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Opéra : Réjouissante Mam'zelle Nitouche d'Hervé

Mamzelle Nitouche
Lara Neumann, Denise/Mam'zelle Nitouche au théâtre ©DR 

  • Hervé : Mam'zelle Nitouche. Vaudeville-opérette en trois actes et 4 tableaux. Livret de Henri Meilhac et Albert Millaud
  • Édition musicale et Production : Palazzetto Bru Zane
  • Lara Neumann (Denise de Flavigny/Mam'zelle Nitouche), Damien Bigourdan (Célestin/Floridor), Olivier Py (La Supérieure/Corinne/Loriot), Samy Camps (le Vicomte Fernand de Champlâtreux), Eddie Chignara (Le Major, comte de Château-Gibus), Sandrine Sutter (La Tourière/Sylvia), Antoine Phlippot (Le Directeur de théâtre), Clémentine Bourgoin (Lydie), Ivanka Moizan (Gimblette), Pierre Lebon (Gustave), David Ghilardi (Robert), Pierre-André Weitz (Piero, régisseur de scène)
  • Les Frivolités Parisiennes, dir. Christophe Grapperon
  • Mise en scène, costumes, scénographie et maquillages : Pierre-André Weitz, assisté de Victoria Duhamel, Pierre Lebon, Mathieu Crescence
  • Lumières : Bertrand Killy
  • Chorégraphie : Iris Florentiny
  • Théâtre Marigny, Paris, dimanche 9 Juin 2019 à 15 h
  • Et les 11, 12, 14, 15 Juin 2019 à 20 h 

L'opérette est à Hervé ce que la Tour Eiffel est à Paris. Grâce à la sagacité de la Fondation Bru Zane, voici qu'est remise en lumière sa comédie vaudeville Mam'zelle Nitouche, une réjouissante pochade qui ne manque ni de piment ni de toupet puisqu'on y voit une nonne fuir le convent pour se produire au théâtre et se retrouver dans une caserne. Dans une jolie interprétation, qui après avoir tourné dans moult villes des provinces françaises, atteint Paris et son Théâtre Marigny.

Louis-Auguste-Florimond Ronger dit Hervé (1825-1892) passe pour être le roi de l'opérette, le disputant à Lecocq et surtout à Offenbach. Sa verve inépuisable, il l'a distillée au fil de bien des titres, hélas aujourd'hui un peu oubliés, Le Compositeur toqué, Le Petit Faust, La Femme à papa, Les Chevaliers de la Table ronde... Son avant-dernier titre, Mam'zelle Nitouche (1883) a survécu pourtant, non seulement à les scène mais aussi à l'écran, et par deux fois, son héros masculin incarné successivement par Raimu et par Fernandel. C'est qu'il y a là les ingrédients d'un bon vaudeville, où l'auteur se met lui-même en scène, puisque l'organiste Célestin, qui joue le jour au couvent des Hirondelles et écrit la nuit des opérettes sous le pseudo de Florimond, n'est autre que lui. Pour cette composition, il se fait aider de deux librettistes en vogue, dont le célèbre Henri Meilhac qui a déjà à son tableau de chasse bien des sujets ayant cartonné à la fin du XIXème et le font encore deux siècles plus tard, comme une certaine Carmen. Celui-ci voit notre musicien au double visage au cœur d'une intrigue hilarante où la jeune novice Denise, qui n'a décidément pas froid aux yeux - une vraie Sainte Nitouche - s'envole du couvent pour aller chanter au théâtre, prima donna de l'opérette du maestro Florimond, et au passage s'amouracher d'un beau lieutenant de la garde, Fernand de Champlâtreux, pour finir dans la caserne de celle-ci à fredonner des chansons grivoises. Au fil d'improbables rebondissements, on passe en un tournemain de la chapelle dudit couvent à la scène opératique qui voit jouer la première du chef-d'œuvre de l'organiste protée, et à la salle d'une garnison fort débauchée, où bien entendu se retrouve tout ce petit monde. L'amour entre les deux jeunes tourtereaux triomphera bien sûr. Cette trame bien ficelée, où le parodique décoche quelques traits bien vus, Hervé l'adorne d'une musique alerte et sans temps morts. Plus économe que dans ses précédentes pièces au sonore débridé, elle réserve son génie mélodique à une poignée de morceaux sémillants : jolis airs de la demoiselle ou du compositeur, duos cocasses comme celui du "soldat de plomb", sans parler des couplets candides mais impayables du brigadier Loriot. La simplicité de l'écriture vocale mise en effet sur le cocasse des mots, non sur la pure virtuosité.

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Acte II, au centre assis, Olivier Py/Corinne ©DR

Pierre-André Weitz, le fidèle associé décorateur des spectacles d'Olivier Py, cette fois à la régie, mène son affaire avec doigté, sans tomber dans la caricature, truffant le propos de pas de danse délurés, quoique pas toujours très imaginatifs. Au mouvement généreux répond la couleur : le rouge écarlate de la chose théâtrale, le bleu passé de la caserne et de sa soldatesque complètement ivre. La manière est truculente sans être soulignée, le calembour drôle sans être exagéré. La réplique inattendue, qui doit déchaîner le rire, ne manque pas son effet. Ainsi de l'apparition d'une "vraie" Sainte Nitouche enluminant le cantique d'invocation de la Mam'zelle du même nom. Comme fait mouche l'idée d'accoutrer celle-ci en vedette du Show-biz lors de son premier air. C'est qu'il y a des codes dans le style vaudeville, auxquels on n'échappe pas : on se déshabille pour créer la surprise, on endosse des costumes improbables tels les soldats en tutus, on adopte des postures paradoxales, comme la couventine en meneuse de revue, la mère supérieure en Sherlok Holmes. On passe surtout d'une identité à une autre. À cette aune, Olivier Py emporte la palme : successivement Sœur d'autorité mais bien tolérante, chanteuse pétulante et très avantagée vampirisant alentour, ou brigadier Loriot attendrissant à force de passer pour ahuri. Voilà des portraits qui ne laissent pas de marbre, de la part d'un acteur qui s'amuse visiblement, en particulier lorsqu'il s'agit de pousser la chansonnette.

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Samy Camps, Fernand & Lara Neumann, Denise, au finale de l'acte III © DR

Tout comme le caméléon Damien Bigourdan, Célestin/Florimond, troquant soutane pour habits de lumière dans une composition bicéphale d'un bel abattage, n'était un ton traînant, lancinant à la longue. Dans le militaire gradé un peu borné, le Major comte de Château-Gibus, Eddie Ghignara montre une solide faconde, comme Samy Camps, le jeune Fernand de Champlâtreux, une belle voix de ténor léger. Lara Neumann offre dans le rôle titre une composition plus qu'attachante, par une attrayante présence et un soprano qui se détache haut la main. La musique d'Hervé, Antoine Grapperon, directeur musical de la compagnie Les Brigands, la connaît bien pour avoir déjà dirigé Les Chevaliers de la Table ronde. À la tête de l'ensemble Les Frivolités Parisiennes, fort d'une vingtaine de musiciens, il tresse un discours d'une agréable transparence, bien dans le ton chambriste voulu par Hervé. 

Texte de Jean-Pierre Robert


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Mots-clés: Théâtre Marigny

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