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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : Édition Haydn 2032, vol. 10, ''Les heures du jour''

Haydn2032 N10

Contrairement aux précédents, le 10ème volume de l'intégrale Haydn 2032 présente trois symphonies contemporaines les unes des autres. Giovanni Antonini a en effet choisi la trilogie des symphonies dites ''Le Matin'', ''Le Midi'' et ''Le Soir''. En miroir, il donne la Serenata Notturna de Mozart. Un clin d’œil à ce qui pourrait constituer un quatrième épisode, nocturne celui-ci, des « heures du jour », thème de ce nouvel album. Ses interprétations, basées sur une approche historiquement informée poussée très loin, sont d'une souveraine maîtrise instrumentale.   

Les symphonies 6, 7 & 8 de Joseph Haydn, écrites en 1761, sont les seules de son immense production à former un cycle. Leur commanditaire, le prince Paul Anton Esterhazy aurait donné pour thème les quatre heures du jour. On ne sait rien de ce qui est advenu du dernier épisode. Plusieurs autres éléments caractérisent cet ensemble singulier. Leur structure concertante d'abord, héritée du concerto grosso de l'époque baroque, du fait de la présence d'instruments solistes, cordes aussi bien que bois dans une alliance parfois détonante. Ce qui génère des sonorités hors du commun, quand par exemple la contrebasse se taille un solo ou dialogue avec les cors. Rien d'étonnant de la part d'un musicien qui voulait satisfaire son prince quant à la démonstration des éminentes qualités de son orchestre de cour. Un hommage à Gluck aussi, souvent à peine dissimulé, témoignage de l'importance de ce compositeur dans la vie musicale contemporaine. Enfin des traits compositionnels qui, s'ils font écho au passé, annoncent une manière délibérément novatrice, tels d'audacieux développements, la recherche de contrastes délibérément marqués en dynamique comme en couleurs. Toutes caractéristiques que les interprétations de Giovanni Antonini se plaisent à souligner. Qui insiste sur la différence entre l'approche qui s'est plus ou moins imposée au XXème siècle, consistant à privilégier le beau son et à rechercher le legato, et une manière plus proche du XVIIIème, misant d'abord sur l'articulation, fût-elle porteuse d'un son d'un moindre poli. De fait, ses lectures, très pensées, offrent des contrastes dynamiques saisissants et manifestent un souci d'agencement de la phrase musicale qui en révèle la profonde originalité. Ce qui ne va pas sans roideur, d'inconfort parfois, dans notre écoute, sans doute habituée à plus de rondeur sonore. Et pourtant la séduction opère, car cela se double d'un extrême raffinement instrumental dans le phrasé. À cet égard, l'ensemble Il Giardino Armonico offre des exécutions d'une souveraine maîtrise, comme par exemple la flûte aérienne de Marco Brolli ou le violon solaire de Stefano Barneschi.

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Le premier mouvement de la Symphonie N°6 en Ré majeur ''Le Matin'', oppose ainsi une introduction adagio pppp comme venue de loin, symbolisant le lever du soleil, et un allegro nerveux où la flûte à découvert babille gaiement, rejointe par le basson, le hautbois et les cors. Les seules cordes interviennent à l'Adagio que distinguent des solos de violon et de violoncelle. Le Menuetto à la française fait la part belle à la flûte solo tandis que le trio offre un improbable duo entre basson et contrebasse. Le finale marque l'apogée de la forme concertante, cordes et bois, dont la flûte et les cors. L'approche historiquement informée d'Antonini distingue tout autant la Symphonie N°7 en Ut majeur ''Le Midi'', où l'entame solennelle lente, calquée sur l'Ouverture à la française, débouche sur un vif Allegro mêlant solos de cordes et de bois. Le deuxième mouvement Recitativo, de structure lent-vif-lent, évoque Gluck, modulant comme à l'opéra et nanti de brusques changements de tempos. Suit un Adagio serein où interviennent les flûtes comme des solos de violon et de violoncelle, pour conclure sur une longue cadence de ces derniers. Le Menuetto laisse la parole au basson et au violoncelle dans un habile contrepoint, jusqu'à ce qu'au trio, surgisse un étonnant solo de contrebasse auquel se mesurent les cors. Le finale scelle cette inventivité débordante, truffé de moult effets de surprise dans l'agencement des timbres avant une ultime fanfare des cors.

Plus audacieuse encore est la Symphonie N°8 en Sol majeur ''Le Soir''. Son premier mouvement monothématique est un hommage à Gluck dont est cité un thème de l'opéra Le Diable à Quatre, alors très en vogue depuis sa création en 1759. L'Andante de facture italianisante est sur le modèle multi concertant (deux violons, cello, basson). Le Menuetto est basé sur un thème d'allure populaire. Lorsqu'au trio, la contrebasse est de nouveau mise en avant. Le finale Presto, titré ''La tempesta'', peut-être en souvenir du fameux concerto de Vivaldi ''La tempesta di mare'', aligne des notes des violons répétées fébrilement et des traits incisifs en cascade des flûtes. L'animation va crescendo jusqu'à ce que l'orage s'installe. Antonini joint à cette trilogie la Serenata notturna K.239 de Mozart (1776). Sans doute pour célébrer la dernière des ''heures du jour'' qu'est la nuit. Déjà curieuse par son traitement concertant et ses trois mouvements bizarrement achalandés, l’œuvre connaît ici une interprétation décapante. La Marcia, ponctuée des timbales, est fortement scandée dans une manière qui se veut à mille lieues des aimables joliesses auxquelles nous ont habitués certains chefs dits ''mozartiens''. Le Menuetto rythmé est presque boulé, qu'éclaire un trio de pure merveille instrumentale dans les mains des présents musiciens italiens. Le finale Rondeau est irrésistible d'humour par ses surprenants solos comme improvisés, dont l'alliance violons et timbales ou le cocasse numéro de contrebasse jouant ''per se''. Au total, une forme de ''plaisanterie musicale''.

L'enregistrement au Kulturzentrum de Toblach en Italie, magnifie ces interprétations par une ambiance d'une étonnante clarté et un magistral étagement des plans.

Texte de Jean-Pierre Robert  

  • Joseph Haydn : Symphonies N°6 en Ré majeur ''Le Matin'', N°7 en Ut majeur ''Le Midi'' & N°8 en Sol majeur ''Le Soir''
  • Wolfgang Amadé Mozart : Sérénade N°6 en Ré majeur K. 239 ''Serenata Notturna''
  • Il Giardino Armonico, dir. Giovanni Antonini
  • 1 CD Alpha : Alpha 686 (Distribution : Outhere Music)
  • Durée du CD : 78 min 36 s
  • Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rouge (5/5) 

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Mozart, Haydn, Il Giardino Armonico, Giovanni Antonini

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