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CD : Evgeny Kissin et les Emerson jouent Mozart, Fauré et Dvořák

Evgeny Kissin Emerson

  • Wolfgang Amadé Mozart : Quatuor pour piano, violon, alto et violoncelle K. 478
  • Gabriel Fauré : Quatuor pour piano, violon, alto et violoncelle N° 1, op. 15
  • Antonín Dvořák : Quintette pour piano et cordes N° 2 op. 81
  • Evgeny Kissin, piano, Emerson string Quartet
  • 2 CDs Deutsche Grammophon : 433 6574 (Distribution : Universal Music)
  • Durée des CDs : 57 min 43 s + 41 min 40 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile grise (4/5) 

Le ''New York concert'' dont ces disques sont le reflet sonore, marquait l'ultime étape d'une mini tournée de 8 villes européennes et américaines réunissant pour la première fois, en 2018, Evgeny Kissin et le Quatuor Emerson. Ils jouent Mozart, Fauré et Dvořák. Le pianiste russe s'y affirme comme un chambriste avec lequel il faut compter, rejoignant la maestria que l'on sait de ses prestations comme soliste.

Le Quatuor pour piano et cordes K. 478 en sol mineur que Mozart compose en 1785, genre nouveau chez lui, est censé marquer la fusion du quatuor et du concerto. La présente interprétation semble plus proche de la seconde manière, tant le pianiste marque l'ensemble de l'œuvre de son empreinte. L'Allegro est mené par un piano impérieux, les trois cordes se révélant discrètes, le violon de Philip Setzer en particulier presque effacé par endroits. L'ardeur qui éclate de ce morceau, c'est bien le clavier qui l'imprime. L'Andante, pris allant, selon la volonté des Emerson de favoriser ici un tempo légèrement plus soutenu, à ce qu'ils en disent dans le livret du disque, bénéficie de la sonorité cristalline de Kissin dont l'approche naturelle exprime une tendresse voilée. Quoique là encore, le soutien des cordes s'avère comme en retrait. Le ronfo final, Allegro moderato, est justement d'une joie bondissante, d'un bel optimisme, grâce au jeu aisé du pianiste d'une musicalité sans faille, refusant tout maniérisme.

L'exécution du Quatuor N° 1 pour piano, violon, alto et violoncelle op. 15 de Fauré n'est pas sans poser question : une approche trop étudiée à l'endroit d'une œuvre se réclamant de la première période créatrice du musicien, où Marguerite Long voit une "musique nourrie de tant de sève, débordante de vie et de chaleur communicative". L'Allegro molto moderato débute sous des auspices peu galliques eu égard aux accents un peu lâches adoptés par les quatre protagonistes. Les choses s'améliorent à la section médiane, rêveuse, quoiqu’un brin romantique. Mais le fil du discours se perd quelque peu dans des méandres éloignés de la fluide modulation fauréenne. Les traits rapides viennent mieux mais n'emportent pas d'exaltation comme avec d'autres groupes. On se souvient de celui formé par les Menuhin, Hephzibah au piano accompagnant son frère Yehudi et deux autres talentueux instrumentistes. Le ton s'avère ici trop uniformément égal et pas assez contrasté. La musique de chambre de Fauré appelle autre chose que le clair-obscur, note encore Marguerite Long. Le Scherzo fantasque est bien articulé grâce au rythme sautillant qu'installe le pianiste. Cela respire, même si le son du violon est presque acide. Le trio, dans son autre rythmique, offre une belle dose d'optimisme. L'exécution vaut surtout, une fois encore, pour la fluidité du piano. Une belle réflexion s'installe à l'adagio, grâce au rythme confident demandé par les cordes. Le lyrisme presque incandescent du second sujet s'exprime sans excès, Kissin imposant une manière poétique d'un beau raffinement, qui s'étend aux cordes. Au finale, Allegro molto, la fougue fauréenne est traduite par un rythme alerte, le balancement typique trouvant ses vrais accents. Une exécution à part donc, dominée par le piano souverain de Kissin.

Le groupe est plus en phase avec le Deuxième Quintette pour piano op. 81 de Dvořák (1887) et son jaillissement mélodique. Ainsi de l'Allegro initial, pris confortable, même si traversé de ralentissements marqués. Le piano mène les opérations dans un cheminement vigoureux, volontariste. Nombreux sont les changements de climats au fil de l'ample développement où alternent bouillonnement et sérénité. La fusion des timbres est plus sensible que dans les deux œuvres précédentes, apportant cette fois une couleur presque orchestrale. Cœur de l'ouvrage, l'Andante con moto, sur un rythme de Dumka, introduit par le piano, accuse aussi une séduisante diversité rythmique dans une superbe alternance lent-rapide. Si le piano tient malgré tout la vedette, les cordes lui offrent une réplique gorgée de lyrisme, sur le mode de la ballade triste aux tonalités populaires de cette danse slave. La section centrale s'anime en un beau tourbillon sonore, voyant l'équipe à son meilleur. Le scherzo mêle la danse tchèque de Furiant et une valse rapide pour une combinaison généreusement bondissante, prestissime, et le trio central contraste par son effusion lyrique contenue, bercée par le clavier lumineux de Kissin. Le finale poursuit sur cette lancée et sur le mode presto. Si le ton est bien là, le discours technique exigeant n'est pas toujours immaculé aux violons I & II. En bis, ils donnent le Scherzo du Quintette op. 57 de Chostakovitch, pris avec une jolie dose d'ironie grinçante, ce que souligne le jeu martelé de Kissin. Une vision bien différente de celle d'Elisabeth Leonskaja et des Artemis dans leur tout récent CD

Si l'enregistrement live au Carnegie Hall favorise le piano dans le Mozart, l'équilibre piano-cordes et plus satisfaisant dans le Fauré et le Dvořák. La disposition spatiale des cordes leur assure une naturelle présence, que ce soit dans les quatuors ou pour le quintette. L'acoustique de la salle new-yorkaise est parfaitement captée.

Texte de Jean-Pierre Robert

Disponible sur Amazon en CD et MP3


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