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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : les mélodies avec piano de Ravel

Ravel Victor Sicard Anna Cardona

  • Maurice Ravel : Don Quichotte à Dulcinée. Deux mélodies hébraïques. Chansons madécasses. Cinq chants populaires. Cinq mélodies populaires grecques. Histoires naturelles. Ronsard à son âme. Sur l'herbe.
  • Victor Sicard (baryton), Anna Cardona (piano)
  • Avec Aurélien Pascal, violoncelle & Mathilde Calderini, flûte (Chansons madécasses)
  • 1 CD La Musica : LMU 020 (Distribution : PIAS)
  • Durée du CD : 68 min 30 s
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile grise (4/5)

Excellente idée de réunir les mélodies avec piano de Ravel sur un même CD qui en présente l'essentiel. Ou la quintessence du chant français. Dans des interprétations qui cherchent à s'en approcher.

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La présente anthologie est presque intégrale pour ce qui est des mélodies avec piano. Car à l'exception des Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé ou de quelques mélodies de jeunesse, y figurent les principaux cycles. Les Cinq Mélodies populaires grecques, son premier recueil, de 1906, offre une variété de manières : le déclamatoire (''Quel galant''), le lyrisme (''Chanson des cueilleuses de lentisques'') ou la brillance (''Tout gai !''). Victor Sicard y excelle par une diction précise. Comme il en va de l'ultime cycle, Don Quichotte à Dulcinée (1932-1933), sur des poèmes de Paul Morand. Conçue à l'origine pour voix et orchestre pour le film ''Don Quichotte'' de Pabst, et qui devait être chantée par Chaliapine, projet qui ne verra pas le jour, l’œuvre est restée dans sa version originale pour piano, plus intimiste : un hommage de Ravel à sa mère. Le baryton est à son affaire dans ces mélodies populaires espagnoles relevées, comme la seconde ''Chanson épique'', sur un rythme de danse basque, le zortzico, ou de jota aragonaise, pour la dernière, ''Chanson à boire''.

Les Histoires naturelles, de 1906, sur des textes de Jules Renard, exigent une manière à la fois simple et en ménageant les subtilités, alors surtout que la primauté mélodique est donnée au piano. Le « langage direct et clair », imposant « une déclamation particulière étroitement liée aux inflexions du langage français », selon Ravel, est certes délicat à manier. Victor Sicard adopte une approche paradoxalement trop proche du parlé, qui ne gourmande pas assez le sous-entendu, cette « poésie cachée » des pièces de Jules Renard que Ravel a si génialement su faire ressortir. Ainsi de la première ''Le Paon'' où malgré une diction indéniablement soignée, l'ironie n'est pas assez sentie. Comme dans ''Le Grillon'', où la déclinaison de l'infiniment petit et de l'attente des faits et gestes de tous les jours n'a pas l'ultime achèvement du presque rien dit. La poétique de ''Le cygne'' reste peu exploitée et la chute manque son effet humoristique au second degré. Les Chants Populaires de 1910 viennent mieux, car ces autres miniatures conduisent dans un univers expressif plus simple : la ''Chanson espagnole'' sur un rythme bien balancé, la ''Chanson française'', tirée d'un chant populaire du Limousin, et en vieux français, narrant la rencontre coquine entre bergère et berger. La ''Chanson italienne'' est toute voile dehors, et l'''Hébraïque'' ne manque pas son effet par son inflexion lancinante à l'entame et au refrain. La ''Chanson écossaise'', conçue en premier, en 1909, sera publiée posthume en 1975, sur une reconstitution d'après l'esquisse laissée par Ravel.

Les Chansons madécasses, autre pierre angulaire de la mélodie ravélienne (1825-1926), sont écrites pour la formation chambriste originale de voix, flûte, violoncelle et piano, « une sorte de quatuor où la voix joue le rôle d'instrument principal », selon l'auteur. Là où « le rythme domine », l'intelligibilité du texte doit être constante dans des poèmes en vers libres et d'une langue simple. La pure déclamation ne suffit pas. Or l'interprète adopte une manière théâtrale, souvent proche du Sprechgesang, peu en situation. Même si, influence de Schoenberg mise à part, ces pièces affichent une modernité assumée dans le langage, entre charme et ascétisme. Ainsi de ''Nahandove'' dont le quasi halètement aux morceaux centraux brouille la compréhension des paroles à force de tension. Dans ''Aoua'', la générosité du discours s'approche trop de l'expression parlée, malgré les mille nuances apportées. Mais la dernière pièce, ''Il est doux'', offre de belles inflexions qui font penser au cycle de Shéhérazade.

Au final, le récital laisse des sentiments contrastés, ce qui ne met pas en cause la sincérité de l'interprète ni la qualité d'un timbre clair et bien projeté. La pratique devra permettre de creuser un sillon déjà balisé. L'accompagnement prodigué par la pianiste catalane Anna Cardona est sensible. L'instrument, un Pleyel, apporte une note d'éclat tout en évitant une inutile brillance.

L'enregistrement, à l'église luthérienne du Bon-Secours à Paris, est très présent sur la voix, le piano placé légèrement du côté droit.

Texte de Jean-Pierre Robert

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Maurice Ravel, Victor Sicard, Anna Cardona, Aurélien Pascal, Mathilde Calderini

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