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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : piano et danses d'ici et d'ailleurs

Lise de la Salle When do we dance

Lise de la Salle nous convie à un voyage aux quatre coins du monde, sur le thème de la danse, avec des pièces de piano composées durant la période entre 1850 et 1950. Une immersion dans un univers de couleurs et de rythmes où l'on éprouve le frisson, entre autres, de celui chaloupé de la valse, du sensuel tango ou du swing du blues.

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La pianiste ne dissimule pas sa passion pour la danse, sa liberté rythmique et sa diversité d'expression. Elle a organisé le programme de ce CD comme une « immersion dans des univers très variés, juxtaposés sans transitions, reliés entre eux par ce fil conducteur qu'est le rythme, le mouvement ». Cette exploration nous emmène des USA à l'Amérique du sud puis en Europe, et alors en Espagne, France, Hongrie et Russie, au gré de son inspiration et auprès de compositeurs qu'elle aime jouer. La démarche est on ne peut plus éclectique. Le résultat pas moins révélateur. À commencer par les États-Unis où l'on apprécie le chic de Gershwin dans le morceau ''When do we dance'' (1925), l'humour d'un Art Tatum dans ''Tea for two'' (1933) et ses myriades de notes à la main droite, mais aussi le classicisme de William Bolcom (*1938) dans un rag racé, ou encore l'inimitable rythme de blues de Fats Waller (''Vipers drag'') de 1934. Le contraste est on ne peut plus marqué lorsqu'on passe en Argentine avec Piazzolla et son fameux Libertango de 1974 ou l'art de la variation porté à son summum. Alberto Ginastera (1916-1983) a magnifié le genre dans ses Danzas argentinas op.2, tour à tour vives, nostalgiques et modernistes jusqu'au feu d'artifice sonore.

Le tour européen n'est pas moins intéressant. Il débute en Espagne avec l'immanquable ''Danse rituelle du feu'' extraite de L'amour sorcier de Manuel de Falla, où l'on perçoit les couleurs orchestrales dans cette transcription magistrale, celle d'une Espagne de passion. Le morceau de résistance de ce parcours atypique revient à Ravel et ses Valses nobles et sentimentales, huit vignettes dont les indications de tempo sont de l'ordre du raffinement le plus exquis, le ''Assez lent, avec une expression intense'' rivalisant avec le ''Presque lent, dans un sentiment intime'', ou le ''Modéré, très franc'' avec le ''Moins vif''. Alors que l'idée de base était de « composer une chaîne de valses à l'exemple de Schubert », selon l'auteur, on assiste plutôt à un adieu à la valse, eu égard à une musique raréfiée, proche de l'abstraction, même si la quatrième évoque le monde de l'enfance et ses joyeux babillages. Mais tout cela ressortit à la plus géniale inspiration. Camille Saint-Saëns apparaît à côté presque académique dans l' ''Étude en forme de valse'', tirée ses Six Études op.52 : une virtuosité à la Liszt, comparée à la suprême distinction ravélienne.

En allant vers l'Est, c'est d'abord vers Bartók que se tourne Lise de la Salle et ses Danses populaires roumaines (1915) dont le musicien a collecté les airs en Transylvanie. Autant d'évocations saisissantes d'un univers sonore caractéristique aux différences marquées, comme la ''Danse du ceinturon'' et son staccato, la ''Danse sur place'', plus lyrique, ou encore les trois dernières d'une vivacité communicative. Un bouquet de pièces russes rares conclut le récital : le Tango de Stravinsky (1940), où l'auteur du Sacre assimile ce rythme à la perfection, puis la Valse en La bémol majeur op.38 que Scriabine écrit en 1903, d'un post-romantisme exacerbé, un adieu à un monde révolu mais qui a encore de beaux restes. Enfin la Polka italienne de Rachmaninov (1906), dans la transcription de Vyacheslav Gryaznov, reste une pièce étrange, sans doute pensée par un maître du piano.

Parfaitement à l'aise parmi cette constellation de compositeurs, passant allègrement d'un style à l'autre, Lise de la Salle anime ce patchwork avec conviction. Le fil conducteur est bien sûr le rythme, qu'elle maîtrise par un pianisme souverainement adapté à chaque pièce. Mais aussi la couleur inhérente à chacune. Et la gamme est vaste, du cristallin français au sensuel argentin, du passionné expressif chez les russes au swing tout sauf monochrome nord-américain. L'instrument est capté, au Teldex Studio de Berlin, dans une ambiance généreuse.

Texte de Jean-Pierre Robert   

Plus d’infos

  • ''When do we dance ?''
  • Pièces et arrangements pour piano de George Gershwin, Art Tatum, William Bolcom, Fats Waller
  • Astor Piazzolla, Alberto Evaristo Ginastera
  • Manuel de Falla
  • Maurice Ravel, Camille Saint-Saëns
  • Béla Bartók
  • Igor Stravinsky, Alexander Scriabine, Serge Rachmaninov
  • Lise de la Salle, piano
  • 1 CD Naïve : V 5468 (Distribution : Believe Group)
  • Durée du CD : 78 min 44 s
  • Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orange (5/5)

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