CD : Tartini et ses dernières sonates pour violon

Vertigo Tartini

  • ''Vertigo/Tartini'' : les dernières sonates pour violon
  • Giuseppe Tartini : Sonates pour violon et violoncelle en la mineur, B. a8, en la majeur, B.A4, en ré majeur, B.D19, en ré mineur, B.d5, en ré majeur, B.D9
  • Duo Tartini : David Plantier (violon), Annabelle Luis (violoncelle)
  • 1 CD Muso : MU-040 (Distribution : Outhere Distribution)
  • Durée du CD : 79 min 45 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

L'illustre virtuose du violon Giuseppe Tartini a écrit plus de 130 sonates pour l'instrument, et pas seulement celle archiconnue et un peu galvaudée titrée ''Trille du Diable''. Parmi cette passionnante production, David Plantier a choisi quelques-unes des dernières. On est saisi par une sorte de vertige musical qui transcende une époustouflante technicité pour l'intégrer dans l'expression, « fuyant la superficialité », remarque-t-il.

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« Il a su bannir le fard de la musique pour servir la nature », clame un des contemporains de Tartini. Voilà de quoi écorner l'étiquette de pure virtuosité généralement associée à sa musique. Ses sonates de violon dont le manuscrit est conservé à la BNF à Paris, sont classées en trois périodes, ''Le vecchie'', ''Le meno vecchie'', ''Le ultime''. Parmi celles-ci, et donc ses dernières pensées confiées à l'instrument, David Plantier en a choisi quatre, dont la puissance d'inspiration, le souffle, digne du Sturm und Drang à venir, montrent l'originalité. Alors que la partie de violoncelle dépasse le rôle d'accompagnement pour constituer un vrai duo, à l'image de celui que Tartini lui-même pratiquait avec un ami proche, l'abbé Vandini, excellent violoncelliste. C'est à ce duo que David Plantier et Annabelle Luis, sa comparse de toujours, comme déjà remarqué dans un précédent CD ''Continuo  Addio !'', entendent rendre hommage. Ces sonates sont pour la plupart en cinq mouvements. Ainsi de la Sonate en la mineur B.a8 ou de le Sonate en ré mineur B.d5 : le premier mouvement ''Grave'', ou ''Larghetto'', montre la maîtrise du cantabile de Tartini, dont à l'époque Charles Burney louait « sa mélodie pleine de feu et d'imagination ». Suit un Allegro, vif et virtuose dans le cas de la sonate B.a8, passionné et criblé d'arpèges et d'accords originaux (sonate B. d5). Viennent soit une ''Siciliana grave (B.a8), soit un Presto en forme de gigue d'une grâce avenante, qui sait faire oublier une technique sensationnelle. La Sonate B. a8 se conclut par un allegro « de rage contenue » (Plantier) et un assai con variazioni, et l'autre pièce par un couple de Menuet à variations et de Gavotte également à variations plus développées.

La Sonate B.A4 offre cette particularité d'un langage imitant la guitare portugaise, un exemple de la technique imitative de Tartini. Ici d'une brillante faconde par la transcription au violon de l'écriture de cette guitare particulière, notable au mouvement initial, avec accords brisés, arpèges débridés et harmonies d'origine populaire. L'Andante contraste par ses dissonances plaintives et ses pizzicatos en fin de phrase, ce qui produit un sentiment d'étrangeté, renforcé par une ligne souvent interrompue. Vivacité et poétique du chant de la guitare portugaise enluminent l'Allegro suivant et l’œuvre se termine par un très bref Menuet dans le même ton populaire. La Sonate en ré majeur B. D9 que David Plantier voit «  joyeuse et solaire », est le type parfait du jeu en doubles cordes du violon, qu'on savoure au long des cinq mouvements : un Andante d'une magique beauté, que reflète aussi la partie de violoncelle dans la présente exécution ; un Allegro lumineux avec moult pirouettes violonistiques ''à la Tartini'', bon exemple de sa dernière manière, où le violoncelle fait jeu quasi égal avec le violon, dans une sonate à deux et non plus une sonate avec continuo, comme à l'ancien temps. L'Allegro suivant renchérit en démonstration technique. Le ''Cantabile'' est un « bijou de poésie qui semble sortir d'un air vénitien » (ibid). Le finale ''Minuet con 6 variazioni'' offre un thème bien rythmé tricoté en variations aussi audacieuses que variées.

On a ajouté à ces pièces une autre appartenant à la période des ''Vecchie'', autrement dit de jeunesse : la Sonate B. D19. Se succèdent un Adagio en forme de récitatif, un Allegro où la pyrotechnie de l'auteur s'illustre à l'envi, démonstration de toutes ses astuces techniques et le cello venant ici en simple accompagnateur, un Andante poignant à l'écriture en trio grâce aux doubles cordes au violon, le violoncelle occupant la troisième voix. L'Allegro fulminant final exprime la fougue du jeune Tartini « avec un goût irrésistible pour les rythmes marqués et une étonnante séquence syncopée » (ibid.)

Le Duo Tartini se coule dans la manière instaurée par leurs illustres prédécesseurs Tartini et Vandini, adoptant un parti d'interprétation pour une basse extrêmement travaillée. David Plantier, un des grands violonistes baroques du moment, transcende l'idée même de virtuosité démonstrative par un jeu d'un grand naturel. Et ce grâce à la sonorité comme longue en bouche de son Guadagnini de 1766 : un raffinement sonore inouï, une suprême douceur du trait que rien ne vient jamais troubler. Le cello d'Annabelle Luis est tout aussi expressif. Une fameuse paire.

La prise de son, dans une église belge, laisse présumer un placement judicieux des deux voix, pas trop près l'une de l'autre, mais bien intégrées l'une à l'autre. D'où un effet de relief on ne peut plus agréable.

Texte de Jean-Pierre Robert 

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Mots-clés: Giuseppe Tartini, Duo Tartini

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