CD : les Sonates en quatuor de Louis-Gabriel Guillemain

Guillemain EnsembleLaFrancaise

  • Louis-Gabriel Guillemain : Second Livre de sonates en quatuor ou Conversations galantes et amusantes entre une flûte traversière, un violon, une basse de viole et la basse continue, œuvre XVII
  • Ensemble la Française
  • 1 CD Musica Ficta : MF 8034 (Distribution : Socadisc)
  • Durée du CD : 69 min 19 s
  • Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rouge (5/5) 

Voici un CD rafraîchissant ! La découverte d'un musicien du XVIIIème français méconnu. Cultivant le genre, quelque peu tombé dans l'oubli, du quatuor baroque pour la formation inhabituelle de flûte traversière et cordes. Dans une poignée d’œuvres, en première au disque, défendues par un ensemble d'interprètes qui y croient et nous y font croire. Que demander de plus, sinon les écouter.

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Louis-Gabriel Guillemain (1705-1770), bien oublié aujourd'hui, a pourtant connu un immense succès de son vivant comme violoniste virtuose, « le plus rapide et le plus extraordinaire qui se puisse entendre » disait-on à l'époque, d'abord à l'Opéra de Lyon puis comme musicien de la Chapelle et Chambre du Roi ou chez certains de ses éminents sujets dont Madame de Pompadour. Grandeur et décadence, il finira dans la misère et se serait suicidé. Il laisse une œuvre importante, en particulier dans le domaine de la musique instrumentale pour violon solo, sonate ou quatuor. C'est à ce dernier genre qu'appartiennent les Sonates en quatuor qu'il compose à partir de 1743. Le modèle du quatuor baroque n'est alors pas nouveau, puisque déjà illustré en Allemagne par Telemann et en France par Jean-Baptiste Quentin. Le Second livre de sonates en quatuor op.17 date de 1756. Si l’œuvre paraît bien sonner la fin de la vogue du quatuor baroque, elle préfigure ce que sera le quatuor à cordes de l'époque classique. Elle est constituée de six pièces pour la formation peu habituelle de flûte traversière, violon, basse de viole et basse continue, elle-même faite de violoncelle et de clavecin. Elle appartient à l'art rocaille qui trouve son origine en architecture et dans les arts plastiques sous le règne de Louis XV, et en musique promeut la fantaisie, le pittoresque, le raffinement, voire la préciosité. C'est donc de style galant qu'il s'agit. La structure des pièces est tripartite, vif-lent-vif, savoir inlassablement : Allegro, Aria gratioso et Presto. Avec dans certaines un doublement d'un mouvement, appelé ''Altro''. Elles ressortissent à un mélange des styles français et italien qu'on appelle ''Les goûts réunis''.

Cette identité de construction ne conduit pas à l'uniformité de la pensée musicale. Loin de là. L'impression qui se dégage est d'une magistrale écriture pour les quatre voix, même si les deux plus aiguës dominent, ce que favorise le présent enregistrement qui place de part et d'autre, la flûte à gauche et le violon à droite, les autres cordes graves et le clavecin au milieu. C'est la flûte qui tient le rôle de leader. Et le ton est toujours d'une agréable conversation en musique, comme il en était des conversations parlées au Grand Siècle où l'on dissertait et glosait de tout à l'infini. Le sous-titre de ''Conversations galantes et amusantes'' est on ne peut plus évocateur. L'Allegro par lequel commence chaque pièce en est un bon exemple : ton cérémonieux à la Sonata I avec procédé de redite, manière souvent dansante (Sonatas II, VI), offrant une riche thématique, avec une entrée en matière dans la bonne humeur (V). Le mouvement Aria gratioso, sommet du modèle de la conversation galante, est intime quoique connaissant moult rebondissements de la part de chacune des quatre voix (I), sous forme d'un aimable rondeau (II), de ton pastoral avec des enjolivements typiques de la musique française de l'époque (III). Celle de la Sonata V ressortit à l'air de cour révérencieux, troussé différemment à l'Altro où s'affirme un sentiment de cartésianisme assumé. La même dans la Sonata VI offre un échange flûte-violon parfois précieux. Les Presto sont enjoués comme il se doit : plein de fougue contagieuse qui sied à une musique sans autre ambition que de divertir (I), gambadant avec légèreté sans alacrité excessive (II, V), ou prolixe comme si les esprits s'échauffaient dans une discussion fort animée où chacune des voix cherche à imposer ses vues (IV). Jusqu'à atteindre le pur divertissement dansé avec des essais de solos de la partie de la flûte et celle du violon (VI).

L'Ensemble la Française, fondé en 2013, mené par la flûtiste Aude Lestienne, se plaît à explorer cette période de la musique française dite style rocaille. Ses autres musiciens, Shiho Ono (violon), Myriam Ropers (basse de viole), Jean-Baptiste Valfré (violoncelle) et Kazuya Gunji (clavecin), en font saillir les contrastes, la fantaisie souvent débridée, et pourtant le réel continuum. On admire la beauté des instruments joués : finesse de la flûte traversière, cultivant un son non brillant et une suprême agilité, comme recherche de couleurs des cordes et douceur de la partie de clavecin. Rien d'ostentatoire non plus que de précieux, mais une manière toujours élégante.

Effectué à la Chapelle de l'Hôpital de Fourvière à Lyon, dans une acoustique légèrement réverbérante, l'enregistrement offre une image sonore riche et d'ambiance intimiste car les instruments sont captés de près. Ce que la distribution spatiale déjà mentionnée rend encore plus délectable.

Texte de Jean-Pierre Robert 

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Mots-clés: Ensemble La Française, Louis-Gabriel Guillemain

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