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CD : Guillaume Coppola et les "Musiques du silence"

Guillauma Coppola musique du silence

  • Federico Mompou : Música Callada, nos 1, 15, 22, 24. Paisajes. Impresiones intimas : Secreto. Prélude N° 7 : ''Palmiers d'étoiles"
  • Maurice Ravel : Prélude
  • Erik Satie : Gymnopédie N° 1. Gnossienne n° 5
  • Henri Dutilleux : D'Ombre et de lumière
  • Alexandre Scriabine : Préludes op. 16 n° 4 & op. 11 n° 15
  • Frédéric Chopin : Prélude op. 28 n° 4
  • Töru Takemitsu : Pause ininterrompue, n° 3 : "A song of love"
  • Claude Debussy : "Clair de lune" (extrait de Suite bergamasque). "Feux d'Artifice" (extrait de Préludes du 2 ème livre)
  • Enrique Granados : Danzas españolas, n°2 : "Oriental"
  • Guillaume Coppola, piano
  • 1CD Eloquentia : EL 1857 : (Distribution: Socadisc)
  • Durée du CD : 59 min 54 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5) 

Pour son nouveau disque, Guillaume Coppola interroge le rapport entre musique et silence. Il le fait autour du musicien catalan Federico Mompou dont il met en regard quelques pièces avec celles de ses contemporains et immédiats prédécesseurs. Une heure de rêverie poétique et une expérience sonore.

La musique ne serait pas ce qu'elle est et qu'elle nous transmet sans le silence qui ponctue sa cadence, termine sa lancée, mais aussi et surtout pourvoit à sa respiration. Le catalan Federico Mompou (1893-1987) a théorisé ce rapport insaisissable entre musique et silence en intitulant un de ses cycles pianistiques "Música Callada", ce qui veut dire littéralement "musique silencieuse". Pour chercher à exprimer "l'idée d'une musique qui serait la voix même du silence", explique-t-il, "La musique gardant pour soi sa voix 'callada', c'est-à-dire 'qui se tait' pendant que la solitude se fait musique". Guillaume Coppola met en regard quelques pièces de ce cycle, qui en comprend 28, écrites de 1959 à 1967, avec des morceaux plus ou moins inspirés de la même thématique. Sans doute d'autres compositeurs se sont-ils posé la même question existentielle, de Satie à Dutilleux, de Chopin à Debussy. Un "intime cheminement" qui a conduit à des rapprochements naturels ou plus subtils, reconnaît-il. Car l'idée en croise d'autres, comme le secret, la solitude, la rêverie poétique, l'ascétisme voire l'austérité. Et surtout l'art de la petite forme, brève et concise, à l'aune de celle cultivée par Mompou.

Ce parcours autorise des associations presque évidentes, comme entre la "Música Callada n°1 : Angelico" et le Prélude de Ravel, musique raréfiée à l'extrême s'il en est. Ou encore entre la "Música Callada N°15", marquée "Lento - plaintif" et le Prélude op 28 n°4 de Chopin, là où Mompou, en 1962, transfigure la pièce si mélancolique de son confrère. Il y a aussi des enchaînements naturels, à rebours de chronologie, comme entre Mompou et son compatriote Granados : la "Música Callada n°24 Moderato" (1967) vient ici comme annoncer la deuxième des Danzas españolas "Oriental" (1890) de ce dernier, comme si l'une procédait de l'autre à quelques 70 ans d'intervalle. On retrouve pareille identité d'enchaînement entre le Prélude N°7 "Palmiers d'étoiles" de Mompou (1931) et "Feux d'Artifice", extrait du Livre II des Préludes de Debussy (1913) : à la cascade d'accords écrasés imaginés par le catalan, qui se souvient de Debussy, font écho les envolées d'arpèges tracées par celui-ci.

On rencontre encore des transitions pour le moins originales, comme entre la "Música Callada n°22 Molto lento e tranquilo" et la Gnossienne N°5 de Satie, ou entre le Prélude op. 16 n°4 de Scriabine et la "Música Callada n°15". Et puis il y a ces pièces de Mompou qui cultivent une vraie science de la couleur. Ainsi de ses Paisajes, trois vignettes évocatrices de la nature espagnole, plus ou moins silencieuse. Mais aussi la Pause ininterrompue, n°3 de Töru Takemitsu. Ou encore les accents postromantiques de Scriabine dans tel prélude. Le Prélude N°1 "D'Ombre et de silence" de Dutilleux, écrit pour Arthur Rubinstein en 1973, est un morceau qui s'inscrit bien dans le propos : l'influence debussyste à travers des arpèges ensorcelants mais aussi des sauts dans le grave et un son percussif dans l'aigu du piano, tout cela est nul doute la marque d'un autre critère, celui des correspondances entre les œuvres et leurs auteurs.

Guillaume Coppola éprouve une empathie certaine pour ces musiques qu'il a choisi de réunir avec cœur. Son jeu expressif et sans fard le démontre, avec rigueur et simplicité, non sans d'imaginatifs écarts de dynamique. Un disque qui sort des sentiers battus !

L'enregistrement au CRD d'Aulnay-sous-Bois est présent et aéré, révélant les mille couleurs du jeu du pianiste.

Texte de Jean-Pierre Robert  

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