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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : la séduction des cantates de chambre pour soprano de Vivaldi

Vivaldi CantatePerSopranoI

Pour son 68ème opus, l’Édition Vivaldi du label Naïve aborde le genre de la cantate de chambre, singulièrement pour voix de soprano. Ce volume présente aussi un personnel artistique nouveau, de la jeune génération de chanteurs et d'instrumentistes au fait de cet idiome particulier. Signe de la diversité et du souci de renouvellement de cette collection vivaldienne qui fait florès depuis quelques années déjà.

La cantata da camera est au XVIIIème siècle italien le genre vocal le plus répandu. Elle est très codifiée : la voix est associée à un accompagnement instrumental réduit, au-delà de la seule basse continue. Elle est généralement constituée de trois parties, deux airs séparés par un récitatif, ou plus exceptionnellement de quatre séquences, alors selon le schéma récitatif-air-récitatif-air. Étant précisé que le dernier air est toujours plus démonstratif. Cette cantate de chambre est destinée à un large public, à la fois de connaisseurs ou de simples amateurs de beau chant. Poursuivant un but de divertissement, la pièce se veut raffinée, voire recherchée quant au style et à la palette de ses caractéristiques vocales. La trentaine de pièces que Vivaldi a composé, l'a été entre 1718 et 1730, majoritairement pour soprano, mais aussi pour voix de basse. La thématique est en revanche peu ou prou toujours la même et relativement simpliste : les tourments amoureux, doux et cruels, endurés par quelque berger téméraire ou héros au petit pied, dans un contexte idyllique, le paysage d'une Arcadie imaginaire.

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Ainsi de la cantate ''Allor che lo sguardo'' RV 650 (Alors que je fixais mon regard... sur la belle), là où dans un savant mélange de douleur et de tendresse, ledit tourment en devient presque agréable pour celui qui l'éprouve. Les affres de l'amour peuvent s'exprimer sur le versant tragique. Comme dans la cantate ''Sorge vermiglia in ciel la bella Aurora'' RV 667 (La belle Aurore au ciel paraît, toute vermeille) : la cruauté de l'amour sévissant toujours transparaît dès le récitatif introductif. Le premier air, qui évoque un lever de soleil, exige de l'interprète d'étonnants sauts de registres, de l'extrême aigu au grave profond. Le second air, sur le mode di furore, déploie des coloratures vertigineuses dans un tempo presto. Par contraste, les déchirements amoureux peuvent être ressentis sur un ton plus léger. Ainsi en est-il de la cantate ''Tra l'erbe i zeffiri'' RV 669 (Parmi l'herbe et les zéphyrs) : une saynète arcadienne typique, avec prairie, ruisseaux, brise légère, etc... pour créer une ambiance de félicité amoureuse, passée la souffrance du désir. La première aria est d'une énergie typique vivaldienne, écrin à d'agréables vocalises de la part de l'aimée. Et la seconde, utilisant la figure de la nacelle bousculée dans la tempête, distille d'étourdissantes vocalises dans un rythme soutenu. Il en va de même dans ''La farfalletta s'aggira al lume'' RV 660 (Le papillon tourne autour de la flamme), parée d'une atmosphère bucolique et lumineuse à l'image de l'insecte volage.

Deux des cantates ici présentées ont été écrites pour le potentat de Mantoue, à la cour duquel Vivaldi devait occuper les fonctions de maître de chapelle de 1718 à 1720. ''Aure, voi più non siete'' RV 652 (Brises, vous n'êtes plus... aussi douces et chères), aborde, dans le registre mélancolique, les affres amoureuses du berger se lamentant de l'abandon de sa nymphe. Il confie sa peine au ruisseau, miroir des souvenirs de la belle, l'accompagnement instrumental reproduisant la fluidité de l'onde comme l'agitation des pensées du pauvre amant. La cantate ''Si levi dal pensier'', RV 665 (Chassons de mes pensées) déroule une trame où la nymphe prend sa revanche sur le berger qui l'a séduite par feinte et décide de le chasser, ce au fil de deux arias, l'une encore interrogative, l'autre résolue.

La jeune soprano Arianna Vendittelli possède un timbre clair et séduisant qui sied à ces pièces. Elle est quelque peu taxée à l'occasion par les difficultés techniques accumulées par Vivaldi qui écrivait pour des voix à l'ambitus très étendu et aux possibilités un peu hors normes, en particulier dans le grave, atteint après des écarts substantiels. La palme revient à l'Ensemble Abchordis et sa poignée de musiciens émérites, procurant sous la direction du claveciniste Andrea Buccarella des sonorités proprement magiques. Et un accompagnement qui sait trouver le ton juste. Des noms inconnus jusqu'ici, qui ne le resteront pas longtemps.

La prise de son offre un climat intimiste, en parfaite adéquation avec l'interprétation, et l'équilibre voix-instruments est satisfaisant.

Texte de Jean-Pierre Robert 

Plus d’infos

  • ''Cantate per soprano I''
  • Antonio Vivaldi : Cantates ''Allor che lo sguardo'', RV 650. ''Aure, voi più non siete'', RV 652. ''Tra l'erbe i zeffiri'', RV 669. ''Sorge vermiglia in ciel la bella Aurora'', RV 667. ''La farfalletta s'aggira al lume'', RV 660. ''Si levi dal pensier'', RV 665
  • Arianna Vendittelli, soprano
  • Abchordis Ensemble, clavecin & dir. Andrea Buccarella
  • 1 CD Naïve / Édition Vivaldi vol. 68 : OP 7257 (Distribution : Believe Group)
  • Durée du CD : 62 min 20 s
  • Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rouge (5/5)

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Vivaldi, Arianna Vendittelli, Abchordis Ensemble, Andrea Buccarella

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