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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : Paris et ses compositeurs

HilaryHahn Paris

  • ''Paris''
  • Ernest Chausson : Poème op.25
  • Serge Prokofiev : Concerto pour violon et orchestre N°1 op.19
  • Einojuhani Rautavaara : Deux Sérénades
  • Hilary Hahn, violon
  • Orchestre Philharmonique de Radio France, dir. Mikko Franck
  • 1 CD Deutsche Grammophon : 483 9847 (Distribution : Universal Music)
  • Durée du CD : 52 min 51 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

L'origine du focus sur Paris de cet album est double : l'amour inconditionnel de la violoniste Hilary Hahn pour la capitale française et un de ses orchestres, le Philar de Radio France, et par ailleurs le fait que les trois œuvres pour violon et orchestre ici réunies ont été créées (Prokofiev, Rautavaara) ou achevée (Chausson) à Paris. Des pièces que, dans ces conditions, la violoniste américaine porte au sommet.

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Ernest Chausson termine à Paris en 1896 son Poème op.25, pour violon et orchestre que le virtuose Eugène Ysaÿe créera à Nancy la même année, avant sa reprise l’année suivante dans la capitale. Avant d'être dénommée ''Poème'', l’œuvre commandée par Ysaÿe, porta le titre ''Le chant de l'amour triomphant'', du nom de la nouvelle éponyme de Tourgeniev dont Chausson était en fervent lecteur. Une nouvelle qui conte l'étrange histoire de deux jeunes gens, l'un musicien, l'autre peintre, amoureux de la même femme. C'est moins un concerto qu'un poème symphonique avec violon obligé. La partie en est somptueuse et gratifiante. Hilary Hahn, avec la complicité de Mikko Franck, en livre une exécution d'un extrême raffinement. La pièce est de surcroît chère à son cœur car son professeur avait été formé par Ysaÿe lui-même. La narration intense trouve en elle avocate engagée à travers ses différents épisodes contrastés, du mystérieux début, aux climats ardents et enfiévrés du milieu et à une fin sobre dans la sérénité. Et ce dans les arabesques d'une partie violonistique d'une belle fluidité et porteuse émotionnellement. L'accompagnement très intériorisé de Mikko Franck et du Philar est pour beaucoup dans cette interprétation. La violoniste souligne combien cet orchestre est un bon exemple d'un style interprétatif typiquement français : « une combinaison d'individualisme et d'aisance ». Cette version de ce qui est un grand poème d'amour rejoint les meilleures.

Il en va de même du Concerto pour violon et orchestre N°1 en ré majeur op.19 de Prokofiev. Que Hilary Hahn a souhaité enregistrer précisément avec cet orchestre et ce chef, à même d'en « révéler la nature spontanée et vivante ». Contemporaine de la Symphonie classique, l’œuvre est achevée en 1917. Mais ne sera créée à Paris qu'en 1923. On y admire le riche lyrisme du violon qui ne cède pas à la virtuosité démonstrative, quoique le morceau soit « incroyablement difficile à jouer », et une orchestration imaginative ménageant d'inattendues transitions. Comme au premier mouvement lors du basculement de l'Andantino introductif serein dans un Andante assai très allant et ses divers changements de tempos et de climats, jusqu'à une fin éthérée. La vivacité du Scherzo rappelle la Première Symphonie et le finale multiplie les rythmes : marche légèrement ironique, passages de lyrisme envoûtant, emballement du discours en un crescendo ponctué d'accords forte et plages de lyrisme fervent. Hilary Hahn en offre une exécution d'une suprême élégance, emplie d'esprit, de finesse et de tendresse, là encore entourée par un orchestre translucide.

L'album offre enfin, en première mondiale, les Deux Sérénades de Einojuhani Rautavaara, écrites pour Hilary Hahn. Le compositeur finlandais (1928-2016), auteur d'un nombre imposant d’œuvres de genres divers, symphonies, opéras, musique de chambre, avait déjà écrit un concerto de violon. C'est en le jouant à Paris en 2014, sous la direction de Mikko Franck, que la violoniste eut l'idée de demander à l'auteur d'en écrire un second. Le manuscrit inachevé de ce qui prendra finalement la forme de deux sérénades avec violon soliste, sera remis à Mikko Franck par la veuve du musicien en 2016. L’orchestration de la seconde pièce sera achevée par un des élèves de Rautavaara, le finlandais Kalevi Aho. Ces sérénades trouvent leur origine dans l'un de ses opéras, La Maison du Soleil (1990). Comme le Poème de Chausson, la manière est proche du poème symphonique. La première, ''Sérénade pour mon amour'', confiée aux seules cordes, voit le soliste émerger au gré d'une mélodie sinueuse et affectueuse. La seconde, ''Sérénade pour la vie'', explore un univers plus ouvert eu égard à son instrumentarium étoffé, cordes, bois par deux, et quatre cors. La partie soliste est tout aussi séduisante, calée sur l'orchestre avec de savantes progressions teintées çà et là de scansions plus marquées. Une section Agitato conclut la pièce de manière abrupte, comme il en était de l'autre sérénade. Mikko Franck, ardent défenseur de la musique de son compatriote, donne au violon solaire de Hilary Hahn une réplique attentionnée.   

Les enregistrements, à l'Auditorium de Radio France, sont d'une extrême clarté et offrent une balance soigneusement équilibrée entre soliste et orchestre.

Texte de Jean-Pierre Robert

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Mikko Franck, Orchestre Philharmonique de Radio France, Prokofiev, Ernest Chausson, Einojuhani Rautavaara , Hilary Hahn

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