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Concert : Vivaldi Appassionato à Gaveau

Ensemble Jupiter Vivaldi 2
Lea Desandre & Thomas Dunford ©DR 

  • Antonio Vivaldi : Arias tirées des opéras Il Giustino RV 717, Farnace RV 711, Ottone in Villa, R 729, L'Olimpiade, RV 725, La Griselda, RV 718. Et de l'oratorio Juditha Triomphans, RV 644 & du motet Nisi Dominus RV 608
  • Concerto pour basson en sol mineur, RV 495. Concerto pour luth en ré majeur RV 93. Concerto pour violoncelle en sol mineur, RV 416
  • Ensemble Jupiter : Lea Desandre (mezzo-soprano), Théotime Langlois de Swarte, Louis Creac'h (violon), Jérôme van Waerbeke (alto), Bruno Philippe (violoncelle), Peter Whelan (basson), Hugo Abraham (contrebasse), Jean Rondeau (clavecin & orgue positif )
  • Thomas Dunford : luth & direction
  • William Christie & Erik Orsenna, invités d'honneur
  • Salle Gaveau, Paris, vendredi 29 novembre 2019 à 20 h 30

Pour son premier concert parisien, à la faveur de la sortie de son disque Vivaldi, l'ensemble Jupiter, fondé en 2018 par le luthiste Thomas Dunford, se produisait à Gaveau pour un programme entièrement consacré au Prete rosso. Sous le signe du plaisir de faire de la musique entre amis, car comme le souligne d'entrée de jeu l'écrivain Erik Orsenna, maître de cérémonie d'un jour, voici « un concentré d'amitié ». Une expérience revigorante et un immense bonheur, partagés par un public sous le charme. 

« Au sein de Jupiter, j'ai souhaité réunir un collectif de musiciens exceptionnels de la nouvelle génération, rencontrés au cours de collaborations avec de nombreux ensembles... pour continuer à faire vivre la musique tout en la rendant plus moderne ». Tel est le dessein que Thomas Dunford fixe à l'ensemble qu'il a fondé il y a un an. Un groupe à géométrie variable, conçu dans le goût chambriste et un esprit de fraternité, bénéficiant de l'expérience de chacun de ses membres. Comment mieux le démontrer qu'en revisitant Vivaldi, un compositeur aux multiples facettes, instrumentales ou vocales, qu'on croit bien connaître et pour qui il reste encore à dire.    

Le programme alternait arias et concertos instrumentaux. Les arias d'opéras, choisies parmi les œuvres lyriques tardives de Vivaldi, mêlent les registres de la douceur et de l'agitation. Ainsi de celle extraite de Il Giustino RV 717 (1724) : une romance larghetto nantie d'une rythmique subtile pour évoquer l'homme pétri de douleur à l'idée de quitter la fiancée. Une délicieuse atmosphère nocturne s'en dégage, qui offre à la voix un espace infini. On retrouve pareille sensation dans une aria de L'Olimpiade RV 725 où le tempo paisible aux cordes caresse la ligne vocale au fil de longs crescendos mezza voce. L'air du rôle titre de Farnace, RV 711 s'écoule aussi en un long adagio expressif, débuté pianissimo et détaché comme un mouvement d'un des concertos des Quatre Saisons, offrant à la voix le plus secret des écrins. Dans l'aria d'Ottone in Villa, RV 729, le récit s'avère plus agité avec ses vocalises aux éclats presque rageurs, qu'interrompt une partie plus modérée en forme de déploration. La virtuosité atteint un summum avec l'aria tirée de La Griselda RV 718, le discours passant de l'aigu au grave dans des trilles généreux, exemple de pyrotechnie cultivant un souci dramatique. Lea Desande qui commence à se tailler une place enviable au firmament des mezzo-sopranos, se meut dans ces pages avec une aisance rare : sens de la juste couleur et de la belle intonation, tenues de notes où la voix sans vibrato épouse l'épure d'un instrument. Comme il en est encore dans des arias de l'oratorio Juditha Triomphans RV 644 et du motet Nisi Dominus RV 608, délicate incantation sur une pédale pianissimo de l'orchestre où la voix donne le sentiment de planer : proprement envoûtant !

