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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : le Trio Pascal interprète les deux Trios de Schubert

Schubert Trio Pascal

  • Franz Schubert : Trios pour piano, violon et violoncelle N°1 op.99 D.898 & N°2 op.100 D.929
  • Trio Pascal : Denis Pascal (piano), Alexandre Pascal (violon), Aurélien Pascal (violoncelle)
  • 2 CDs La musica : LMU 25 (Distribution : PIAS)
  • Durée des CDs : 38 min 53 s + 44 min 36 s
  • Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orange (5/5)

Les deux Trios pour piano de Schubert, morceaux de choix de la musique de chambre romantique, reçoivent une nouvelle interprétation due à un groupe familial, les Pascal, père et fils. Ou l'art de faire de la musique pour le pur plaisir, de la schubertiade disait-on à l'époque. Le raffinement sonore comme le poli instrumental dont font montre les trois instrumentistes confèrent à ces lectures une saveur particulière.

Ce qui est considéré comme un diptyque, composé durant l'année 1827, se place dans le sillage de Beethoven, disparu la même année. Fruit de la profonde admiration de Schubert pour son aîné, l'influence de l'un sur l'autre est indéniable à plus d'un titre. Le premier trio pour piano op.99 n'est-il pas écrit dans la même tonalité de si bémol majeur que le célèbre trio ''A l'Archiduc''. Bien des traits rythmiques dans les deux œuvres rappellent l'auteur de Fidelio, comme leur coupe en quatre mouvements, dont l'initial et le dernier très développés. D'autres inspirations sont également discernables, chez Haydn notamment, dont les formules enlevées et l'humour se retrouvent ici. Mais ce serait faire injure à Schubert de ne pas reconnaître l'originalité de ces deux compositions marquées au coin de la constante inventivité mélodique, de la spontanéité de l'expression, voire du caractère presque symphonique de l'écriture.

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Ces caractéristiques sautent aux yeux dès l'Allegro moderato du Trio N°1 op.99 D.898 dont le rythme pointé de l'attaque est énergique, mais non heurté chez les présents interprètes. Manière qui va caractériser l'entier mouvement. Le beau premier thème qui l'orne offre un cantabile plus fluide qu'accentué, notamment au violoncelle. Le chant est raffiné et délaisse les accents trop véhéments, notamment au développement. Car la dynamique est contenue dans un spectre restreint qui fuit tout excès sonore. À l'exemple du piano trottinant avec naturel. Introduit par le sublime thème du cello, l'Andante est pris dans un tempo légèrement retenu et un ton mezza voce qui le rapproche d'un Lied. Loin de l'épanchement romantique. Le deuxième thème contraste de son allure haletante, qui respecte aussi l'indication ''dolce''. Le dialogue des deux cordes atteint une forme de sérénité. Au Scherzo, rien ici d'une scansion appuyée, comme certaines interprétations se plaisent à le pratiquer. Au contraire, un phrasé coulant de source dans un rythme qui n'est pas sans évoquer quelque relent de valse. Le Trio fait une intéressante diversion dans son duo des cordes sur l'accompagnement syncopé du piano. Le Rondo final Allegro vivace bondit léger, l'élément rythmique étant maîtrisé avec doigté. Surtout, la succession des thèmes et leur imprévisibilité au fil de multiples combinaisons et d'imbrications entre les trois voix, ressortit à un schéma dramaturgique là encore savamment contrôlé de la part des présents interprètes.

Le Trio N°2 op.100 D.929, plus construit que le précédent, se situe de manière plus nette dans la filiation du Trio op.97 ''à l'Archiduc'' de Beethoven. Les Pascal l'ont bien compris qui lancent avec élan l'Allegro initial, de son thème à l'unisson légèrement marqué, mais cette fois encore sans volonté de rythmique excessive. Le constant jaillissement motivique, les incessantes modulations sont traités avec finesse et circonscrits dans le registre pp, singulièrement au développement. Même si le discours voit se produire un phénomène d'élargissement sonore, annonçant les flots de la Symphonie en Ut, ''La grande''. Pareille association avec la future symphonie caractérise L'Andante con moto et son langage de ''Wanderer'', de voyage intérieur. Ce mouvement prolonge aussi l'esprit du cycle de Lieder du Winterreise. La présente exécution met l'emphase sur le chant, du cello en particulier, et privilégie un intimisme qui plonge l'auditeur au cœur de l'art schubertien. Le dialogue des cordes connaît une exaltation qui va crescendo, expression d'une douleur poignante, mais là aussi magistralement contenue par les trois interprètes qui ne cherchent pas à surjouer le tragique. L'Allegro Scherzando est pris avec une légèreté communicative qui voit chacun tricoter joyeusement sans ostentation. Plus structuré, le Trio est au contraire presque robuste, telle une danse paysanne, alors qu'agrémenté des amusants moulinets du violon. Le finale, qui paie hommage à un autre trio de Beethoven, l'op.70 N°2, offre quelque côté théâtral dans les échanges piano-cordes, dont le second thème initié par le violon, dramatique sous une apparente innocence. L'art de Schubert est là à son meilleur quant à la modulation des divers thèmes par les trois instruments, à la tension accumulée puis relâchée, et aux effets de surprise qui en pimentent le cours. Une musique qui confine au sublime.

On l'aura compris, ces interprétations conçoivent les deux œuvres sous un jour différent de celles emblématiques qu'a connu le disque (Beaux Arts Trio, Trio Wanderer, notamment) : scrutant les clairs obscurs de l'univers de Schubert, sans éluder le tragique, éclaircissant le discours sans rechercher un romantisme exacerbé. Cela, les Pascal le clament à chaque instant : le piano volubile, fluide et tout en nuances de Denis Pascal, comme déjà apprécié dans son album de piano solo de Schubert, le violoncelle si bien chantant d'Aurélien Pascal, aux moirures souveraines qui ne versent pas dans des sonorités d'orgue, et, révélation de cet enregistrement, le violon d'Alexandre Pascal, d'une belle rectitude de ton et plein de couleurs. La merveilleuse entente entre les deux frères de cordes s'unit à celle de leur pianiste de père et sans doute mentor. Le travail minutieux sur la dynamique comme la cohérence de cette approche en matière de rythme font tout le prix de ces exécutions, mûries et jouées pour le pur bonheur de faire de la musique en famille. Et offertes à l'auditeur, conduit à en être le témoin privilégié.

Les enregistrements, à l'église protestante luthérienne de Bon-Secours à Paris, favorisent un placement des voix nettement différentié, occupant toute la largeur du spectre. Ce qui ne nuit pas à la fusion entre piano et cordes, même si le premier n'est pas mis en avant. L'impression est d'une très grande proximité avec les musiciens, parti sans doute favorisé pour rendre compte de l'extrême raffinement de ces lectures et leur conserver leur vraie stature chambriste.

Texte de Jean-Pierre Robert  

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