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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : Matthias Goerne chante des Lieder du romantisme tardif

Im Abdendrot

  • ''Im Abendrot''
  • Richard Wagner : Wesendonck-Lieder
  • Hans Pfitzner : choix de Lieder
  • Richard Strauss : choix de Lieder
  • Matthias Goerne (baryton), Seong-Jin Cho (piano)
  • 1 CD Deutsche Grammophon : 486 0274 (Distribution : Universal Music)
  • Durée du CD : 63 min 50 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

Pour son nouveau récital au disque, Matthias Goerne a choisi de chanter le crépuscule dans un panel de pièces du romantisme finissant, qui prenant comme point de départ Wagner, conduit à Richard Strauss et au méconnu Hans Pfitzner. Faisant équipe avec le pianiste coréen Seong-Jin Cho, il nous emmène dans des contrées baignées de mélancolie que l'expressivité de sa voix ambrée colore de tons effectivement évocateurs du soleil couchant.

Dans la formidable production opératique de Richard Wagner, il est un joyau consacré au Lied, les Wesendonck-Lieder, nés d'un amour passionné pour la belle Mathilde qu'il courtise au nez et à la barbe de son époux, et pourtant mécène, Otto Wesendonck, à Tribschen près de Zürich. Alors qu'il confie jour après jour, durant l'été 1857, à la dame les esquisses du poème de son futur Tristan und Isolde, celle-ci lui rend la pareille avec cinq poèmes de sa plume. On perd souvent de vue que ces mélodies ont été conçues avec accompagnement de piano, tant l'oreille est façonnée par l'orchestration grandiose qu'en a faite le chef d'orchestre Felix Mottl pour quatre des Lieder. Ce qui cache la nature fondamentalement intimiste de ces pièces. La présente version revient à l'original, mais en troquant la voix de soprano à laquelle il était destiné, pour celle de baryton, ce qui en modifie là aussi l'optique. Ces cinq pièces sont aussi des morceaux avant-coureurs du drame lyrique de Tristan. Car leur poétique anticipe l'opéra de l'amour interdit mais aussi ses thèmes récurrents, telles la luminescence de la nuit préférée au jour ou l'extase dans la mort. Matthias Goerne en livre une exécution émue, revenant à la simplicité des mots et à la sincérité que renferme chaque Lied. Aidé du piano vraiment habité de Seong-Jin Cho. Outre un glorieux et lumineux ''Schmerzen'' (Douleurs), et un ''Stehe still !'' (Ne bouge pas !) paradoxalement agité de sous-entendus, le cycle culmine en deux endroits. D'abord sur ''Im Treibhaus'' (Dans la serre) qui figure le bouleversant prélude du dernier acte de Tristan, et là où les accents ténorisants du baryton allemand apportent une coloration élégiaque. Ensuite avec le dernier Lied ''Träume'' (Rêves), anticipant le monde nocturne envoûtant du 2ème acte de Tristan et son duo d'amour, dans son introduction et son postlude pianistique.

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Réunir ensuite Pfitzner et Strauss n'est pas neutre, car la noirceur du langage de l'un contraste avec la luminosité de la musique de l'autre. Contemporains, ils vont connaître des destins bien différents : dans l'ombre et le dur labeur pour Pfitzner, alors que l'auteur du Chevalier à la rose jouit de la facilité et connaît vite la célébrité. L'œuvre vocale de Pfitzner évoque les derniers feux du romantisme et bien de ses Lieder s'inscrivent de loin dans le sillage de Schubert et de son Winterreise. La poignée de morceaux qu'a choisi Goerne en est l'illustration. Où sont évoquées la nostalgie de l'amour perdu (''Sehnsucht''/Nostalgie), les voix du désir (''Stimme der Sehnsucht''/ Voix du désir), mais aussi la beauté de l'amour filial (''Ist der Himmel darum im Lenz so blau''/ Le ciel est-il donc si bleu au printemps). Deux mélodies sur des poèmes de Heine offrent des climats opposés : la tempétueuse ''Waseerflut'' (Voyage sur l'eau) ou l'élégiaque ''Es glänzt so schön die sinkende Sonne'' (Le soleil couchant scintille de mille feux). Si ''Nachts'' (Dans la nuit) est presque wagnérien dans son évocation du mystère tragique de la forêt et sa péroraison presque démesurée, ''Abendrot'' (Soleil couchant) offre pareil piano grandiose pour décrire le déchirement d'une âme perdue. Dans ces pièces peu jouées, que même Dietrich Fischer-Dieskau ne fréquentait qu’occasionnellement, Goerne offre les multiples facettes de son art souverain. Et Cho est le compagnon attentif de ces évocations souvent proches du sublime.

Le contraste ne saurait être plus saisissant avec Richard Strauss. Le genre du Lied, il l'a cultivé sans cesse et il constitue une part non négligeable de sa production. Cinq pièces sont présentées ici. Deux des Lieder de l'op.27 (1894), l'un de ses recueils les plus importants, écrit pour Pauline de Ahna en cadeau de noces : ''Ruhe meine Seele'' (Repose mon âme) où le temps semble comme suspendu, le dernier mot confié au piano, et ''Morgen''' (Demain), triomphe de la poétique lumineuse d'un musicien qui n'a pas son pareil pour créer un climat de rêve de bonheur profond, lequel se prolonge dans un long postlude envoûtant. Des Trois Lieder de l'op.29 (1895), est donné ''Traum durch die Dämmerung'' (Rêve au crépuscule) qui finit dans un souffle. Après ''Freundliche Vision'' (Vision propice), extrait de l'op.48 (1913), là encore baigné de lumière apollinienne, Goerne conclut avec l’ultime des Quatre derniers Lieder (1948), ''Im Abendrot'' (Au crépuscule). Cette longue méditation sur la mort, empruntée à Eichendorff, sera aussi son dernier joyau. La réduction pour piano de la somptueuse orchestration rend cette pièce sans doute plus poignante encore. Goerne est ici magistral dans l'art du mot tandis que Cho l'est tout autant dans la péroraison instrumentale, sereine et infiniment lente sur l'évocation d'un vol d'alouettes dans l'éclat du soleil couchant. On mesure une fois encore combien la fusion voix-piano entre ces deux artistes frôle l'idéal. 

Ils sont captés, au Teldex Studio de Berlin, dans une ambiance vaste et aérée de concert, ménageant un excellent équilibre voix-piano.

Texte de Jean-Pierre Robert

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Richard Strauss, Richard Wagner , Hans Pfitzner, Matthias Goerne, Seong-Jin Cho

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