CD : ''Cantilena'' ou les charmes envoûtants du duo alto-piano

Cantilena

  • ''Cantilena''
  • Astor Piazzolla : Le Grand Tango
  • Isaac Albeniz : Tango (extrait de ''España'' op.165)
  • Xavier Montsalvatge : Cinco canciones negras
  • Manuel de Falla : Siete canciones populares españolas
  • Heitor Villa-Lobos : Ária (Cantilena ), extraits des Bachianas Brasileiras, N°5
  • Pablo Casals : Quatre chansons
  • Enrique Granados : Tonadillas en estilo antiguo (extraits)
  • Tabea Zimmermann (alto), Javier Perianes (piano)
  • 1 CD Harmonia Mundi : HMM 902648 (Distribution : PIAS)
  • Durée du CD : 72 min 10 s
  • Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rouge (5/5) 

À la gloire du chant de l'alto, l'instrument du chant, ce disque décline un siècle de musique, d'un tango (Albeniz) à l'autre (Piazzolla) avec au cœur de son propos des transcriptions de pièces vocales puisées en territoires espagnol et sud-américain. Là où on ne l'attendait peut-être pas, la grande dame de l'alto Tabea Zimmermann nous convie à vivre une expérience aussi inattendue qu'envoûtante.

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Berlioz écrit à propos de l'alto que « le son de ses cordes graves a un mordant particulier, ses notes aiguës brillent par leur accent tristement passionné, et son timbre en général est d'une mélancolie profonde ». Instrument proche de la voix humaine, il se prête volontiers à la transcription de chants, en l’occurrence d'origine hispanique ou sud-américaine. C'est ce à quoi se sont attachés l'altiste Tabea Zimmermann et le pianiste Javier Perianes en convoquant des auteurs comme Montsalvage, de Falla, Granados, Villa-Lobos et Pablo Casals. Avec les Siete canciones populares españolas de Manuel de Falla, écrites à Paris en 1914, jouées ici dans des transcriptions pour alto et piano d’Emilio Mateu et Miguel Zanetti, l'instrument riche et pénétrant qu'est l'alto tient le rôle de la voix. Pour ce qui est un exemple d'utilisation de la mélodie populaire dans la gangue de la musique savante du XXème siècle, le compositeur puise dans le folklore andalou (''Jota'', sa rythmique bien marquée et son chant éperdu de mélancolie), murcien (''Seguidilla murciana'', plus vif), aragonais (''Polo'' et son rythme très scandé) ou asturien avec ''Asturiana'', là où l'envoûtement naît d'une sorte d'appel de la voix intérieure, ici magistralement captée dans un tempo souverainement expressif. ''Nana'' est une pause de tendresse, proche de la berceuse, et s'éteint dans un souffle. Comment ne pas évoquer ici la voix enchanteresse de Teresa Berganza interprétant naguère ces merveilleuses vignettes ! On entend d'Enrique Granados quatre des Tonadillas en estilo antiguo, écrites en 1913, évocatrices du monde de Goya et de ses personnages madrilènes pittoresques, les majos et les majas. Dans une écriture de style populaire, tintée de dissonances, pour décrire des situations mélancoliques (''El mirar de la maja''/Le regard de la maja), intensément lyriques (''El majo olvidado''/Le majo oublié), piquantes (''El majo discreto'' ou l'aristocrate désinvolte et pas si discret que cela), voire douloureuses : ''La maja dolorosa'' où s'étale une tristesse presque proclamée.

Les Cinco canciones negras/Cinq chansons nègres, que Xavier Montsalvatge compose en 1945, chantent Cuba et son atmosphère musicale pittoresque. À l'image de ''Cuba dentro de un piano''/Cuba dans un piano, une habanera où la partie de la voix est ici substituée par la riche palette de l'alto sur un accompagnement discret du clavier, de par la transcription due à Kim Kashkashian et Robert Levin. ''Cancion de cuna para dormir a un negrito''/chanson pour endormir un petit nègre, s'écoule presque au-delà de la berceuse, le charme procédant du ralentissement du débit à l'extrême, surtout comme interprété par Zimmermann et Perianes, très lent et pianissimo. ''Punto de habarera''/Le point d'havanaise offre là encore une vraie magie eu égard à l'utilisation des divers registres de l'alto. ''Chévere''/Cool est proche du negro spiritual, lentissimo, passée son entame déclamatoire. Enfin ''Canto negro'' est une rumba afro-cubaine, d'une belle vivacité et d'un humour irrésistible. Là encore planent les volutes de la voix de Berganza. On sait peu que l'immense violoncelliste Pablo Casals fut aussi un compositeur chambriste et de chansons. Est proposé un florilège de quatre pièces écrites entre 1895 et 1959, ici transcrites pour alto et piano par Tabea Zimmermann. ''En el mirail canviant de la mar bleva''/Sur le miroir changeant de la mer bleue est d'inspiration catalane pure. ''El ángel travieso''/L'Ange espiègle offre espièglerie et un charme fou. ''Tres estrofas de amor''/Trois strophes d'amour mêle lyrisme généreux et rythmique hispanisante bien sentie. Alors que ''En sourdine'', sur le poème éponyme de Verlaine, se distingue par son mélodisme raffiné.

De Villa-Lobos, ''Ária (Cantilena)'', pièce N°5 des Bachianas Brasileiras (1938), et transcrite par William Primrose, est inspirée de Bach comme de chants brésiliens et exhale une douce mélancolie au fil de ses trois parties contrastées. Deux tangos encadrent ces pièces à vocation purement vocales : ''Tango'' d'Isaac Albeniz (1890), tiré du recueil España pour piano op.165, est plus d'inspiration cubaine qu'argentine de par son style de habanera mélancolique. Le Grand Tango d'Astor Piazzolla, écrit en 1982 pour le violoncelle de Slava Rostropovitch, sonne aussi bien à l'alto, au long de ses deux sections fort rythmées encadrant une séquence nostalgique.

Partout Tabea Zimmermann est la magicienne de ces pièces combien attachantes, faisant sien le style hispanisant de sa sonorité chaude, fluide et par dessus tout élégante. Outre l'agencement du programme où l'on passe du chantant au rythmé bien senti, on savoure les couleurs si diversifiées dont elle en pare les séduisants contours. Le pianiste espagnol Javier Perianes, formé auprès d’Alicia de Larrocha et de Daniel Barenboim, est son alter ego, lui aussi en phase avec ces tunes qui ne peuvent que lui être chers.

La prise de son, au Teldex Studio de Berlin, est proche et aérée. On apprécie la parfaite fusion entre les deux instruments.

Texte de Jean-Pierre Robert 

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Mots-clés: Tabea Zimmermann, Javier Perianes

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