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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

DVD d'Opéra : La Nonne sanglante de Gounod

La nonne sanglante

  • Charles Gounod : La Nonne sanglante. Opéra en cinq actes. Livret d'Eugène Scribe & Germain Delavigne
  • Michael Spyres (Rodolphe), Vannina Santoni (Agnès), Marion Lebègue (La Nonne), Jérôme Boutillier (Le Comte de Luddorf), Jodie Devos (Arthur), Jean Teitgen (L'Ermite Pierre), Luc Bertin-Hugault (Le Baron de Moldaw), Enguerand de Hys (Fritz/Le veilleur de nuit), Olivia Doray (Anna), Pierre-Antoine Chaumien (Arnold), Julien Neyer (Norberg), Vincent Eveno (Théobald)
  • Stanislas Briche, Arnaud Chéron, Simon Frenay, Florent Mahoukou, Papythio Matoudidi, Marius Moguiba, danseurs
  • Chœur Accentus, Christophe Grapperon, chef de chœur
  • Insula Orchestra, dir. Laurence Equilbey
  • Mise en scène : David Bobée
  • Décors : David Bobée, Aurélie Lemaignan
  • Costumes : Alain Blanchot
  • Éclairages : Stéphane Babi Aubert
  • Projections vidéo : José Gherrak
  • Maquillages : Amélie Lecul
  • Dramaturgie : David Bobée & Laurence Equilbey
  • Recherches dramaturgiques : Anaëlle Lebovits-Quenehen, Catherine Dewitt
  • Production de l'Opéra Comique, filmée en juin 2018, en coproduction avec Insula Orchestra et Palazzetto Bru Zane
  • Vidéo Director : François Roussillon
  • 1 DVD Fra Productions / Naxos : 2.110632  (Distribution : Outhere Music)
  • Durée du DVD : 119 min
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5) 

De Gounod, on semble ne connaître que Faust, Roméo et Juliette, voire Mireille. Pourtant, parmi ses douze œuvres laissées à la scène, La Nonne sanglante mérite autre chose que l'oubli. Dans le cadre des célébrations du bicentenaire de la naissance du musicien, l'Opéra Comique en donnait, en juin 2018, une production saluée par le public et la critique eu égard à sa réussite musicale et scénique. Ce DVD en est la captation et participe de la redécouverte d'une pièce singulière appartenant à la veine dite gothique.

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Créé en 1854, l'opéra La Nonne sanglante, qui chez Gounod vient après Sapho et précède Faust, est inspiré d'un roman gothique ''Le Moine'' du romancier anglais Matthew Gregory Lewis, lui-même tiré d'une vieille légende médiévale allemande. Qui a été adapté par les plumes expertes du tandem Scribe et Delavigne. Le sujet était porteur à l'époque, au point que Berlioz, quelques années plus tôt, avait envisagé de le traiter. Celui de la Nonne de Thuringe est plus qu'une sombre histoire de fantôme. L'intrigue met en scène, dans le contexte des luttes entre deux familles rivales, les amours contrariés de Rodolphe, fils cadet du Comte de Luddorf, et d'Agnès, fille du Baron de Moldaw. Contrariés à la fois par la malédiction que brandit sur ce fils le Comte qui entend voir plutôt célébrer le mariage de son aîné, et par la survenance d'une revenante, une nonne voilée, naguère courtisée et assassinée par le Comte. Celle-ci, que Rodolphe prend pour sa future, lors d'un rendez-vous nocturne, lui fait prêter serment de tuer celui qui l'a naguère assassinée. Elle réapparaît lors des noces, désignant de Luddorf comme son agresseur. Rodolphe est prêt à se sacrifier. Mais son père déjouant le guet-apens tendu par les Moldaw, se fait tuer à sa place. Rodolphe est délivré de son serment. Tous les ingrédients de l'opéra romantique fantastique sont là : thème de la malédiction (du père sur son fils), l'heure fatidique de minuit, l'apparition d'une femme amoureuse entrée dans les ordres par sacrifice, la palabre d'un ermite cherchant au nom du divin à réconcilier deux clans rivaux, comme plus tard Frère Laurent dans Roméo et Juliette.

