CD : Le ténor Piotr Beczala en territoire vériste

Vincero Piotr Beczala

  • ''Vincerò !''
  • Airs pour ténor de Giacomo Puccini (Tosca, Manon Lescaut, La Fanciulla del West, Edgar, Madama Butterfly, Gianni Schicchi, Turandot), Francesco Cilea (Adrianna Lecouvreur), Pietro Mascagni (Cavalleria rusticana), Umberto Giordano (Andrea Chénier, Fedora), Ruggero Leoncavallo (Pagliacci)
  • Piotr Beczala, ténor
  • Avec Evgeniya Khomutova, mezzo-soprano
  • Cor de la Generalitat Valenciana
  • Orquestra de la Comunitat Valenciana, dir. Marco Boemi
  • 1 CD Pentatone : PTC 5186 733 (Distribution : Outhere music)
  • Durée du CD : 52 min 56 s
  • Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rouge (5/5) 

Les récitals d'airs d'opéra ont leurs avantages, focalisant sur des points névralgiques d'une œuvre, et leurs inconvénients, car privés de leur contexte. Chez les ténors, il y en eut tant. Celui de Piotr Beczala, une des voix les plus attachantes du moment, sort du lot. Non seulement parce qu'il témoigne de l'amorce d'un virage dans le répertoire du chanteur, mais du fait qu'il met l'accent sur la période de l'âge d'or de l'opéra italien avec Puccini et la naissance du vérisme.

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Le ténor polonais Piotr Beczala (*1966) dont on a tant apprécié le Faust de Gounod à Salzbourg et à Paris, chante, depuis ses débuts en 1997 et son engagement peu après dans la troupe de l'Opernhaus de Zürich, des parties de ténor lyrique, comme le Duc de Rigoletto, Alfredo, Rodolfo, mais aussi Werther ou Roméo. Peu à peu, il élargit son répertoire à des rôles plus corsés, lirico spinto, avec Verdi (Un bal masqué, Luisa Miller) ou Carmen. Et depuis peu souhaite-t-il se tourner vers plus lourd, comme les opéras plus dramatiques de Puccini et surtout les véristes. Sans parler d'une incursion dans Wagner avec Lohengrin à Bayreuth. Ceci explique-t-il cela ? Le présent récital concrétise cette nouvelle voie dans une carrière déjà emplie de succès partout à travers la planète lyrique. S'il faut encore attendre la prestation sur scène pour réellement apprécier cette orientation nouvelle, du moins ce CD montre-t-il que le chanteur en a déjà tous les atouts en main. Et d'abord, bien sûr, la puissance et la force de la quinte aiguë. Le timbre éclatant, entre un Di Stefano et un Pavarotti, lui assure l'assise nécessaire, qui sait s'assombrir légèrement et fleurir dans l'aigu sans donner l'impression de forcer, comme le montre l'héroïsme des deux airs de Maurizio tirés d'Adrianna Lecouvreur de Cilea. Le grand climax vient naturellement, avec un je ne sais quoi d'évidence, qui procure le vrai frémissement chez l'auditeur. Comme il en va du final de '''E lucevan le stelle'' de Tosca. Le dosage naturel de la couleur, en un mot l'italianità, est parfaitement assimilé. Ainsi de ''Mamma, quel vino è generoso'' de Cavalleria rusticana.

Beczala possède ensuite l'ambitus et la longueur de son dans le medium, outre l'incisif des mots, pour tenir le récit que véhiculent les airs de ce répertoire tout aussi exigeant. Ainsi du bandit Dick Johnson de La Fanciulla del West ou le grand désespoir qu'on trouve dans l'air du personnage titre d'Edgar. Les différents climats exotiques dont Puccini sait tant tirer parti, sont parfaitement en place dans un traitement différentié de la voix, comme encore avec le Pinkerton de Madama Butterfly, là où le mélodisme puccinien est à son meilleur. Dans le morceau intitulé ''Improviso'', extrait d'Andrea Chénier de Giordano, Beczala pourvoit une ligne vocale soutenue à la fois dans le medium et la quinte aiguë, épousant le poème qu'improvise le héros durant un bal.

Enfin, le chanteur polonais éblouit par l'élégance du discours. Beczala est un artiste racé qui a peu de rivaux question raffinement du texte et de la manière de le déclamer. On pourrait presque lui faire reproche d'une légère sollicitation (''Recondita armonia,'' de Tosca, un peu trop lent et insistant sur la ''belle phrase''). Mais sans doute est-ce l'avatar du récital studio, donc privé de la scène et de la guidance d'un régisseur. En tout cas, l’exercice met en exergue la perfection de la diction qui rejoint l'italianità, l'alliance du mot et de la couleur. Outre l'intelligence du texte. Sa longue expérience du répertoire de ténor lyrique autorise cette incursion dans ce nouvel univers, ne serait-ce que par la souplesse acquise dans des rôles plus lyriques.

Alors, que ce soit dans les divers airs de Puccini, qui nursent si bien la voix de ténor, dont ceux de Manon Lescaut, ou dans les morceaux véristes plus tendus et requérant une patine plus sombre, comme les airs de Fedora de Giordano, on est conquis par l'aisance de Piotr Beczala. Et avec le morceau de choix, pierre angulaire du vérisme, qu'est ''Vesti la giubba'' du Paillasse de Leoncavallo, ou jusqu'où aller trop loin, est-on convaincu de la sincérité de l'interprète. Il aligne une longue ligne mélodique au souffle qui ne doit pas s'interrompre et juste le léger sanglot vrai sur le final ''ridi''. L'air qui clôt le récital, l'illustrissime ''Nessum dorma'' de Turandot, plongé dans un subtil lyrisme au début et à la partie médiane, voit une progression savamment ménagée jusqu'au glorieux ''Vincerò !''. ''Je vaincrai'', proclame Calaf. Beczala a bel et bien vaincu et acquis ses lettres de noblesse en territoire de ténor di forza. Il est magistralement accompagné par les chœurs et l'Orchestre de la Comunitat de Valence dirigé par le chef Marco Boemi qui lui offre un écrin sensible et coloré.

La prise de son, au Palau de les Arts Reina Sofia de Valence, livre une image aérée et bien sonnante, le contenant rejoignant à cet égard le contenu. La voix n'est justement pas mise en avant, mais replacée dans un contexte plus global, ce qui laisse aux fortissimos tout loisir de s'épanouir.

Texte de Jean-Pierre Robert 

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Mots-clés: Piotr Beczala, Orquestra de la Comunitat Valenciana, Marco Boemi

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