haute voltige, ''Fantasia e fuga'', d'une écriture pianistique virevoltante et troussant magistralement une fugue où domine malgré tout un piano d'une extraordinaire faconde. La ''Cavatina'' et le ''Capriccio'' offrent un mélodisme aisé, presque facile, la première portée par l'harmonium comme une aria d'opéra, le second faisant également la part belle à celui-ci dans une sorte de rengaine perpetuum mobile assez flatteuse. Le ''Choral'' qui s'inspire de celui d'une cantate de Bach, est introduit par un piano majestueux. Le ''Scherzo'' fait penser à un morceau de Mendelsshon de son rythme aérien au piano tandis que l'harmonium joue le rôle de soutien. Le ''Finale'' évoque un autre choral de Bach, tressant un discours qui amène les deux partenaires à une réelle symbiose, et manie d'intéressantes différences dynamiques.

Ces sonorités inattendues, mais séduisantes, trouvent chez Emmanuel Pélaprat et Jérôme Granjon des interprètes de choix. Le premier est spécialiste du jeu sur claviers historiques et talentueux chambriste, le second est organiste et passionné d'harmonium d'art. Ils le montrent par une vraie empathie pour ces musiques et la recherche des couleurs qu'elles dispensent. Et ce grâce à deux instruments d'époque : un piano Érard de 1902 dont Granjon tire des sonorités cristallines, un harmonium Mustel de 1889, joué avec sagacité par Pélaprat. Une heureuse réunion autour de pièces à découvrir. 

L'enregistrement offre présence et intimité, bien dans le climat ''de salon'' de ces pièces, et ménage un bon équilibre entre les deux instruments.

Texte de Jean-Pierre Robert 

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