CD : Elgar et le violon

Elgar

  • Edward Elgar : Concerto pour violon et orchestre op.61. Sonate pour violon op.82
  • Renaud Capuçon (violon)
  • Stephen Hough (piano)
  • London Symphony Orchestra, dir. Simon Rattle
  • 1 CD Erato : 0190295112820 (Distribution : Warner Classics)
  • Durée du CD : 74 min 31 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile grise (4/5) 

Le compositeur anglais Edward Elgar n'a jamais cessé d'être honoré au disque depuis qu'il a lui-même enregistré ses propres œuvres dans les années 1920. Une nouvelle génération de musiciens vient relever le gant. Ainsi Renaud Capuçon met-il sur le métier le Concerto pour violon en compagnie de Simon Rattle. Il y associe pertinemment la Sonate pour violon. Une passionnante immersion dans un univers singulier.

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Écrit en 1910 à la demande du virtuose Fritz Kreisler, le Concerto pour violon et orchestre en si mineur op.61 d'Edward Elgar est sans doute le plus long du répertoire, dépassant les 50 minutes. « L'un des plus nobles et empreint d'une grande poésie pleine de tendresse » souligne Renaud Capuçon. Il sera créé avec succès par le dédicataire sous la direction du compositeur et le London Symphony Orchestra dont le premier violon de l'époque, W.H. Reed, avait prodigué quelques conseils de technique violonistique. C'est ce même orchestre, dont la solide pratique de la musique d'Elgar est bien connue, et son actuel Music director Simon Rattle qui accompagnent le violoniste protée français. Peu de trace de post-romantisme dans cette œuvre immense, plutôt tournée vers l'introspection. Et sur laquelle on a spéculé quant à son soubassement autobiographique, dès lors que dans une épigraphe en première page, il y serait question d'''une âme'' enclose, la sienne ou celle d'une femme aimée. La coupe classique en trois mouvements vif-lent-vif renferme cette singularité que le finale fait figure de centre de gravité de la pièce. Comme si les deux premiers n'étaient qu'un cheminement vers cette ultime partie.

Précédé d'une longue introduction orchestrale, l'Allegro est basé sur trois thèmes. L'entrée du violon se fait par une phrase dans le médium qui se développe sinueuse et est très intériorisée. Le dialogue avec l'orchestre va connaître une succession de phases confidentes dans un tempo retenu et de moments de tension insufflée par l'orchestre. La péroraison est techniquement très travaillée, le violon survolant un orchestre d'une grande intensité dramatique. L'Adagio ouvre une séquence de tendresse dès la première phrase du soliste qui évolue sur un orchestre caressant pianissimo. Cet intermède de réflexion offre au violon de beaux accents cantabile sur toute l'étendue des registres. La fin est extatique et d'un raffinement extrême. Le finale Allegro molto signe le sommet de l’œuvre. À la différence de bien des grands concertos du répertoire, cette ultime partie est plus un aboutissement qu'une conclusion. Elle constitue un challenge pour l'interprète tant Elgar y accumule les difficultés. Le début s'affiche comme une fantaisie où soliste et orchestre échangent joyeusement. Le violon va folâtrer dans des traits tendus et très exigeants techniquement, passant d'un rythme rapide à des pianissimos évanescents en fin de phrase. Surtout les climats y sont variés jusqu'à l'impalpable, comme ce mode en pizzicatos tremolos sourds des cordes amenant la cadence, tel un battement d'ailes. Celle-ci, la première et la seule de toute l’œuvre, n'a pas de fonction de faire-valoir pour le soliste mais reste un moment de contemplation, vision nostalgique. Quoique la coda se veuille optimiste.

La Sonate pour violon et piano en mi mineur op.82 date de 1918. Tout comme deux autres pièces de musique de chambre contemporaines, un quatuor à cordes et un quintette pour piano, elle figure au nombre des dernières compositions d'Elgar. Il y reste fidèle au système tonal, conscient que les nouvelles voies de la Seconde École de Vienne ne sont définitivement pas les siennes. La coupe en trois mouvements décline un Allegro engagé de la part des deux instruments, d'un clair lyrisme, puis une Romance Andante pleine d'esprit dans les inflexions hoquetées de chacun des deux partenaires, dont le violon magistralement traité. C'est là un intermède de bonheur perdu à jamais. Un Allegro non troppo conclut avec une pointe de dramatisme au fil de belles ondulations, pour une intéressante récapitulation.

Dans l'une et l'autre pièce, Renaud Capuçon ne cherche pas l'approche virtuose, le raffinement plutôt, dans les trilles comme les traits logés dans l'extrême aigu du violon. Pas plus qu'un quelconque romantisme tardif, non de mise ici. Dans ce qui reste une partition habilement orchestrée et dotée de riches couleurs, Simon Rattle procure un écrin lumineux et souvent translucide. Une rencontre au sommet qui inscrit cette version parmi les illustres interprétations qu'a connu le disque, comme Menuhin avec Elgar lui-même, Perlmann, Znaider. Comme il en va de la réunion du violoniste avec le pianiste Stephen Hough pour ce qui est de la sonate.

Celle-ci est captée dans une ambiance aérée et avec un équilibre naturel entre les deux voix. La prise de son du concerto, à St Luke's church, London, la salle de répétition du LSO, réserve une acoustique plus sèche, même si la balance entre violon et orchestre reste satisfaisante et le positionnement du soliste bien proportionné. 

Texte de Jean-Pierre Robert 

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Mots-clés: Edward Elgar, London Symphony Orchestra, Sir Simon Rattle, Renaud Capuçon, Stephen Hough

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