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CD : Œuvres pour piano de Moszkowski

Etsuko Hirose Moszkowski

  • Moritz Moszkowski : Valse op.34/1. Zephyr op.57/4. Liebeswalzer op.57/5. Étude op.72/13. Zweigesang, op.52/3. Die Jongleurin op.52/4. En Automne op.36/4. Étincelles op.36/6. Polonaise op.17/1. Guitare op.45/2. Caprice espagnol op.37
  • Arrangements de morceaux d'opéras : Barcarolle extrait des Contes d'Hoffmann d'Offenbach. Isoldens Tod, extrait de Tristan und Isolde de Wagner. Chanson bohème, tirée de Carmen de Bizet
  • Etsuko Hirose, piano
  • 1 CD Danacord : DACOCD 866 (Distribution : Socadisc)
  • Durée du CD : 72 min 15 s
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5)

Ce CD du label danois Danacord remet en lumière un compositeur germano-polonais un peu oublié, Moritz Moszkowski. Et présente un florilège de sa musique de piano interprétée par une de ses meilleures avocates actuelles, la japonaise Etsuko Hirose.

Moritz Moszkowski (1854-1925), né à Breslau, aujourd'hui Wroclav, est un pianiste réputé, mais aussi violoniste, chef d'orchestre et professeur. Marié à la plus jeune sœur de la compositrice Cécile Chaminade, il s'établit à Paris en 1897 où il demeurera jusqu'à sa mort, dans un grand dénuement. Sa musique de piano fut défendue par de nombreux maîtres d'alors comme Paderewski, et par ses propres élèves Wanda Landowska, Joaquin Turina ou les français Gaby Casadesus et Vlado Perlemuter. Mais aussi par des virtuoses comme Backhaus ou Horowitz. Elle est typique de la manière de la fin du XIXème et de la Belle époque, remarquablement écrite, empreinte de grâce et d'esprit, de brillance et d'expressivité. Si elle se rattache à la musique dite de salon, son immédiate séduction la rend loin d'être négligeable, comme le sous-entend le caractère péjoratif de cette appellation. La présente sélection le démontre, qui offre un regard perspicace sur cette production.

De brèves proportions, les pièces empruntent bien sûr d'abord à la valse. Ainsi de la Valse op.34/1, de 1884, l'année du mariage du musicien avec Henriette Chaminade, qui offre sensualité et inventivité. Liebeswalzer op.57/5 dégage le charme d'une manière romantique lisztienne avec une section médiane passionnée. Toutes aussi expressives sont les deux pièces extraites des 6 Phantasiestücke op.52 : ''Zweigesang'', un tendre duo entre amants, et ''Die Jongleurin''/La jongleuse, d'une belle vivacité. Des Huit Morceaux caractéristiques op.36, ''En Automne'', pièce descriptive d'une mélancolique journée ventée, et la vivace ''Étincelles'' sont deux exemples types de la sûre maîtrise d'écriture de Moszkowski. Cette dernière tresse une guirlande de notes rapides, pleine d'esprit et de folle agilité : le bis idéal de fin de concert, et à ce titre l'un des favoris de Horowitz. Comme l'était ''La fileuse'' de Mendelssohn chez Rubinstein. Question virtuosité, l'Étude de Virtuosité op.72/13 est très brillante, dans la lignée des Études d'exécution transcendante de Liszt. Mais la belle mécanique du clavier n'est pas ici conçue comme une fin en soi. La Polonaise op.37/1 (1887) paie sans doute sa dette à Chopin. Combinant brillance et poésie, elle utilise l'entier registre du piano et les digressions y paraissent illimitées. Caprice espagnol op.37 est un des fruits de la prédilection de Moszkowski pour l'idiome ibérique. On y savoure toute la séduction de ses danses, depuis les premières pages aux notes répétées rageusement, sonnant comme des castagnettes, ce qui créé un exotisme plus vrai que vrai, à une section médiane plus calme, enfin à la reprise encore plus dévastatrice et une fin en feu d'artifice.

Moszkowski a aussi pratiqué le genre de l'arrangement de morceaux d'opéra. Barcarole aus Hoffmanns Erzählungen s'inspire librement de la Barcarolle du IIIème acte de l'opéra d'Offenbach : précédée d'une intéressante introduction, la barcarolle proprement dite, ''Belle nuit, ô nuit d'amour'', est restituée dans son climat on ne peut plus sensuel, agrémentée de développements de son cru qui en accentuent la souveraine beauté, dont la reprise du thème dans un évanescent decrescendo. Isoldens Tod (1914), dédié à Ferruccio Busoni, reprend d'abord quelques pages du prélude de Tristan und Isolde pour enchaîner avec l'ultime scène de l'opéra de Wagner. C'est toute la magie de la texture orchestrale qui est évoquée par une écriture sagace et pleine de délicatesse pour le dire exprimé, où les parties vocale et orchestrale si intimement mêlées revivent avec bonheur comme les grands climax, et tout cela traduit par les seules deux mains. Enfin l'Espagne a encore dicté à Moszkowki l'un de ses plus imaginatifs arrangements : Chanson bohème est inspirée de la Carmen de Bizet. Après une courte introduction sur le thème de la Séguedille, la musique gitane du début du IIème acte (''Les tringles des sistres tintaient'') est magistralement déclinée avec son entrain communicatif, assortie de moult enjolivements. Menée à un tempo de plus en plus rapide et enivrant, c'est assurément  un grand morceau de bravoure.

Etsuko Hirose, familière de l'idiome du compositeur avec lequel elle dit vivre depuis l'adolescence, et l'une des rares pianistes à oser un tel programme, le défend avec conviction et souveraine maîtrise. Elle en rend palpables les diverses facettes avec esprit et goût, aussi bien dans le registre de la virtuosité quoique sans ostentation, que dans la poétique, et même l'aspect clin d'œil qu'on y trouve souvent, pas seulement à travers les transcriptions.

Les enregistrements, à l'Église évangélique Saint-Marcel de Paris, rendent avec clarté et présence la sonorité particulière, et tout à fait en situation du Bechstein concert Grand, singulièrement ses graves bien timbrés et ses aigus percussifs.

Texte de Jean-Pierre Robert

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Mots-clés: Moritz Moszkowski, Etsuko Hirose

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