CD : Philippe Jordan dirige la Neuvième de Beethoven

beethoven symphonie9 Philippe Jordan

  • Ludwig van Beethoven : Symphonie N° 9 op. 125 ''Chorale''
  • Anja Kampe (soprano), Daniela Sindram (mezzo-soprano), Burkhard Fritz (ténor), René Pape (basse)
  • Wiener Singverein, Johannes Prinz, chef de chœur
  • Wiener Symphoniker, dir. Philippe Jordan
  • 1 CD Wiener Symphoniker : WS 017 (Distribution : Sony Music)
  • Durée du CD : 63 min 13 s
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile grise (4/5)

Ultime volet de l'intégrale des symphonies de Beethoven interprétées par Philippe Jordan et ses Wiener Symphoniker, voici donc la Neuvième. Cette interprétation se caractérise par une indomptable énergie et des tempos d'une célérité qui ne manquent pas de surprendre. En tout cas, ce nouvel album marque le terme d'un parcours passionnant, à point nommé pour débuter les commémorations de l'année Beethoven 2020.  

On sait que pour sa Neuvième Symphonie Beethoven s’écarte de tous les repères formels habituels, introduisant un mélange tout à fait nouveau de symphonie et de cantate. Elle débute non par un thème défini, mais par une vision de genèse, de quelque chaos originel. Une idée qui influence toute la symphonie. Philippe Jordan aborde cet Allegro ma non troppo fermement avec une énergie qui se nourrit d’extrêmes contrastes en matière de dynamique et de tempos. Le développement connaît une rare tension avec des bouffées d'accélérations. Car selon lui ce mouvement « participe de quelque chose de démoniaque, d'infernal plus que d'un maestoso proche de Wagner ». Le scherzo Molto vivace, nécessairement mené encore plus vite pour marquer la différence, est presque boulé, et le passage en trio soutenu, laissant admirer la belle qualité instrumentale de la petite harmonie et la non moindre homogénéité des cordes. Les coups de timbales s'avèrent cinglants et résonants et le dialogue bois-cordes avec le cor comme dans le lointain est d'un bel effet. La reprise est implacable, martelée, et la fin abrupte.

Le mouvement lent a quelque chose à voir avec un choral religieux, où l’on perçoit comme la ponctuation de l’orgue dans le mouvement ascendant de la mélodie. Le premier volet cantabile est pris calmement par Jordan, extrêmement habité par l’ensemble des cordes et le soutien des bois. La section Andante qui suit voit la mélodie des violons I & II s'enrouler presque allègrement, et l'enchaînement des diverses phrases s'opérer dans un souci d'allègement déjà remarqué antérieurement. De grands accords très sonnants amorcent une coda bien allante, conçue dans une optique de danse. On admire la grande transparence de ce poumon qui fait respirer l'œuvre avant sa formidable conclusion. Du finale, Jordan souligne sa vocation de « mouvement à variations », qui trouve sa préfiguration dans la Troisième Symphonie. Les tempos sont d'abord plus près de la pratique habituelle. La manière déploie une clarté certaine et se refuse à l’emphase, permettant d'apprécier là encore le magistral travail instrumental des Wiener Symphoniker. Puis la vision de chaos est réintroduite comme un coup de poing, et le thème annonçant l’Ode à la joie pris pppp aux contrebasses et aux violoncelles, pour se propager dans une sorte de lointain évocateur. Mais la manière haletante reprend le dessus, fort accentuée. Si la masse imposante de la conclusion chorale fait apprécier le beau travail du Chœur Singverein de Vienne, celui-ci n'est pas toujours restitué avec la plus parfaite clarté. À partir de l'intervention du ténor et de la ''Türkische Musik'', le discours s'emballe en une fulgurante accélération, à l'aune peut-être de la « kermesse épique » dont parle Romain Rolland. Il ne se relâchera plus jusqu'aux ultimes pages menées quasi tambour battant. Le quatuor de solistes offre des prestations fort honorables, quoique peut-être pas à la hauteur de la célébrité des noms réunis : la soprano Anja Kampe, la mezzo Daniela Sindram, le ténor Burkardt Fritz et la basse René Pape. Ils sont de plus captés à une certaine distance. Reste que l'orchestre se sera tiré vaillamment d'affaire, ce qui n'est pas peu compte tenu des choix adoptés par leur chef.

Question de tempos mise à part, qui il est vrai divise le monde musical depuis des lustres, les interrogations que posent cette nouvelle version de la Neuvième ont sans doute à voir aussi avec la prise de son. L'enregistrement live, en mai 2017 dans la Grande salle dorée du Musikverein de Vienne, use nettement plus de son acoustique ''ouverte'' que pour la captation des précédentes symphonies, parfois à la limite de l'effet de résonance. L'étagement des divers plans de l'image sonore est là aussi plus large, notamment pour ce qui est de la restitution des bois et des cuivres. Comme les écarts de dynamique semblent plus extrêmes. Une image ''larger than life'', pour emprunter le jargon anglo-saxon, c'est-à-dire plus vraie que nature, ce qui est singulier s'agissant d'une captation live.

symphonies Beethoven Philippe Jordan integrale

Chaque cycle de cet Everest symphonique connaît sa part de moindre réussite. C'est le cas de cette Neuvième dont l'exécution laisse finalement un sentiment de pressé, voire de précipité, en tout cas de refus assumé de se situer dans quelque confortable tradition interprétative. Ce qui n'enlève rien aux grands mérites des quatre autres volumes. L'entier cycle interprété par Philippe Jordan vient d'ailleurs de se voir honorer par le ''Prix du meilleur chef'' des Trophées Radio Classique, pour leur première édition. Digne récompense de ce qui est au demeurant la première intégrale au disque réalisée par l'Orchestre Symphonique de Vienne, alors qu'on ne compte plus celles faites par les Wiener Philharmoniker.

Texte de Jean-Pierre Robert

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Mots-clés: Beethoven

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