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Concert : les Viennois honorent en majesté l'année Beethoven

Orchestre philharmonique de vienne
Les Wiener Philharmoniker dans la Salle dorée du Musikverein de Vienne ©Richard Schuster

  • Ludwig van Beethoven : Symphonies N°1, op.21, N°2, op.36 & N°3, op.55 ''Héroïque''
  • Wiener Philharmoniker, dir. Andris Nelsons
  • Théâtre des Champs-Elysées, Paris, mardi 25 février 2020 à 20 h
  • Et les 28 (symphonies 6 & 7) et 29 (symphonies 8 & 9) février 2020 à 20 h
    www.theatrechampselysees.fr

L'Orchestre Philharmonique de Vienne étend sa résidence parisienne cette fois sur plusieurs jours pour donner rien moins que l'intégrale des symphonies de Beethoven. Un musicien dont les Viennois sont d'évidents serviteurs eu égard à une vénérable tradition instrumentale et une impressionnante succession de chefs. Ils sont ici dirigés par le jeune et fougueux Andris Nelsons, témoin du souci de renouvellement qui les anime. Pour cette soirée inaugurale, ils présentent les trois premières symphonies. Dans des exécutions incandescentes. 

Le propre d'une interprétation, singulièrement d'une œuvre cardinale, pour ne pas dire archi connue, comme l'est une symphonie de Beethoven, est d'en renouveler l'intérêt, de donner le sentiment d'une telle spontanéité qu'on l'entend comme à la première fois. Plusieurs facteurs y contribuent. La performance instrumentale d'abord, et à cet égard les Wiener Philharmoniker sont imbattables comme peu, connaissant leur Beethoven du tréfonds, fruit d'une tradition forgée à une myriade d'exécutions, sous des baguettes célèbres et les plus diverses, au concert comme au disque. Le fameux son viennois est là déterminant, la transparente finesse de ses cordes d'un lustre inouï, de ses bois translucides menés par le fameux hautbois viennois à la douce sonorité légèrement nasillarde, et de ses cuivres actuellement d'une rondeur digne de celle de leurs confrères berlinois. Si le personnel se renouvelle, la manière perdure : une fraîcheur de ton à nulle autre pareille, une extrême précision des attaques et surtout une homogénéité qui laisse pantoises bien des oreilles françaises. La distribution instrumentale des cordes adoptée ce soir par le chef en est un bon exemple, qui rappelle la manière d'un Harnoncourt : la disposition des violons I et II de part et d'autre, des violoncelles au centre gauche et des altos au centre droit, les contrebasses étant placées à l'extrême gauche. Cette spatialisation, loin d'être gratuite, autorise un parfait équilibre des masses et assure au contrechant conçu par Beethoven toute sa portée. Enfin partout, ce qui pourrait sonner comme brillant, l'orchestre le polit de sa fameuse patine.

Bien sûr, la patte du chef est la clé de voûte. De la direction d'Andris Nelsons, on dira qu'elle tempère d'une vraie clarté le colossal de bien des pages beethovéniennes. Qu'elle révèle, par des tempos sur le versant rapide, combien l'élan y est au cœur, singulièrement dans les premières symphonies, empreintes de pensée révolutionnaire. La rythmique est ainsi marquée, presque boulée par endroits, mais la texture toujours transparente. L'énergie, souvent débordante, est au soutien d'une vision tout sauf académique, loin du pathos. Aussi la générosité sonore est-elle souvent peu résistible. Non que la douceur, qu'il obtient des pupitres des bois en particulier, soit reléguée au second plan. Elle reste d'une étonnante permanence. Il faut dire qu'avec des instrumentistes de la trempe de ceux de cette prestigieuse phalange, il n'est pas besoin d'insister sur l'absolue sveltesse du fini sonore. Si un mot devait résumer la manière de Nelsons, ce serait celui de dramaturgie dans l'enchaînement des séquences, là où l'ampleur appelle nécessairement la détente, ce que Nelsons ménage en vrai chef de théâtre.

Andris Nelsons
Andris Nelsons ©DR

Si l'on rapporte ces constats aux trois œuvres entendues, on relèvera combien la Première symphonie, op.21, des années 1799/1800, révèle un humour digne de Joseph Haydn, à travers le rôle proéminent dévolu aux bois. Et déjà chez Beethoven un souci de nerveuse rapidité et un sens du mouvement si typique, particulièrement en évidence au Menuetto, presque motorique ici, fièrement enlevé, comme scintillant, alors que le chef enchaîne la partie centrale en forme de bref trio. Du premier mouvement, qui s'ouvre sur une étonnante dissonance pour se poursuivre vraiment ''con brio'', et du finale, d'une envolée toute révolutionnaire, on se prend à dire : quel feu ! La Deuxième Symphonie op.36 reçoit une exécution d'un pareil formidable élan, toute d'allégresse, extrêmement fluide au con brio initial, d'une énergie presque tranchante. Le larghetto, Nelsons lui confère un lyrisme serein. Le scherzo, le premier du genre chez Beethoven qui remplace le traditionnel Menuetto des symphonies classiques, est plein de verve. Le chef enchaîne là encore le passage en trio. Quant au finale, il en souligne les effets de surprise dans des oppositions accusées de dynamique et un tempo général mené à train d'enfer.

La Troisième symphonie, op.55 ''Eroica'' (1802-1804) reçoit une lecture plus policée, l'accentuation anguleuse des deux opus précédents cédant la place à une manière plus centrale. Quoique pas moins engagée, célébrant ses aspects novateurs. Nelsons le sait, qui montre que ce « flot torrentiel d'une inépuisable inspiration » (Romain Rolland) possède ses inextinguibles élans mais aussi ses ineffables accalmies. L'Allegro con brio initial est pris énergique et pourtant le discours se déploie de manière dansante. L'entrelacs des deux motifs, l'un plaintif, l'autre au rythme bondissant, on le savoure au long du vaste développement, un des chefs-d'œuvre de la musique symphonique de Beethoven. La ''Marcia funebre '' n'exprime ici pas tant un sentiment tragique que l'esprit du héros, certes disparu, mais jamais aussi vivant dans la pensée de ceux qui l'honorent. Une épopée plutôt, plus qu'une déploration mortifère ; comme plus tard le concevra Wagner dans la ''Marche funèbre'' du Götterdämmerung. La beauté plastique de l'orchestre viennois est tout simplement prodigieuse : ciselé des phrases des cordes, rondeur du son dans les lames de grave en particulier. Le scherzo, « tourbillonnant et aéré » (ibid.) est une page virtuose certes, mais combien allant de l'avant ici, dans ses crescendos menés du plus impalpable pppp au forte surpuissant. On saluera au passage le magistral solo des trois cors et les impressionnants coups de timbales. Le finale, grandiose comme il se doit, l'est avant tout par sa référence à la danse. On sait que l'idée en est inspirée de la musique de ballet pour Les créatures de Prométhée (1801). De nouveau, l'héroïsme se tempère de joie exultante, de victoire heureuse. L'Éclat triomphal, qui se répète moult fois, conclut une exécution incandescente. C'est pur bonheur de voir cet orchestre d'élite livrer une exécution d'un fini instrumental aussi accompli.

Texte de Jean-Pierre Robert


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Mots-clés: Beethoven, Théâtre des Champs-Elysées

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