CD : un voyage au cœur de la péninsule ibérique médiévale

Al Basma Canticum Novum Emmanuel Bardon Ambronay

  • ''Al-Basma''
  • Pièces vocales extraites du Cantiga de Amigo, du Cantiga - Alfonso X « El Sabio » - Cantigas de Santa Maria, du codex Calixtinus, du codex de Montpellier
  • Chants arabo-andalous
  • Pièces instrumentales extraites du Cantiga 6-Alfonso X « El Sabio » - Cantigas de Santa Maria
  • Canticum Novum, dir. Emmanuel Bardon
  • 1 CD Ambronay Editions : AMY 057 (Distribution : Outhere Music)
  • Durée du CD : 78 min 31 s
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5)

L'ensemble Canticum Novum dont le credo artistique est de tisser des liens entre la musique d'Europe occidentale et le répertoire du bassin méditerranéen, propose dans ce CD un florilège de pièces métissées empruntées à la culture ibérique médiévale. Offrant un parcours riche et diversifié que les sonorités libérées de ces musiciens, chanteurs et instrumentistes, nourrissent d'accents sincères.  

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La vingtaine d’œuvres réunies se veut la manifestation de ce que produisit la riche tradition plurielle de la Péninsule ibérique aux XIème et XIIème siècles, dont les zones d'influence s'étendaient bien au-delà de l'Espagne, vers le Portugal, et franchissant la barrière pyrénéenne, à Montpellier et sa région. Ces territoires formaient l'Al-Andalûs. Ces œuvres sont issues des diverses empreintes de cette culture. Ainsi d'abord du mouachah, genre poétique arabo-musulman inventé dans l'Andalousie, alors sous l'influence de l'islam, et remontant au XIème siècle. De leurs accompagnements lancinants, ces pièces célèbrent la femme objet d'amour, personnifiée par une gazelle. Comme dans la pièce ''Ô superbe gazelle !'' dont le conteur lance cette phrase à la belle « Décroche-moi la lune... ».

Au sein de la péninsule, les influences se croisent à l'époque entre Espagne et Portugal. Ainsi en est-il de compositions profanes comme celles tirées des Cantigas de Amigo. Le chant ''Ah ! mon Dieu ! Si mon ami savait en cet instant'', qui conte l'histoire d'une demoiselle de Vigo, bien trop esseulée pour conserver sa foi à son bien-aimé, utilise le procédé du refrain sur les mots, lourds de sens, « et que je suis amoureuse ! »

Les pièces de facture religieuse rendent hommage à Saint Jacques de Compostelle et son pèlerinage. Ainsi de la pièce ''Iocundetur et letetur'' (Exultante et jubilante), tirée du codex Calixtinus, un hymne à la gloire du saint. Ou des Cantigas de Santa Maria composés par le roi Alphonse X de Castille dit le Sage à qui l'on doit l'appropriation de la science arabe en castillan et une expansion de la production littéraire et poétique en cette langue. Dans ce recueil il célèbre la Vierge Marie, comme dans ''Celle qui, pour Sa grande beauté... emporta l'âme d'un frère qui enluminait son nom au moyen de trois couleurs'', évocation d'un miracle. Les combinaisons instrumentales recherchées flattent les récits. Comme dans ''Célébrons l'Apôtre'', où des sons de vièle introduisent un chant joyeux et animé, à la gloire de Saint Jacques.

D'autres morceaux profanes proviennent du Codex dit de Montpellier, compilation de motets en français, latin et provençal, chantés à trois ou quatre voix, comme pour la pièce ''Plus belle que fleur'' et son doux balancement. Ou le chant ''Ô Dieu, de si haut, je suis tombé si bas'', introduit par une mélopée de flûte langoureuse. Ici comme ailleurs, on mesure la richesse comme la complexité des divers registres abordés, poétiques, littéraires et linguistiques, forgés dans le creuset des diverses cultures méditerranéennes. Loin d'être figées, celles-ci ont constitué autant de passerelles entre elles et les aspirations spirituelles des populations.

Dans un répertoire finalement encore plus proche de ses fondements artistiques que dans le précédent CD ''Laudario'', consacré à la musique au temps de Saint François d'Assise, l'ensemble Canticum Novum prête ses forces et toute sa conviction à ces pièces médiévales. Ses quatre chanteurs et ses 12 musiciens magnifient leur instrumentarium original et leurs infinies résonances arabo-andalouses. D'autant que l'enregistrement, à l'abbaye de Sylvanès, prodigue une ambiance aérée et flatteuse.

Texte de Jean-Pierre Robert 

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Mots-clés: Canticum Novum, Emmanuel Bardon