CD : Thomas Adès dirige deux de ses œuvres

Ades Conducts Ades

  • ''Adès conducts Adès''
  • Thomas Adès : Concerto pour piano et orchestre. Totentanz pour mezzo-soprano, baryton et orchestre
  • Kirill Gerstein, piano
  • Christianne Stotijn (mezzo-soprano), Mark Stone (baryton)
  • Boston Symphony Orchestra, dir. Thomas Adès
  • 1 CD Deutsche Grammophon : 483 7998 (Distribution : Universal Music)
  • Durée du CD : 59 min
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5) 

Un des compositeurs britanniques les plus en vue, Thomas Adès, dirige ici deux de ses œuvres récentes, son Concerto pour piano et sa Totentanz, à la tête du Boston Symphony Orchestra dont il est Artistic Partner. Une association singulièrement fructueuse dans le domaine de la musique actuelle. Et nul doute des interprétations idoines.

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Prolifique compositeur, Thomas Adès (*1971) a déjà à son actif trois opéras, des concertos, diverses pièces orchestrales, chorales, pour piano et de musique de chambre. Le Concerto pour piano et orchestre est une commande du Boston Symphony Orchestra, sur une idée du pianiste Kirill Gerstein. Il a été achevé en 2018 et créé en mars 2019. Le présent disque est la captation de cette première exécution à Boston. Comme souvent chez le musicien anglais, la facture éminemment contemporaine est sous-tendue par des références à la tradition, en l'occurrence à une construction classique en trois mouvements, vif-lent-vif, et à la présence d'une cadence. L’œuvre est de larges proportions, réclamant un orchestre fort nourri, comme il en est de ses compositions les plus récentes. Ainsi des opéras La Tempête (Covent Garden 2004) ou The exterminating Angel (Salzburger Festpiele, 2016). Le premier mouvement Allegramente s'ouvre par un thème agité, comme swinguant, avec piano percussif. Le second thème, qu'Adès qualifie comme « le plus expressif 2ème sujet », est un hommage à la forme de la sonate classique. Le développement est très libre aussi bien à l'orchestre fluide que dans la partie soliste hyper sollicitée et extrêmement diversifiée, avec des notes répétées comme un tremblement. La conclusion s'avère sautillante, pourvue d'originaux glissandos. L'Andante gravemente offre une lente digression du piano dans l'aigu sur des sonorités calmes et étranges, ainsi de traits de trompette bouchée, au lointain. Le discours du piano évolue en vagues expressives, même si l'instrument reste percussif. Une cadence très sentie parachève ce moment de respiration dans un crescendo-decrescendo. L'Allegro gioioso (joyeux) revient à la manière allègre du début du concerto. Le soliste s'y meut dans un mode à la fois énergique et léger, singulièrement dans des sortes de gammes sautillantes, frôlant une inspiration post-romantique. Un soudain ralentissement calme le jeu avant une péroraison de lourds échanges piano-orchestre dans une course poursuite déjantée. C'est peu de dire que Kirill Gerstein est époustouflant dans la maîtrise du rythme et de la dynamique. Et que sous la baguette du compositeur, on tient là l'interprétation de référence d'une œuvre qui a depuis connu bien d'autres exécutions à travers le monde eu égard à ses immenses qualités musicales.

Thomas Ades
Thomas Adès ©DR 

Dédiée au compositeur polonais Witold Lutoslawski, Totentanz (Danse macabre) a été créée en 2013 à Londres. Ce sera la première œuvre dirigée par Adès à Boston, en 2016. Le CD en est la captation. C'est une cantate à deux voix, adaptée de textes médiévaux. Quant à sa forme, on pense au Chant de la terre de Mahler, eu égard à la présence de deux solistes, voix de femme mezzo-soprano et voix d'homme baryton. La pièce est construite en 15 séquences qui voient la Mort s'adresser successivement à divers personnages représentant chaque catégorie de la société et ce dans un ordre descendant, du Pape à un tout jeune enfant. Chaque séquence est conçue sur le même schéma : la Mort s'adresse à son interlocuteur qui lui répond. S'en suit un duo avant un interlude symphonique plus ou moins développé annonçant la partie suivante. L'orchestration est rutilante avec un brelan étoffé de percussions. Mais sans pour autant ôter au langage sa transparence. On note une intensification dramatique au fil des séquences. Les divers épisodes donnent lieu à des climats contrastés, ce qui se traduit dans le chant soliste, dont la voix de femme qui personnifie les divers personnages, plus encore que chez le baryton auquel est confiée la partie de la Mort. Un motif récurrent, danse boiteuse à l'orchestre, traverse l’œuvre. Les dialogues peuvent être solennels, effrayants ou presque comiques, en tout cas ironiques, traduisant les diverses réactions des personnages interpelés par la Mort : la surprise, la panique, la fatalité. Ce qui rétroagit sur le contenu musical, par exemple martial (Le chevalier) ou selon un mode archaïque (Le moine). La pièce prend un tour différent avec les deux dernières séquences : plus calme lors de l'adresse de la Mort à la Jeune fille, où l'on remarque un net ralentissement du débit. Quant à l'ultime, ''L'enfant'', elle est très développée et croît en intensité vers une sorte d'apothéose contrariée (''O Mort, comment puis-je comprendre. Je ne peux marcher. Je dois danser'') avec aussi une note inexorable sur le mot ''tanzen'' répété plusieurs fois de manière de plus en plus désespérée ; comme l'est le mot ''ewig'' (éternellement) à la fin du Chant de la terre. Christianne Stotijn, soliste créatrice, signe une interprétation habitée, couvrant tous les aspects tragiques mais aussi ironiques, flirtant avec le grotesque. Le baryton Mark Stone défend avec brio la partie de la Mort. La direction du compositeur, à la tête de la formidable phalange du BSO, est nul doute le nec plus ultra de ce qu'il a imaginé sur le papier. 

Captées en concert au Boston Symphony Hall, auditorium réputé pour son acoustique ''ouverte'' de par sa forme de ''boîte à chaussures'', comme la Goldener Saal du Musikverien de Wien, les deux prises de son parachèvent une brillante réussite : équilibre idoine piano-orchestre dans le Concerto, clarté textuelle et balance voix-orchestre soignée dans la Totentanz.

Texte de Jean-Pierre Robert 

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Mots-clés: Thomas Adès, Kirill Gerstein, Christianne Stotijn, Mark Stone, Boston Symphony Orchestra

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