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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : Regards croisés Ravel-Glass-Pépin

Celia Oneto Bensaid

  • Philippe Glass : Metamorphosis I-V
  • Maurice Ravel : Miroirs
  • Camille Pépin : Number 1
  • Célia Oneto Bensaid, piano
  • 1 CD NoMadMusic : NMM092 (Distribution :[PIAS])
  • Durée du CD: 73 min 41 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

C'est à une expérience inédite que nous convie la pianiste Célia Oneto Bensaid : mettre en regard les 5 Metamorphosis de Philippe Glass avec les Miroirs de Ravel, cinq pièces pour piano solo, outre une œuvre de la jeune compositrice Camille Pépin, Number 1. Et ce dans une écoute non pas successive, mais en alternant les morceaux des trois œuvres en une sorte de fondu enchaîné, « cherchant à provoquer une sensation de lâcher-prise chez l'auditeur », précise-t-elle. Au delà de la performance technique, voilà un voyage atypique et fort audacieux.

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Une tendance, partagée par bien des interprètes actuels : chercher à rompre avec le schéma de présentation d’œuvres intégrales, en privilégiant des programmes inventifs conçus à partir d'une idée spéculative. Démarche intellectuelle dénuée de facilité, exigeant de l'auditeur un effort de concentration, bien au-delà d'une pure approche distrayante de la musique. En l'occurrence, l'exercice consiste à combiner des pièces a priori dissemblables et à « mettre en résonance... des univers qui se marient à merveille », affirme Célia Oneto Bensaid. Qui poursuit : « tisser des liens entre l'univers musical de Pépin et ceux de Ravel et de Glass m'est rapidement apparu comme une évidence ». Dont acte. Le cycle Metamorphosis de Glass (1988), destiné à l'origine à accompagner une adaptation théâtrale de la nouvelle ''La Métamorphose'' de Kafka, appartient à la période post-minimaliste du compositeur, laquelle fait place plutôt à une musique essentiellement répétitive visant aussi à plus d'expression. Le titre du cycle Miroirs que Ravel écrit entre 1904 et 1906, « souligne la prééminence du reflet sur l'image directe dans la sollicitation de notre sensibilité et l'indispensable édification du rêve », remarque Marguerite Long (in ''Au piano avec Maurice Ravel'', Julliard). Enfin, Number 1 de Camille Pépin, qui s'inspire des travaux du peintre expressionniste abstrait Jackson Pollock, est conçu en trois parties enchaînées qui, selon son auteure, « explorent toute une palette de sonorités possibles : brillantes et colorées, hypnotiques et enivrantes, ou tout aussi bien mystérieuses ». Si un dénominateur commun réunit ces trois œuvres, c'est bien, outre la notion de recherche sur le timbre, ce que Marguerite Long notait à propos du cycle ravélien : « intensément descriptives et picturales, ces pages bannissent toute expression de sentiments mais offrent à l'auditeur une quantité d'éléments sensoriels raffinés pour qu'il en dispose selon sa propre imagination » (ibid.)

Le programme enserre les cinq volets de Miroirs au sein des 5 parties de Metamorphosis. Et dans un enchaînement pertinent, souvent révélateur. Ainsi du Mi mineur de ''Metamorphosis One'' au Mi majeur avec ''Vallée des cloches'' (Miroirs – V), jusqu'à l'éclatement sonore de Number 1 de Pépin, où l'on perçoit presque des réminiscences ravéliennes dans le clapotis musical et une référence à Glass dans l'adossement au registre de basse. Vient ''Noctuelles'' (Miroirs - I), qui joué ici très détaché, s'inscrit parfaitement dans la suite de la pièce de Pépin : au pays des songes. Comme il en va d' ''Oiseaux tristes'' (Miroirs - II), avec son balancement sonore, ses sonorités là encore de cloches et un climat évocateur du fantastique nocturne, ses effarements, mais aussi ses effets contemplatifs. ''Metamorphosis Four'' figure comme une berceuse lancinante de ses accords plongeant dans le grave et déchaînant une animation qui tourne sur elle-même. Contraste avec ''Une barque sur l'océan'' (Miroirs - III), autre balancement de barcarolle ou houle proche de la transe. Mais aussi singulier rapprochement avec ''Metamorphosis Two'' qui suit, dont l'incursion dans le registre aigu vient en résonance avec la pièce de Ravel précédente, ne serait-ce que par la même fluidité de la main droite. ''Metamorphosis Three'', en correspondance avec le morceau précédent de Glass, sollicite plutôt les registres médian et grave du piano avec une insistance assumée proche de  l'hypnose. Annonce d' ''Alborada del gracioso'' (Miroirs – IV) eu égard à l'insistance dans un tempo offrant là aussi quelque aspect répétitif, ou volonté de contraste avec l'univers de Glass ? La partie médiane, évocation d'une Espagne plus vraie que nature, emplie de mystère et du grotesque du personnage de bouffon, est mouvance, à la différence du quasi immobilisme de Glass. La dernière pièce, ''Metamorphosis Five'' de l'américain, qui se veut elle-même une sorte de résumé des quatre précédentes, referme ce panoptique on ne peut plus hardi.

La boucle est bouclée et l'hypnotisme lancinant de Glass aura sans doute fait écho, souvent par antithèse, à l'atmosphère envoûtante et quasi visuelle de Ravel comme aux recherches avancées de Pépin. On ajoutera que le jeu résolument articulé de Célia Oneto Bensaid dans Ravel vient lui aussi en résonance avec la modernité expérimentale des pièces de Glass et de Pépin. Que penser au final ? À moins de se laisser aller à une écoute uniquement guidée par les effets de timbres, le rapprochement des œuvres fait-il sens ? Chacun se fera sa propre religion. Il n'empêche : les Metamorphosis de Glass, conçues comme des variations sur une même thématique par l'utilisation de procédés compositionnels semblables, diffèrent pour beaucoup de Miroirs de Ravel, qui affichent une palette autrement plus variée. On se demande au demeurant ce que pourrait produire une confrontation des pièces de Glass avec des œuvres pour piano solo d'Erik Satie.         

L'enregistrement, à la Maison de l'Orchestre d'Île-de-France, prodigue une belle immédiateté du piano Yahama dans ses différents registres, dont des graves cossus et une main droite joliment percussive. 

Texte de Jean-Pierre Robert

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