Ensemble Jupiter Vivaldi
L'Ensemble Jupiter en répétition à Gaveau ©DR 

Pareille plénitude émane de l'exécution des pièces purement instrumentales. Le Concerto pour basson en sol mineur RV 495, un des quelques 39 laissés par Vivaldi, permet au soliste de déployer une gigantesque technicité : éloquence du Presto qui déborde de traits cocasses en complicité avec les accords détonants du ritornello, humeur tendre et mystérieuse du Largo où le basson est accompagné par les cordes dans le grave, caractère alerte de l'Allegro final. Peter Whelan transcende la difficulté de ces pages auxquelles il apporte un brin de fantaisie. Le Concerto pour luth en ré majeur RV 93 est plus intimiste que démonstratif, car le soliste est ici primus inter pares parmi l'orchestre, ce que Thomas Dunford rend encore plus pertinent. Comme à l'Allegro d'une extrême légèreté, ou à l'envoûtant Largo, ou encore à l'Allegro final en forme de gigue pleine d'allégresse, doté d'amusants crescendos laissant au luth cristallin un espace proche de l'improvisation. Dunford émeut par une subtilité inouïe. Le Concerto pour violoncelle en sol mineur RV 416 est une autre perle : Allegro vivace bondissant où les ritornellos servent de faire-valoir aux diverses entrées du soliste, sublime Adagio qui voit le violoncelle dialoguer avec le seul luth, moment magique ici tant la communion est parfaite entre Dunford et Philippe, finale où fusent les traits virtuoses dans une rythmique variée, en un vrai feu d'artifice.

Ovationnés par un public enthousiaste, ils donnent en bis, avec le concours combien complice de William Christie au clavecin, accueilli en guest star, et qui se voit gratifier par la chanteuse d'un fervent hommage, « Forêts paisibles » des Indes Galantes de Rameau. Et pour terminer sur un air de fête, la troupe entonne une composition de Dunford et consorts « We are the ocean, each one a drop », sorte de manifeste musical et programmatique, où baroque et modernité s'épousent en une sorte de morceau à la fois pop et jazzy avec solos.

Au fil de ce concert, qui aura filé comme l'éclair, et pourtant composé d'autant de moments où le temps semblait à chaque fois suspendu, on aura savouré le raffinement du jeu de cette brochette de musiciens guidés par un rare souci d'authenticité. Comme le naturel de leur perception de l'idiome vivaldien : une autre et sans doute plus intime manière de faire sonner cette musique qui n'a rien du déjà-vu souvent brocardé et ne demande que de l'intelligence dans le phrasé et la recherche de nuances souvent infinitésimales. Il y dans l'approche très contrastée - du pianisssmo presque impalpable à l'énergie ''catapultante'' - une belle dose d'audace. Une vraie recherche de modernité finalement. Et si c'était comme cela qu'il fallait jouer, et donc défendre au mieux Vivaldi !  

On prolongera cet immense plaisir en écoutant le CD !

Ensemble Jupiter Vivaldi 1 

  • CD ''Vivaldi Jupiter'' (même programme, à l'exception de l'aria d'Ottone in Villa, et avec une instrumentation légèrement différente dans certains cas)
  • Lea Desandre (mezzo-soprano), Cecilia Bernardini, Louis Creac'h (violon), Jérôme van Waerbeke (alto), Bruno Philippe (violoncelle), Douglas Balliett (contrebasse), Peter Whelan (basson), Emmanuel Frankenberg (cor), Roberta Cristini (flûte chalumeau), Jean Rondeau (clavecin & orgue positif)
  • Thomas Dunford : luth et direction
  • 1 CD Alpha : Alpha 550 (Distribution : Outhere Music France)
  • Durée du CD : 78 min 07 s
  • Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rouge (5/5) (pour un enregistrement offrant une image large et détaillée et une captation de la voix très aérée, nettement plus que dans la situation du concert parisien). 

Texte de Jean-Pierre Robert

CD et MP3 disponibles sur Amazon


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Mots-clés: Vivaldi, Salle Gaveau

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