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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

DVD d'Opéra : Benvenuto Cellini de Berlioz

Berlioz Benvenuto Cellini 2021

  • Hector Berlioz : Benvenuto Cellini. Opéra-comique en deux actes et quatre tableaux. Livret de Léon de Wailly et Auguste Barbier
  • Michael Spyres (Benvenuto Cellini), Sophia Burgos (Teresa), Lionel Lhote (Fieramosca), Maurizio Muraro (Balducci), Tareq Nazmi (Le Pape Clément VII), Adèle Charvet (Ascanio), Vincent Delhoume (Francesco), Ashley Riches (Bernardino)
  • Monteverdi Choir
  • Orchestre Révolutionnaire et Romantique, dir. Sir John Eliot Gardiner
  • Mise en espace : Noa Naamat
  • Créations lumières : Rick Fisher
  • Créations costumes : Sarah Denise Cordery
  • Assistant chef d'orchestre : Dinis Sousa
  • Coach linguistique : Nicole Tibbels
  • Enregistré live à l'Opéra Royal de Versailles, le 8 septembre 2019, en coproduction avec Ozango, Mezzo, Château de Versailles Spectacles
  • Réalisation vidéo : Sébastien Glas / Ozango  
  • 1 DVD Château de Versailles Spectacles : CVS020 (Distribution : Outhere Music)
  • Durée du DVD : 2 h 53 min
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5)

Cette nouvelle version de Benvenuto Cellini devrait satisfaire les esprits chagrins. On sait que l'opéra de Berlioz a toujours attiré à lui les critiques de procureurs zélés. Qui s'en prennent au caractère hybride de l’œuvre et surtout à l'entreprise, il est vrai périlleuse, de sa restitution scénique. La qualité de la musique échappe toutefois à ces acerbes remarques. Et, cette fois, elle est l'objet de toutes les attentions puisque que John Eliot Gardiner a pris le parti d'une exécution semi staged, fort habile au demeurant, qui laisse à l'orchestre une place essentielle. À la tête d'une distribution jeune et valeureuse, le chef est bien le héros de ce spectacle.

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Mélange d'opéra-comique et de grand opéra, la trame de Benvenuto Cellini mêle intrigue amoureuse sur fond de quiproquos – Cellini aime Teresa qui est courtisée par Fieramosca - et tranche d'Histoire généreuse : la confection par l'illustre ciseleur de la statue de Persée promise au Pape. Ces deux éléments s'entrecroisent au fil d'une action plus échevelée que réellement logique où Berlioz se révèle tout sauf cartésien. Une des raisons pour lesquelles l’œuvre ne connut pas le succès lors de sa création en 1838. Sa veine presque shakespearienne explique peut-être l'intérêt que lui portent d'éminents chefs britanniques comme naguère Colin Davis et aujourd'hui John Eliot Gardiner. Car Berlioz achève ici une symbiose entre la comédie, souvent très franche, et le mélodrame le plus convenu, mais vu au second degré. Et ce par un savant alliage d'imagination romantique débordante, d'ingénuité et de vitalité sans borne, où imbroglios, ruses, vraies fausses coïncidences cohabitent avec un sens du burlesque irrépressible. S'y ajoutent l'empathie du musicien pour l'art de la dérision et le goût pour les rapides changements dans la conduite de l'action. Malheureusement, à la scène, on a tendance à s'enfermer dans une lecture visant à juxtaposer ces éléments plutôt qu'à les croiser. Comme Philipp Stölzl, au Festival de Salzbourg, qui faisait de Benvenuto Cellini un Blockbuster cinématographique. Ou Terry Gilliam, au Het Musik Theater d'Amsterdam, vu aussi à l'Opéra Bastille, l'inscrivant dans sa manière Monty Python.