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Marion Lebègue (La Nonne) ©Pierrre Grosbois

Pour donner vie et crédibilité à cette trame, David Bobée, venu du cinéma, adopte le parti d'une lecture illustrative dans un univers atemporel et à transformation, lui permettant de situer souvent de manière allusive, qui un château, qui une lande propice aux combats. Dès l'Ouverture, il anime le plateau en visualisant les luttes entre les deux camps des Luddorf et de Moldaw et l'assassinat de celle qui deviendra la nonne. Ce flash-back rend clair le background de ce qui va suivre. Et rend accessible à un public moderne, habitué aux séries télévisées, comme ''Game of Thrones'', une histoire tragique et ses divers rebondissements. Le contour gothique, on le trouve dans l'évocation de quelque castel médiéval et dans les costumes vaguement moyenâgeux. Et surtout avec les maquillages très étudiés portraiturant chaque personnage (Amélie Lecul). Ce qui est particulièrement mis en exergue par la prise de vues, laquelle se satisfait adroitement encore de l'écrin décoratif noir et blanc imposé par Bobée. La direction d'acteurs habile ne verse pas dans un premier degré de circonstance auquel pourrait vite conduire l'histoire. Ainsi, entre autres, du début du IIIème acte, moment du ballet de rigueur pour tout opéra au XIXème, réduit ici à deux numéros centrés autour même du personnage de Rodolphe, malmené et comme tourné en dérision par les paysans. Une sorte de récit dans le récit. Tout aussi saisissant est le dénouement qui voit Rodolphe, tel Abraham, s'offrir à un sacrifice inéluctable, à terre les bras étendus en croix, et son père, comprenant l'irréversible de la situation, et en guise d'ultime pardon, se jeter sous le fer de ses ennemis.

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Michael Spyres (Rodolphe) ©Pierre Grosbois 

L'opéra repose pour beaucoup sur le rôle exigeant de Rodolphe. À cet égard, l'Opéra Comique tient l'artiste idoine. Car Michael Spyres domine le show. Par une présence d'un naturel confondant dont émanent aussi bien une farouche détermination qu'une insondable humanité. Et une diction française qui dépasse souvent celle même de ses collègues du cru. Dans ce rôle de ténor difficultueux, de ceux qui jalonnent le répertoire du XIXème, où la voix est soumise à plusieurs registres, Spyres manie aussi bien l'héroïque que l'élégiaque, notamment par le chant en voix de tête, proche des italiens contemporains. L'air ''Voici l'heure'' (II) est un modèle de legato et de maîtrise de l'entier registre jusqu'au contre-ut glorieux sur le mot ''protège''. La cavatine de l'acte suivant ''Un jour plus pur'', débutée comme une tendre romance, s'enhardit avec une matière musicale anticipant la scène de la kermesse de Faust, pour se conclure en extase amoureuse. Une immense interprétation qui place le ténor américain comme le meilleur défenseur de ce répertoire. Vannina Santoni, dans le rôle plus épisodique d'Agnès, déploie un soprano lumineux et Jodie Devos, Arthur, le page de Rodolphe, une quinte aiguë accomplie comme un charme gavroche. Marion Lebègue, La Nonne, offre un beau métal de mezzo, ce type de timbre là aussi typique de l'opéra du XIXème. Le duo avec le ténor est un moment particulièrement réussi. Les voix graves de Jérôme Boutillier, Le Comte de Luddorf, et de Jean Teitgen, L'Ermite, complètent un cast de haut vol. Comme il en est du chœur Accentus qui joue aussi bien qu'il chante, singulièrement dans les grandes scènes concertantes.

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Luc Bertin-Hugault (Le Baron de Moldaw), Jean Teitgen (L'Ermite), Vannina Santoni (Agnès), Michael Spyres, Marion Lebègue ©Pierre Grosbois 

Tous sont galvanisés par la direction de Laurence Equilbey, apportant engagement et éclat à la tête de son Insula Orchestra, dont on remarque la richesse de la petite harmonie et la sûreté des cors naturels. Elle s'attache à installer une atmosphère fantastique sans pour autant éluder le lyrisme qu'emporte l'action amoureuse. Par sa tension, l'acte II fait penser à Weber et à la scène de la Gorge-aux-loups du Freischütz, notamment avec des répétitions de notes et son côté de pacte avec le diable, en l'espèce ladite nonne, à travers une nuit d'épouvante. Les grandes scènes concertantes de la fin de l'acte I et surtout de l'acte V, là où Rodolphe est déchiré entre l'amour pour Agnès et le respect de son serment fait à la Nonne, sont magistralement dessinées. Comme il en est du soutien attentionné apporté aux airs et aux confrontations entre des personnages bien burinés.

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La qualité du spectacle, son originalité, comme celle de l’œuvre d'ailleurs, on les perçoit grâce à une prise de vues particulièrement en phase avec la mise en scène, comme toujours avec les équipes de François Roussillon. La captation filmique ne manque pas de souligner tel trait signifiant par des premiers plans évocateurs des passions ressenties, ou de superbes arrêts sur image lors d'échanges tendus, singulièrement les duos de Rodolphe avec Agnès au Ier acte, ou avec la Nonne à l'acte II. 

Texte de Jean-Pierre Robert 

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