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CD : La Symphonie fantastique et sa suite Lélio

Berlioz Symphonie Fantastique Philippe Jordan

  • Hector Berlioz : Symphonie fantastique, op. 14. ''Lélio ou le retour à la vie'', monodrame lyrique op. 14b
  • Cyrille Dubois (ténor), Florian Sempey (baryton), Jean-Philippe Lafont (narrateur)
  • Ingrid Marsoner, piano
  • Wiener Singverein, dir. des chœurs : Johannes Prinz
  • Wiener Symphoniker, dir. Philippe Jordan
  • 2 CDs Wiener Symphoniker : WS 020 (Distribution : Sony Music)
  • Durée des CDs : 54 min 36 s + 57 min 42 s
  • Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rouge (5/5)

Philippe Jordan et son orchestre du Wiener Symphoniker livrent une magistrale exécution de la Symphonie fantastique de Berlioz, complétée par sa suite logique ''Lélio ou le retour à la vie'', captés live à Vienne. Une magnifique contribution aux commémorations de cette année anniversaire.

Les versions discographiques de la Symphonie fantastique sont légion. Celle de Philippe Jordan, à la tête de son orchestre viennois, offre ceci d'intéressant qu'elle est suivie de Lélio, continuation dramatique imaginée par Berlioz pour expliciter le programme de la symphonie : son aspect autobiographique et son caractère de manifeste artistique, illustrant le renoncement à des rêves d'amour brisés et la résolution de continuer à vivre pour l'art. Car à travers le personnage de Lélio, Berlioz lui-même se met en scène. Conçu un an après l'achèvement de la symphonie, le monodrame, ou plus exactement le mélologue Lélio, formait dans son esprit un tout indissociable, l'une et l'autre réunis sous le titre d' ''Épisode de la vie d'un artiste''. Il reste pourtant peu joué comme tel. On se souvient d'une interprétation haute en couleurs à Salzbourg, dirigée par Riccardo Muti avec Gérard Depardieu en narrateur. Si cette seconde partie est liée à la symphonie par plus d'un lien, dont la fameuse ''idée fixe'', qui l'ouvre et la conclut, il n'en reste pas moins que la différence de ton, pour ne pas dire de forme, cultivant ici un genre mixte, n'est pas négligeable. À la modernité résolue de la première s'oppose presque la théâtralité quelque peu rhétorique de la seconde, qui paraît un peu datée aujourd'hui. Au demeurant, Berlioz a recyclé des musiques qui n'avaient pas encore vu le jour, singulièrement ses deux cantates de Prix de Rome, La mort d'Orphée comme La mort de Cléopâtre.

Le monodrame Lélio est constitué de 6 parties introduites par le narrateur. L'exécution en concert exige, selon les vœux du compositeur, que celui-ci soit au premier plan tandis que l'orchestre demeure caché derrière un voile, lequel ne s'efface qu'à la toute fin. La présente exécution offre une séduisante succession de moments choisis. D'abord par la contribution des chanteurs solistes. La ballade ''Le pêcheur'', inspirée de Goethe, est chantée avec goût par Cyrille Dubois, dont le ténor lyrique fait merveille. Il est ici accompagné par le seul piano, alors que dans le '' Chant de bonheur'' il l'est par l'orchestre et le solo de harpe, démontrant une superbe aisance dans une quinte suraiguë proche de l'idiome bel cantiste. La déclamation véhémente de Florian Sempey pare la ''Chanson de brigands'', d'un ton héroïque. La prestation des chœurs du Wiener Singverein est tout aussi pertinente, en particulier dans le ''Chœur d'ombres'', même si la diction n'est pas toujours intelligible, malgré tout le soin apporté. Enfin la partie du narrateur, tenue par Jean-Philippe Lafont, lui-même ancien chanteur et désormais coach reconnu, est un atout de cette version : une diction d'une remarquable clarté où chaque mot est soupesé, même si le récit reste un brin convenu par endroits. Jordan apporte toute sa conviction pour faire vivre ces pages et leur assurer une vraie cohérence. On citera notamment ''La harpe éolienne'' et sa nostalgique mélopée de clarinette sur une pédale de cordes, sonorités évanescentes à l'aune des ''Souvenirs'' qu'évoque ce passage. Ou l'ultime séquence, ''Fantaisie sur 'La Tempête' de Shakespeare'', qui fait intervenir l'orchestre au complet, outre le piano et les chœurs, musique tourbillonnante dans le droit fil de la symphonie.

C'est nul doute l'exécution de la Symphonie fantastique qui distingue cette proposition discographique. Due à l'excellence de l'orchestre viennois, déjà remarquée dans l'intégrale en cours des symphonies de Beethoven. De ses bois en particulier et de la souplesse de ses cordes. Sans parler d'une magnifique cohésion d'ensemble. C'est que la vision de Philippe Jordan est intensément dramatique : un premier mouvement, ''Rêveries, Passions'', où se succèdent une introduction toute empreinte de mystère, puis une deuxième partie au tempo vif, émaillée de couleurs diversifiées, jusqu'à une coda menée furieusement, non sans une pointe de sécheresse. ''Un bal'' offre une valse élégamment troussée, où brille la petite harmonie des Wiener Symphoniker. Là encore la coda est joliment boulée. L'impression de spatialisation de ''Scène aux champs'', avec son effet de répons entre cor anglais et hautbois, est justement ménagée. On note une dramatisation bienvenue au médian du mouvement rendant l'atmosphère étouffante. La délicatesse du phrasé et la justesse des accents, comme dans les pages finales, impressionnent. Dans ''Marche au supplice'', on retrouve ces timbales déchaînées qui avaient conclu la section précédente, pour scander ici le début de la marche, comme des cuivres glorieux. La battue est rythmiquement très stricte et cela vraiment s'enflamme. L'exécution se fait tranchante comme la lame dans l'ultime ''Songe d'une nuit de Sabbat'', dont les cloches ne sont opportunément pas trop proéminentes. Le ''Dies Irae'' est grandiose et en même temps effrayant, marqué aussi par le traitement singulier des violons I & II sul ponticello et pianissimo. Une récapitulation étourdissante de tout un orchestre en fusion termine une grande et belle interprétation.

L'enregistrement live dans la Grande salle dorée du Musikverein Wien, en novembre 2018, se signale par le naturel de la restitution, en particulier pour ce qui est de l'étagement des plans et de la balance bois-cordes. Dans Lélio, dont la captation est plus complexe à réaliser eu égard aux multiples éléments en présence, l'équilibre entre ceux-ci est satisfaisante, et la voix du récitant très présente.

Texte de Jean-Pierre Robert

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Mots-clés: Berlioz

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