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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : conversations baroques au sommet

Generations

  • ''Générations'' : Sonates pour violon et clavecin
  • Jean Baptiste Senaillé : Sonates en Mi mineur op.4 N°5, en Sol mineur op.1 N°6, en Ré majeur op.3 N°10, en Do mineur, op.1 N°5
  • Jean-Marie Leclair : Sonates en La majeur op.1 N°5, en Fa majeur op.2 N°2. Gavotte ext. de la Sonate en Mi mineur op.3 N°5
  • Théotime Langlois de Swarte (violon), William Christie (clavecin)
  • 1 CD Harmonia Mundi : HAF 8905292 (Distribution : PIAS/INTEGRAL)
  • Durée du CD : 68 min 25 s
  • Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orange (5/5)

Ce magnifique CD doit son titre à la rencontre entre deux personnalités appartenant à deux générations différentes, William Christie, le maître incontesté du baroque, et Théotime Langlois de Swarte, le jeune violoniste prodige qui s'impose désormais, et pas seulement dans ce répertoire. Elle s'organise autour de sonates françaises pour violon et clavecin de Senaillé et de Leclair. Au-delà de la découverte de pièces magistralement écrites, voilà le fruit de conversations musicales au plus haut niveau.

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Alors que la musique instrumentale connaît au début du XVIIIème une vogue  certaine et qu'un engouement s'affirme pour le violon, deux musiciens émergent, Senaillé et Leclair. Jean-Baptiste Senaillé (1687-1730) est pourtant tombé dans l'oubli, « un maître qui s'était endormi depuis un long moment », relève malicieusement Christie. On lui doit 50 sonates réparties en cinq livres, pour ''le violon seul avec la basse continue'', écrites entre 1710 et 1727. Leur facture, pour la plupart en quatre mouvements, mêle indications en français et en italien. C'est que le musicien allie les caractéristiques de la manière française élégante dérivée de la danse, et du style italien pour ce qui est de l'écriture virtuose héritée de Corelli puis de Vivaldi. L'influence de la musique italienne se fera plus notable dans ses œuvres tardives. On remarque la richesse harmonique de la basse très travaillée et une invention mélodique sans cesse renouvelée. Le disque en propose quatre. Elles débutent par un mouvement lent, marqué Largo ou Adagio, bien chantant, et appelé Preludio dans le cas des Sonates op.1 N°5 et N°6, introduit par le clavecin d'où émerge le violon. L'ordonnancement des autres mouvements voit se succéder soit une Allemande vive (Sonate op.3 N°10) soit une Courante alerte, marquée ''Corrente'' (op.1 N°5, Sonate op.4 N°5). Le troisième mouvement est soit lent (Sarabande ou Adagio), soit une Gavotte, comme dans le cas de la Sonate op.3 N°10 marquée affetuoso, d'une belle délicatesse avec sa fin sur une basse obstinée. Ce qui fait dire à de Swarte que la sonate possède « un style printanier », avec à l'Allegro assai final un emprunt à la figure musicale du coucou, comme il en est du concerto ''L’Été'' des Quatre saisons de Vivaldi. La dernière section est vive comme il se doit, avec une Gigue entraînante ou une Gavotte pimpante (op.1 N°6). Toutes ces pièces respirent un parfum de liesse auquel les deux musiciens, aussi inspirés que complices, apportent leurs infinis talents.

Jean-Marie Leclair (1697-1764), moins délaissé par la postérité que son aîné, a légué lui aussi un corpus substantiel de sonates de violon, réparties en quatre livres composés entre 1721 et 1738. Personnage fantasque, il fut aussi bien violoniste que danseur. Il se produit au Concert Spirituel, à la Musique du roi ou dans des formations de nobles mécènes. La vitalité rythmique de ses pièces trouve son origine dans sa formation de danseur. On le vérifie dans les deux œuvres ici présentées. La Sonate op.1 N°5 en La majeur fait se succéder un Allegro, une Sarabande marquée Largo et une Giga Presto se concluant pianissimo. La Sonate op.2 N°2 en Fa majeur offre un schéma lent-vif-lent-vif avec un Adagio d'élégance toute française, un Allegro ma poco au ressort affirmé, un bref Adagio inoculant quelques traits dramatiques pour amorcer le finale Allegro ma non troppo entraînant, là encore imprégné de rythmes de danse, nanti de superbes pirouettes au violon et de fines coquetteries de la part du clavecin. Ce que le tandem Christie-de Swarte restitue avec un brio à couper le souffle. Que dire qui ne l'ait déjà été avantageusement, de la manière du vieux maître de toucher le clavecin. On appréciera la justesse de son choix de confier l'interprétation de ces sonates à son jeune collègue Langlois de Swarte qu'il intégra naguère à son ensemble des Arts Florissants, car une telle aisance dans l'art violonistique est bien le privilège des artistes d'exception.  

Ils sont enregistrés dans le salon de la propriété de William Christie à Thiré dans une ambiance d'un parfait naturel. L'extrême relief des deux instruments et l'équilibre entre eux signent une prise de son d'anthologie.

Texte de Jean-Pierre Robert  

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