CD : le Trio Karénine dans une transcription de La Nuit transfigurée

Trio Karenine LaNuitTransfiguree

  • ''La nuit transfigurée''
  • Franz Liszt : Tristia pour piano, violon et violoncelle, inspiré de ''Vallée d'Obermann'' des Années de Pèlerinage-Suisse
  • Robert Schumann : Six Pièces en forme de canon op.56 (transcription de Theodor Kirchner)
  • Arnold Schoenberg : La Nuit transfigurée op.4 (transcription d'Eduard Steuermann)
  • Trio Karénine
  • 1 CD Mirare : MIR 554 (Distribution : Harmonia Mundi)
  • Durée du CD : 58 min
  • Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orange (5/5)

Pour leur nouveau disque, les Karénine se lancent le défi de visiter trois œuvres du répertoire romantique germanique dans des transcriptions pour leur formation. Si le Liszt va de soi puisque dû à l'auteur lui-même, les deux autres, au chapitre des raretés, montrent l'original sous un jour renouvelé, singulièrement La Nuit transfigurée de Schoenberg. Pari réussi, car nos trois mousquetaires en livrent des lectures aussi rigoureuses qu'imaginatives.

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« Ce disque, par un choix judicieux de compositeurs, d’œuvres et d'arrangements, comme une arche de mémoire, conte un peu de l'histoire de la seconde partie de l'ère romantique, jusqu'à l'orée du XXème siècle ». Ainsi s'exprime le compositeur Benoît Menut, qui au demeurant a écrit en 2012 une œuvre pour le Trio Karénine. Le choix de celles jouées ici s'articule autour de Schoenberg et de la transcription pour trio avec piano de La Nuit transfigurée réalisée par un élève du maître, Eduard Steuermann. Plus qu'une relecture du sextuor à cordes d'origine (1899), voici bien une re-création. Car dans le travail de réduction à trois parties d'une partition qui se prête plus à l'élargissement, tel celui réalisé pour orchestre en 1917, Steuermann choisit le parti de la concentration. Outre qu'elle est fidèle à l'esprit du texte, cette version à trois n'élude en rien la densité de l’œuvre et de sa composante littéraire, le poème de Dehmel. Menut y voit un vrai geste de compositeur, au-delà de celui d'arrangeur. C'est que pianiste lui-même, Steuermann confère au piano un rôle essentiel, quasi orchestre. Le dialogue de celui-ci avec les deux cordes au long des diverses sections est magistral, notamment lors des instants saillants. Car le piano est moteur ou soutient ses partenaires. Et il sort souvent de son rôle de simple voix pour assurer les parties des autres cordes du sextuor d'origine. Telle la section ''Sehr breit und langsam'', introduite par le cello, dont la phrase magique est soutenue par le piano et est ensuite dite par un violon séraphique. Dans cet exercice de haute voltige, les Karénine offrent une exécution d'un poli instrumental rare et une lecture d'une extrême lisibilité, loin de tout sentimentalisme post-romantique.

Écrite par Liszt en 1880, Tristia est sa propre transcription de la pièce pour piano ''Vallée d'Obermann'', extraite des Années de Pèlerinage - Suisse. Dans cette autre configuration, le morceau prend un aspect bien différent. L'introduction Lento est confiée au piano qui cède la place au violoncelle. Celui-ci joue un rôle important, notamment dans le dialogue avec le violon au médian du morceau, avant un passage tendu des trois protagonistes, quasi haletant. Les Six Pièces en forme de canon op.56 de Schumann, écrites en 1845 pour l'instrument appelé piano à pédalier, seront ensuite transcrites pour trio avec piano par l'organiste, pianiste et chef d'orchestre Theodor Kirchner, contemporain de l'auteur. Ces pièces, appelées aussi Études, peu fréquentées du répertoire pianistique schumannien, font partie d'un ensemble de trois opus consacrés à cet instrument particulier dont s'était pris de passion le musicien et qui sera popularisé en France par le facteur Erard. La référence à Bach est notable au Ier morceau avec d'intéressants unissons des deux cordes. Le motif de Clara se retrouve à la seconde, notée ''avec une expression intérieure''. Pareille intériorité distingue la 4ème, sorte de romance sans parole. Tandis que la N°3 Andantino offre un contraste passionné, coutumier chez Schumann, d'un flux allant, comme il en est du 5ème, épisode trottinant et d'une rigueur contrapuntique. Un Adagio conclut avec introspection. Sans doute, cette version chambriste enrichit-elle celle pour piano seul, fût-elle déjà augmentée par l'usage du pédalier.  

Comme pour le Schoenberg, les musiciens du Trio Karénine apportent à ces pièces de Liszt et de Schumann l'extrême sensibilité et la beauté sonore qui les caractérisent : violon solaire de Fanny Robilliard, piano fluide de Paloma Kouider et violoncelle profond de Louis Rodde. Challenge réussi donc que cette audacieuse aventure au-delà des frontières du répertoire habituel de leur formation.

Ils sont enregistrés dans la grande salle de l'Arsonic de Mons Arts de la Scène (MARS) en Belgique avec grand relief et une fusion parfaite des trois voix habilement placées, le piano enveloppant les cordes.

Texte de Jean-Pierre Robert 

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Mots-clés: Liszt, Robert Schumann, Arnold Schoenberg, Trio Karénine

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