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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : deux symphonies tragiques de Vaughan Williams

Vaughan Williams

  • Vaughan Williams : Symphonie N°4 en fa mineur. Symphonie N°6 en mi mineur
  • London Symphony Orchestra, dir. Antonio Pappano
  • 1 CD LSOLive : LSO0867 (Distribution : [PIAS])
  • Durée du CD : 68 min 06 s
  • Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rouge (5/5)

Au sein du corpus des neuf symphonies de l'anglais Vaughan Williams, dont la production s'étend sur presque 50 ans, les Quatrième et Sixième occupent une place particulière du fait de leur constante intensité tragique. Antonio Pappano, à la tête du LSO dont il est le futur Music director, en livre des exécutions que la captation live rend encore plus poignantes. Des musiques certes austères, qui recèlent pourtant d'immenses mérites.

Le compositeur Vaughan Williams (1872-1958) a, entre autres, commis neuf symphonies entre 1910 et 1958, dont le contenu varie grandement de l'une à l'autre. L'idée de rapprocher les Quatrième et Sixième n'est pas neutre car un fil rouge tragique les relie. Toutes deux sont « des œuvres pleines de colère », souligne Antonio Pappano. L'une fait écho à la période troublée des années 30, l'autre s'inscrit dans le contexte des suites de la Seconde guerre mondiale et tente d'esquisser un futur meilleur, quoique sans trop d'illusion. Leur complexité d'écriture s'en ressent. Qui réclame un singulier investissement de la part du chef et une écoute exigeant l'effort de celle de l'auditeur, singulièrement non britannique, peu familier de ces cheminements tout sauf cartésiens.

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Écrite entre 1931 et 1934 et créée l'année suivante à Londres par Sir Adrian Boult, la Symphonie N°4 en fa mineur déploie une audace peu commune dans sa nature torturée et conflictuelle. Comme par son orchestration gargantuesque. C'est un cri de rage et de violence d'une rare âpreté à l'image de la montée des périls en Europe, qui se clame dès ses premières pages instaurant un discours touffu et sévère, ponctué d'accords dissonants. Le premier mouvement mêle harmonies stridentes et accalmies précaires, jusqu'à une coda ppp aux cordes. L'Andante moderato figure une sorte d'errance, « un cheminement malaisé, déclamé, semblable à un chemin de croix », dira le musicologue Harry Halbreich. Une section plus pastorale, réminiscence des opus précédents, et initiée par la flûte, apporte un semblant d'émotion pour se conclure dans un silence envoûtant. La virulence du Scherzo fait contraste par son inspiration populaire, une constante chez le musicien, mais prend un aspect menaçant dans ses scansions forcenées, traversées de traits de trompette bouchée et de basson excentrique. La rythmique dégingandée laisse percer un humour presque grinçant. Une transition en tunnel, comme dans la Cinquième Symphonie de Beethoven, conduit au ''Finale con epilogo fugato''. Williams aurait dit à son propos vouloir éviter l'impression de baisse d'inspiration affectant souvent bien des symphonies. De fait, du début jusqu'à la fin, le discours ne cesse de s'amplifier sans rémission, bardé d'éclairs de cuivres et de dissonances, rappelant celles du début de l’œuvre. Une vision paroxystique et exacerbée côté rythme, que Pappano démêle sans complexe, aidé d'une phalange rutilante.

La Symphonie N°6 en mi mineur, composée de 1944 à 1947 et qui voit sa première exécution en 1948, de nouveau par Boult, s'analyse en une méditation sur les affres de la Seconde guerre mondiale. Dotée d'une orchestration là encore frôlant le gigantisme, elle utilise des instruments originaux et inattendus dans la palette de Vaughan Williams, tels que le saxophone et le xylophone. Ses quatre mouvements sont joués ans interruption. Elle est tout aussi empreinte d'âpre violence que la Quatrième. À l'exemple de son Allegro initial entamé fortissimo et très cuivré. Si le second sujet confié aux cordes cultive une manière proche du folklore, le conflit entre les deux reste impétueux. Le Moderato qui suit et qui en émerge, n'est pas moins impressionnant, « un cauchemar insomniaque », selon Halbreich, eu égard à son martellement obsessionnel de trompette et de timbale sur un motif de trois notes répétées à l'envi et dans des intensités diverses, dont l'une presque élégiaque. Tandis que l'orage gronde dans le lointain pour atteindre un point culminant terrifiant. Le Scherzo vivace s'enchaîne au son du xylophone et dans un climat diabolique. La section trio met en exergue le saxophone ténor qui entame une marche sardonique. Puis tout se désagrège pour conduire au finale. Celui-ci, selon l'auteur, doit être joué « toujours très tranquillement sans crescendo ». Entièrement logé dans le registre pianissimo, cet épilogue aride et fantomatique refuse toute expressivité. La survenance d'un thème lyrique au hautbois sur des pizzicatos des cordes graves, dans un calme étonnant, mène peu à peu jusqu'au silence. De la plus déroutante des symphonies de Vaughan Williams, Pappano et les musiciens du LSO nous auront immergé dans l'univers étrange, déjouant toutes ses aspérités.

Les captations live au Barbican Hall de Londres prodiguent un spectre cohérent et offrent suffisamment de relief pour permettre d'apprécier la richesse et l'indéniable habileté de l'orchestration de ces deux monuments symphoniques 

Texte de Jean-Pierre Robert

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