CD : George Crumb rencontre Schubert sous le signe du chiffre XIII

Quatuor Ardeo XIII

  • ''XIII''
  • Franz Schubert : Quatuor à cordes N°13 en La mineur D 804 ''Rosamunde''
  • George Crumb : Black Angels, 13 images pour un pays sombre, pour quatuor à cordes électrique
  • Claudio Monteverdi : ''Hor che'/ ciel e la terra '' (extrait du Livre VIII des Madrigaux guerriers et amoureux)
  • Henry Purcell : Sarabande en Sol mineur, Chaconne en Sol mineur
  • Franz Schubert/Quatuor Ardeo : Lied ''Der Tod und das Mädchen'' D 531, Lied ''Die Götter Greichenlands'' D 677
  • Quatuor Ardeo
  • 1 CD Klarthe : K104 (Distribution : PIAS) www.klarthe.com
  • Durée du CD : 70 min 02 s
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5)

Ce CD porte un projet audacieux : une glose musicale sur l’œuvre de l'américain George Crumb Black Angels, remontant au Quatuor Rosamunde de Schubert. Le chiffre XIII en est le révélateur, puisque le quatuor de Schubert est le treizième et la pièce de Crumb est faite de 13 parties. Les jeunes femmes du Quatuor Ardeo mènent à bien l'entreprise qui révèle d'étranges correspondances.

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L’association de ces œuvres de Crumb et de Schubert, autour du thème central de la mort, qui caractérise la première, est justifiée, selon Bernard Fournier, auteur de la plaquette du disque, par le fait que le 13ème quatuor de Schubert, plus que le suivant ''La jeune fille et la mort'', « possède des liens plus secrets mais profonds avec la poétique de Black Angels ». Le Quatuor D 804 Rosamunde, de 1824, « inaugure une esthétique de l'intimité, inspirée de la poétique du Lied » (ibid.). L'interprétation des Ardeo met l'accent au Ier mouvement sur le contraste entre le thème lyrique, inspiré implicitement du Lied ''Marguerite au rouet'', et la rythmique du second thème, et ainsi entre rêverie inquiète et angoisse devant la mort. L'Andante, sur le mode thème et variations, à partir de celui de la Musique de scène de Rosamunde, est mélancolique, éminemment poétique sous les archets des quatre interprètes. Qui rendent pareillement bien la dualité qui parcourt le Minuetto, sorte de scherzo : gravité du trouble intérieur de l'Allegretto et charme d'inspiration populaire du Trio. Le finale Allegro moderato parachève une belle exécution, avec sa rythmique irrégulière, ses ellipses et ses ruptures. Deux transcriptions de Lieder complètent le volet schubertien : ''Der Tod und das Mädchen'' D 531 ou une sorte de séduction de la mort à travers le sourire et la gravité ; d'où le lien avec la pièce de Crumb. Puis ''Die Götter Greichenlands''/Les Dieux de la Grèce,  D 677 où il est question de « la séparation du Beau monde », selon Schiller.

George Crumb (*1929) compose Black Angels en 1970. Sous-titrée ''13 images d'un pays sombre pour quatuor à cordes électrique'', l'œuvre fait éclater les canons du quatuor à cordes, puisque les instruments sont électrifiés et que le jeu appelle des effets percussifs par l'ajout d'un brelan d'instruments occidentaux (harmonica de verre) ou orientaux (tam-tam chinois). Le métissage se retrouve dans le langage qui cite des musiques d'autres compositeurs ou fait référence plus ou moins volontaire à la musique baroque. On y remarque encore des interventions psalmodiées de la part des interprètes. Ce voyage initiatique aller-retour vers et depuis la mort est conçu comme un chant funèbre, à la mémoire des morts de la guerre du Vietnam et « de tous les morts inutiles ». Construite en arche, elle est constituée de 13 séquences d'une extrême concision, organisées en un triptyque, le centre de gravité étant la 7ème séquence, dite ''Black Angels''. ''Departure'' compte 5 séquences : ''Threnody I'' est fait de glissandis et autres modes inhabituels, du forte à l'infime pianissimo. ''Sounds of Bones and Flutes'' aligne de petites cellules comme suspendues en l'air. ''Lost Bells'' déploie des sonorités de l'au-delà. Les deux dernières séquences livrent un univers sonore troublant (''Devil-music'') et terriblement percussif (''Danse Macabre'') où plane l'ombre de celle de Saint-Saëns, outre quelques onomatopées susurrées par les interprètes. La deuxième partie ''Absence'' compte 4 volets. ''Pavana lachrymae'' est inspiré du Lied de Schubert ''La Jeune fille et la Mort'', mais dans un lointain filtré, à peine perceptible. ''Threnody II'' libère violence et déchaînement avec des interventions vocales criées. ''Sarabande de la mort obscure'' décline un lamento qui fait référence à Purcell, en bribes disparates. Enfin ''Lost Bells'' vient en écho à la séquence du même nom de la Ière partie. La troisième, ''Return'', qui propose 4 sections, est bâtie comme un palindrome par rapport à ''Departure'' et voit se succéder ''God-music'' ou musique des sphères, immatérielle, puis des modes anciens (''Ancient Voices I et écho'') dans le registre pppp, enfin ''Threnody III'' où le discours s'enfonce dans le silence.

Ces pièces sont encore entourées d'autres de Purcell et de Monteverdi, toutes en lien avec l’œuvre de George Crumb. Elles sont jouées avec minutie et une technique hors pair par les Ardeo, Carole Petitdemange, Mi-Sa Yang (violons), Yuko Hara (alto) et Joëlle Martinez (violoncelle), une formation créée en 2001 au sein du CNSMP. Qui décidément livre une proposition hors des sentiers battus.

Les enregistrements, à la Kammer-Philharmonie de Brême, dans une acoustique ample, ont un indéniable relief, singulièrement dans la pièce de Crumb et ses effets spatiaux. 

Texte de Jean-Pierre Robert  

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Mots-clés: Monteverdi, Franz Schubert, Quatuor Ardeo, George Crumb, Henry Purcell

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