CD : le piano de César Franck

CesarFranck Triptyques

  • ''Triptyques'' (Œuvres pour piano)
  • César Franck : Prélude, choral et Fugue en si mineur. Prélude, Aria et Final en mi majeur. Prélude, Fugue et Variation en si mineur (trans. pour piano de Harold Bauer). 3ème Choral pour grand orgue (trans. pour piano de Blanche Selva). Danse lente en fa mineur
  • Daniel Isoir, piano
  • 1 CD Muso : MU-43 (Distribution : Outhere Music)
  • Durée du CD : 65 min 47 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

Pour être moins jouée que celle de Fauré, de Debussy ou de Ravel, la musique de piano de Franck est tout aussi digne d'intérêt. Peut-être par sa rareté, sûrement par sa manière inspirée de l'orgue dont son auteur était un maître incontesté. Daniel Isoir, fils d'un célèbre organiste, en livre les deux fleurons, outre quelques transcriptions de pièces pour orgue précisément. Un double hommage aussi fascinant que révélateur.

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La carrière de César Franck à l'orgue masque le fait qu'il fut d'abord un pianiste virtuose et qu'il a composé pour l'instrument au début et à la fin de sa vie. Au titre de cette dernière et fructueuse période créatrice, on compte des pièces avec orchestre comme les Variations symphoniques ou le poème symphonique Les Djinns, mais aussi deux triptyques pour piano seul. Outre l'hommage à Bach, l'inspiration de ces pièces a à voir avec une stimulation d'ordre religieux. Ces deux triptyques sont « autant des œuvres d'art que des actes de foi », remarque le pianiste Alfred Cortot (in ''La Musique française de piano'', Tome I, PUF, 1948). Le premier, Prélude, Choral et Fugue en si mineur, de 1884, applique le principe cyclique dans la thématique, familier au musicien, dans une écriture pianistique qui fait penser au plain-chant. Dans le Prélude, qui réfère à cette forme introductive de la vieille suite française, on admire les harmonies mouvantes dans les envolées de larges arpèges et une ampleur sonore qui n'est pas sans rappeler l'orgue. Le Choral, de ses solennels accords, possède la simplicité d'une plainte. La Fugue qui se dissimule dans une écriture arpégée et un ambitus quasi symphonique, est d'une difficulté extrême. Le mot est bien celui-là. Camille Saint-Saëns fustigeait l’œuvre comme « un morceau d'une exécution disgracieuse et incommode ». Cortot ajoute que « l'ondulation rythmique franckiste n'a rien à voir avec le rubato ». Encore moins avec l'approche romantique. Un sens de l'équilibre qui appelle l'objectivité, ce qu'André Isoir possède indéniablement.

Prélude, Aria et Final en mi majeur, que Franck écrit en 1887, est moins passé à la postérité. Sans doute du fait d'une austérité plus marquée que dans le triptyque précédent. La patte de l'organiste est bien là : « on se prend à imaginer les timbres de l'orgue », souligne encore Cortot. Marqué Allegro moderato e maestoso, le Prélude adopte un rythme de marche solennelle. Le discours s'assagit un moment pour reprendre, résolu, jusqu'à un climax. Le morceau reste extrêmement mouvant, à travers lequel le thème initial se renouvelle constamment. L'Aria lento, « page de délectation spirituelle » (ibid.), se confie d'abord comme un Lied avant de s'animer en variations. Quant au Final Allegro molto ed agitato, il installe une tempête sur le clavier, s'emballant en un flux effréné d'où émergent çà et là des bribes des thèmes des sections précédentes. Puis tout s'apaise dans une grande douceur, « dans l'ultime hosanna d'une extase séraphique ».

Daniel Isoir rapproche opportunément de ces œuvres deux transcriptions de pièces d'orgue. Le 3ème Choral pour grand orgue en la mineur, de 1890, a été transcrit pour le piano par Blanche Selva en 1910. C'est une pièce d'une virtuosité ébouriffante comme dans son début et ses cascades d'arpèges jusqu'à ce que s'établisse un cantabile plus sage. Restituer la sonorité du grand orgue avec seulement dix doigts tient du tour de force pour le transcripteur. Tout autant pour l'interprète. Un beau thème expressif s'installe à la main droite, où l'on voit surgir, fugace, quelque thème de la Symphonie en ré mineur, dans un tempo adagio très travaillé et un mode ascendant atteignant les contrées graves du piano. S'ensuit une section vive d'une extrême mobilité jusqu'à la conclusion. La pièce intitulée Prélude, Fugue et Variation en si mineur est extraite des Six Pièces pour orgue de 1860/1862. Elle a été transcrite pour le piano en 1910 par Harold Bauer, autre grand virtuose et admirateur de Franck. Le Prélude Andantino déploie un rythme de barcarolle très expressive et la Fugue de grands accords majestueux. La section Variation en est la grandiose péroraison tout en reprenant le thème du Prélude.

Dans ces pages souvent austères de musique pure, Daniel Isoir offre un jeu d'une extrême lisibilité même dans les passages les plus chargés, les fugues en particulier. Ce qui ne peut être séparé de la sonorité que procure l'instrument joué, un piano Erard de 1895, à cordes parallèles (à la différence des cordes croisées des pianos modernes comme le Steinway). Le choix de ce piano d'époque, celui même de la composition des œuvres, permet de leur restituer leur pleine expressivité : un son clair, non brillant, discrètement percussif, des graves naturels, ce qu'un usage modéré de la pédale met en lumière. Comme une prise de son privilégiant une ambiance aérée de concert.

Texte de de Jean-Pierre Robert 

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Mots-clés: César Franck , Daniel Isoir

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