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CD : La Périchole d'Offenbach

LaPerichole Offenbach

  • Jacques Offenbach : La Périchole. Opéra-bouffe en trois actes. Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy d'après la pièce de Prosper Mérimée ''Le Carrosse du Saint-Sacrement''
  • Aude Extrémo (La Périchole), Stanislas de Barbeyrac (Piquillo), Alexandre Duhamel (Don Andrès de Ribeira), Éric Huchet (Don Miguel de Panatellas), Marc Mauillon (Don Pedro de Himoyosa), Enguerrand de Hys (Premier Notaire/Le Marquis), François Pardailhé (Second Notaire), Olivia Doray (Guadalena/Manuelita), Julie Pasturaud (Berginella/ Frasquinella), Mélodie Ruvio (Mastrilla/Ninetta), Adriana Bignagni Lesca (Brambilla), Jean Sclavis (Un Prisonnier)
  • Chœur de l'Opéra National de Bordeaux
  • Les Musiciens du Louvre, dir. Marc Minkowski
  • Livre-disque de 2 CD Palazzetto Bru Zane Édition, collection ''Opéra français'', vol. 21 : BZ 1036 (www.bru-zane.com)
  • Durée des CD : 51 min 40 s + 51 min 11 s
  • Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orange (5/5)

Voilà une fort belle contribution aux événements commémorant l'année Offenbach ! Reflets des représentations données à l'Opéra de Bordeaux en 2018, cette nouvelle version de La Périchole brûle les planches sans perdre une once de bon goût. Grâce à une direction élégante et une distribution sans faille, 100% française. Ce qui la distingue haut la main de ses devancières.

Créé en 1868, alors qu'Offenbach est au faîte de sa gloire, La Périchole connut à sa création un succès mitigé. Car on lui reprochait une gravité jugée incompatible avec les canons de l'opéra-bouffe. La postérité en a décidé autrement car l'œuvre reste très appréciée. Il faut dire que conscients de certaines faiblesses de la première mouture, le compositeur et ses librettistes l'avaient largement remaniée en 1874, en élargissant le canevas de deux à trois actes. Marc Minkowski présente une version mixte essentiellement basée sur celle en trois actes, quelque peu édulcorée. Elle est inspirée d'une courte pièce de Prosper Mérimée, Le Carrosse du Saint-Sacrement, elle-même tirée d'une histoire vraie, celle de la comédienne Micaela Villegas qui fut la maîtresse du vice-roi du Pérou. La Périchole narre les aventures amoureuses d'une comédienne chanteuse de rue à Lima et de son benêt de soupirant Piquillo, aux prises avec les entreprises pour le moins entreprenantes du vice-roi Don Andrès de Ribeira qui entend se divertir un peu en sortant de son palais pour aller au devant de son peuple, singulièrement de sa gente féminine. Rencontrant la séduisante Périchole, il entend l'épouser, au grand dam de l'hidalgo. Mais comme pour sauver les apparences, il faut trouver un mari à la future favorite du vice-roi, on s'arrange pour que ce soit Piquillo, qui épouse donc La Périchole. Ledit Piquillo qui n'a rien compris, bafoue le vice-roi en public et est jeté en prison. Où il est rejoint par celle qui n'a pas cessé de l'aimer. Mais tout finira bien car après l'évasion des tourtereaux du cachot réservé aux maris récalcitrants, ledit vice-roi pardonne et accepte une union à laquelle ils aspirent naturellement. Il y a dans cette intrigue simple mais vraie, quelque chose de doux amer qui la colore d'un voile de mélancolie, et que la musique mi-pétillante mi-sérieuse d'Offenbach achève de situer en marge du pur bouffe. Les morceaux mémorables ne manquent pas comme la Sèguedille du Ier acte, très enlevée avec son furieux ''hop-là, hop là là'', le trio du IIème, ''les femmes, il n'y a qu' çà!'', ou le duo du IIIème dit couplets de l'aveu ''Je t'adore brigand''.

La présente interprétation, captée lors des représentations bordelaises de fin 2018, en restitue le panache comme le raffinement. Grâce d'abord à la direction de Marc Minkowski. S'il est un chef qui aujourd'hui connaît sur le bout des doigts tous les ressorts de la musique d'Offenbach, c'est assurément lui : des contrastes habilement ménagés sans être heurtés, le sens du rythme, toujours d'une belle élasticité, comme dans les couplets-boléro du IIIème acte, l'art de lustrer la phrase, en l'étirant sans jamais donner l'impression de complaisance. Admirable aussi la manière de tempérer les moments de répit, tel l'entracte de l'acte III et sa pointe de mélancolie, ou de faire sonner ceux d'entrain comme le finale du Ier acte. La distinction caractérise surtout cette vision, qui trouve dans Les Musiciens du Louvre une phalange justement pas trop nombreuse, ce qui allège opportunément le discours. S'en détachent les traits des bois, d'une poésie tout en finesse. Tout cela ennoblit une musique qui ne demande que de l'élégance.

Côté chant, la distribution, entièrement française, tient toutes ses promesses, ce qui distingue cette version de toutes ses devancières aussi prestigieuses soient-elles. Le texte aussi bien chanté que parlé est délivré avec un parfait naturel, sans emphase, ce qui évite tout soupçon de vulgarité. Aude Extrémo est une Périchole de stature dont la voix de mezzo avec de fiers accents dans le grave confère au capricieux personnage un poids inhabituel, comme dans l'air dit de la lettre, ''Ô mon cher amant''. L'air ''Ah quel dîner je viens de faire'' et son inénarrable pastiche de personne ivre, est un régal de bon goût, où rien n'est appuyé. Stanislas de Barbeyrac est un Piquillo attachant qui évite le balourd comme le niais. Son timbre radieux, désormais corsé, dans le registre du ténor lyrique, fait merveille outre un joli bagout dans les passages de dialogues et autres mélodrames. Le ''rondo de bravoure'' de l'acte II ''Écoute, ô roi, je te présente'', est délivré avec aplomb et l'air final ''On me proposait d'être infâme'' offre une belle quinte aiguë, même si un brin tendue. Le personnage bouffon du vice-roi trouve en Alexandre Duhamel une basse qui ne caricature pas et offre un débit cocasse. L'hilarante paire Don Pedro (Marc Mauillon) et Panatellas (Éric Huchet) ne tombe pas dans l'affectation généralement réservée à ces personnages caustiques. Les autres rôles sont bien tenus et le Chœur de l'Opéra National de Bordeaux est un partenaire de choix.

L'enregistrement live des représentations au Grand Théâtre de Bordeaux réussit une captation claire et détaillée, assurant une balance voix-orchestre des plus satisfaisantes. Les bruits de la mise en scène, loin d'être gênants, ajoutent une aura de spontanéité à cette interprétation.

Texte de Jean-Pierre Robert

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