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Vue d'ensemble ©DR 

Alors, faute de trouver le metteur en scène idoine, s'en tenir à une vision seulement mise en espace ne messied sans doute pas. La production, captée en 2019 à l'Opéra Royal de Versailles, peu après sa présentation au Festival Berlioz de La Côte-Saint- André, offre l'avantage de s'en tenir à l'essentiel et de simplifier le fourmillement de l'action, tout en en gardant l'esprit. Elle s'inscrit dans un environnement visuel fastueux : le décor de toiles peintes ''Palais de marbre rehaussé d'or'', dû au célèbre peintre décorateur Pierre-Luc-Charles Cicéri en 1837, qui après reconstitution, a été remonté pour l'occasion. Deux aires de jeu entourent l'orchestre, de plain-pied devant, sur une estrade au fond, là où évoluent les chœurs. Les solistes se produisent aussi bien sur l'une que sur l'autre et souvent s'infiltrent parmi les musiciens. Si l'on ajoute que tous sont costumés, on tient là une vision offrant une vraie dramaturgie, bien plus que peut le faire une exécution de concert simplement mise en espace avec chanteurs en habits de soirée évoluant au premier plan et choristes sagement rangés derrière l'orchestre. La régie de Noa Naamat est judicieuse, inventive, non histrion. En particulier pour ce qui est du traitement chœur, qui ''joue'' et apporte à l'action une faconde frôlant le déjanté, notamment dans la grande scène du Carnaval romain ou lors du ''chœur des ciseleurs''. Avec la sincérité qu'on observe souvent chez des non professionnels de la scène, les forces du Monteverdi Choir en font un des atouts de la soirée par l'engagement, la drôlerie, le raffinement de la diction, singulièrement chez les ténors et les basses. La captation filmique leur rend justice, saisissant tous les traits les plus exubérants, au point de donner l'impression d'une foule bigarrée réellement en situation sur un plateau d'opéra. Elle inclut aussi adroitement le chef dans les prises de vues lors de moments cruciaux de l'action et pas seulement durant les passages purement instrumentaux.

Benvenuto Cellini
Scène du Carnaval romain ©DR 

C'est que l'atout majeur de cette version filmée est la direction de Sir John Eliot Gardiner. Qui connaît son Berlioz sur le bout du doigt. Son interprétation a de l'épique au centuple, ménageant les effets de surprise que cèle une musique exubérante, au langage excentrique, certes, mais pas si fragmentaire que l'on croit. Des accélérations fulgurantes en pimentent le débit. Elle dégage tout autant ces effluves de clair lyrisme qui en illuminent le cours, comme au prélude de la dernière scène et son étonnant travail sur les cordes. Rarement l'audace de cette musique a-t-elle été si bien mise en lumière. Outre les cuivres, comme l'orphéon hors norme du Carnaval romain, c'est à la petite harmonie que Gardiner réserve une attention toute particulière. Ou à tel autre trait saisissant d'orchestration, telles les basses grondantes durant l'air de Cellini au IIème acte, ponctuées d'exclamations de cuivres, illustrant tout l'épique de la situation et son écrin sonore ''non pareil''. Là comme chez les autres pupitres, les sonorités dégraissées que procurent les instruments d'époque de l'Orchestre Révolutionnaire et Romantique font toute la différence. Enfin les ensembles qui pullulent dans l’œuvre sont millimétrés et en même temps d'une vraie fluidité. Ainsi du finale concertant du Ier acte et son apparent fouillis qu'une coda menée à train d'enfer rend encore plus vivant : ''Ah quel fracas'' y entend-on. Vraiment.

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Michael Spyres (Benvenuto Cellini) & Sophia Burgos (Teresa) ©Chris Christodoulou

La distribution est très étudiée. Michael Spyres, l'un des grands ténors belcantistes du moment, prête au rôle-titre si exigeant une voix ductile et une élocution racée. On ne sait qu'apprécier : le legato souverain, la quinte aiguë aisée, l'usage subtil de la voix mixte, à la fois de tête et de poitrine. Le récit ''Seul pour lutter'' et la romance qui suit ''Que ne suis-je un simple pasteur'' sont un modèle de bon goût. Et là où il faut de la puissance, la voix s'envole facilement. Enfin une diction superlative et naturelle achève un portrait frôlant l'idéal. Lionel Lhote campe un Fieramosca intéressant qui ne donne pas dans le grotesque, le clin d’œil cocasse plutôt. L'air ''Ah! qui pourrait me résister ?'' est un chef-d'œuvre de beau chant français. La Teresa de Sophia Burgos, un peu précautionneuse au début, s'affirme au fil du concert et offre un soprano, certes peu large, mais révélant une conduite vocale sûre par un souci du texte et une savante différenciation entre lyrisme et éclat, comme dans la Cavatine ''Entre l'amour et le devoir'' à l'acte I. Tareq Nazmi est un Pape Clément VII bien sonore dans une approche un peu hors sol, dont le sérieux est à prendre au second degré. Maurizio Muraro, habitué du rôle de Balducci, est proche d'un barbon bouffe rossinnien. Autre winner que l'Ascanio d'Adèle Charvet : outre une prestance lutine dans ce rôle travesti, le timbre de mezzo clair est attrayant. Ses deux airs sont du meilleur effet par leur aisance et un entrain communicatif.  

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La qualité de l'image, fort bien contrastée, avec d'intéressantes différences d'ambiance lumineuse sur l'orchestre, rejoint celle de la captation sonore. Celle-ci achève un équilibre satisfaisant entre chant et orchestre de même qu'une habile différentiation d'intensité sonore selon les mouvements de la régie.

Texte de Jean-Pierre Robert

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