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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : les quatuors de Carl Philipp Emanuel Bach

CarlPhilippEmanuelBach Nevermind

Pour leur nouvel album, les quatre mousquetaires de Nevermind s'attachent à jouer des œuvres peu connues du répertoire de la fin du XVIIIème siècle, les quatuors de CPE Bach. Écrites pour la formation singulière de cet ensemble. Une nouvelle pépite.

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Durant la dernière époque de sa vie créatrice, à Hambourg, CPE Bach modifie substantiellement son style musical, se détachant du carcan du baroque pour aborder les voies nouvelles du Sturm und Drang. Ainsi de ses trois quatuors composés en 1788, l'année de sa mort, qui font appel à une distribution instrumentale singulière de flûte, alto, viole de gambe et clavecin. Le dialogue de la flûte, non pas avec le violon mais avec l'alto, offre des sonorités plus mordorées, tandis que le rôle assigné à la viole de gambe et au clavecin dépasse celui de basse continue pour acquérir la fonction de solistes. Même si le clavier continue à occuper une place essentielle, car il est le pilier de la musique de chambre de cette période. Ces compositions sont audacieuses aussi, non pas tant selon leur schéma tripartite vif-lent-vif, que dans leurs contrastes dynamiques et surtout l'inventivité au sein de chacun de ces mouvements. Instaurant une dramaturgie extrêmement élaborée et menant le discours musical là où on ne l'attend pas. C'est que la richesse de ces quatuors est le fruit d'une personnalité désormais en avance sur son temps, où se fait sentir l'influence d'un autre musicien également avant-gardiste, Joseph Haydn. Ils annoncent déjà les prémices du romantisme.

Ainsi le Quatuor en La mineur WQ 93 offre-t-il dans son Andantino initial des changements de rythmes et des ruptures de ton inattendus qui n'en entament pas la profonde expressivité. Comme le Largo sostenuto voit chaque instrument apporter une contribution inédite à l'ensemble, dont le clavecin. Enfin l'Allegro assai final assure une conversation serrée entre les quatre voix, non sans humour dans les traits piquants de la flûte. Le Quatuor en Ré majeur WQ 94 est plus serein, à l'image de son Allegretto avenant à l'écriture variée, soit liée, soit en jeu soliste de la part de chacun des quatre instruments, singulièrement la flûte et le clavecin. Après un Sehr langsam poursuivant un récit complexe, le finale fougueux contraste par son caractère spirituel, digne de Haydn, notamment quant à ses traits tricotés et ses phrases comme laissées en suspens. La profonde originalité de ces pièces se retrouve dès le début du Quatuor en Sol majeur WQ 95, singulièrement la manière dont le thème est géré entre les diverses voix, dont le clavecin qui semble mener les débats. Suit un Adagio poignant, empreint de tristesse, où là encore le clavecin donne le ''la'', au point de constituer un concerto pour clavier avec une brève cadence, les trois autres protagonistes assurant un séduisant contrepoint. Le Presto final est virtuose pour chacune des parties, illustrant la haute technicité de jeu exigé par CPE Bach.

On a joint la transcription pour cette même formation en quatuor, effectuée par le gambiste Robin Pharo, de deux mouvements de sonates pour clavier de la période précédente de CPE Bach, dite de Berlin, lorsque celui-ci était au service de la cour de Frédéric II. D'une part, l'Adagio de la Sonate en La majeur, WQ 48/6, la dernière des Sonates prussiennes, riche en émotion et non sans effets théâtraux dans le présent traitement des différentes parties. Et d'autre part, l'Andante con tenerezza (avec tendresse) de la Sonate en La majeur WQ 65/32, au lyrisme épuré, initié ici par la flûte et sa douce déploration.

Les musiciens de Nevermind, Anna Besson (flûte), Louis Creac'h (alto), Robin Pharo (viole de gambe) et Jean Rondeau (clavecin) apportent un soin particulier à l'exhumation de ces œuvres. Comme dans leur précédent CD consacré aux ''Quatuors parisiens'' de Telemann, on admire la souveraine patte de chacun et la belle cohésion de l'ensemble, captées dans une acoustique généreuse, ménageant une parfaite répartition des quatre voix.

Texte de Jean-Pierre Robert

Plus d’infos

  • Carl Philipp Emanuel Bach : Quatuors pour flûte, alto, viole de gambe et clavecin, WQ 93-95
  • Adagio de la sonate pour clavier WQ 48/6. Andante con tenerezza de la sonate pour clavier WQ 65/32 (transcriptions de Robin Pharo)
  • Nevermind : Anna Besson (flûte), Louis Creac'h (alto), Robin Pharo (viole de gambe), Jean Rondeau (clavecin)
  • 1 CD Alpha : Alpha 759 (Distribution : Outhere Music)
  • Durée du CD : 57 min 27 s
  • Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orange (5/5)

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