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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : un florilège de musiques anglaises

The British Project

Concocté par la cheffe Mirga Gražinyté-Tyla pour l'orchestre dont elle est Music director, ce ''projet britannique'' rassemble quatre compositions de musiciens, Britten, Elgar, Walton et Vaughan Williams, qui ont entretenu un lien particulier avec la ville et l'orchestre de Birmingham. Les œuvres choisies sont chacune représentatives de leur style, comme de la puissance suggestive de la musique anglaise. Surtout lorsqu’interprétées avec la conviction que leur apporte ces exécutions intenses et rigoureuses.

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C'est avec la création, en 1962, du War Requiem que le City of Birmingham Symphony Orchestra s'est confronté avec la musique de Britten. Sa Sinfonia da requiem date de 1940 et proclame déjà l'idéal pacifiste d'un jeune compositeur de 26 ans dans une expression unissant terreur et compassion. Ses trois parties enchaînées sont calquées sur des moments essentiels de la liturgie funèbre. La composition pour grand orchestre comprend une instrumentation originale dont saxophone, piano, harpe, outre un brelan de percussions, timbales, xylophone, tambourin. ''Lacrymosa'' ouvre l’œuvre dans un martèlement serré des timbales ffff, comme évoquant des bruits de canons, et génère une pulsation obsédante, qui marquera le reste de la partition. Après cette marche funèbre angoissée aux accents violents, truffée de fanfares guerrières, le ''Dies irae'', Allegro con fuoco, se déploie comme une course à l'abîme, « une manière de danse de mort », dira Britten, traduisant un sentiment d'épouvante. Le saxophone, déjà mis en valeur au premier mouvement, n'est pas le moindre moteur d'une sorte d'anarchie sonore. ''Requiem æternam'' enfin contraste par un retour au calme, installant une sérénité retrouvée, introduite par la petite harmonie et des cordes faisant penser à Mahler. L’œuvre s'achemine peu à peu vers le silence.

Edward Elgar écrit l'adagio pour cordes Sospiri op.70 en 1914, peu avant l'entrée de la Grande Bretagne dans la Première guerre mondiale. Cette construction en arche, du silence au silence, est un cri passionné de désolation et non de patriotisme. Quelques années auparavant, en 1910, Ralph Vaughan Williams conçoit sa Fantaisie sur un thème de Thomas Tallis pour double orchestre à cordes comme un vibrant hommage à la Renaissance anglaise. La musique entrelace mélodies anciennes et harmonies nouvelles dans une chatoyante tapisserie sonore, au long de quatre sections enchaînées, intenses, traversées d'accords étranges et misant sur la notion d'espace et les effets d'écho plus ou moins étouffés, pour là aussi se terminer dans la sérénité.

Le genre de l'opéra a connu en Angleterre un important essor au sortir de la Seconde guerre mondiale, à l'image du phénoménal succès du Peter Grimes de Britten en 1945. Lui fait écho la création, en 1954, du Grand œuvre de William Walton, Troilus and Cressida, saluée avec enthousiasme, quoique sans lendemain. De nature héroïque, le sujet met en scène, dans le contexte de la Guerre de Troie, les amours malheureux de Troilus, fils de Priam, et de Cressida, fille du devin Calchas, dont l'infidélité de par sa liaison avec le grec Diomède la conduira à se poignarder elle-même. Walton s'inspire, non de la pièce éponyme de Shakespeare, mais du poème médiéval de Geoffrey Chaucer. On entend ici la Suite symphonique qu'en a réalisé en 1988 Christopher Palmer, un ancien assistant de Walton. Elle comprend d'abord une brillante évocation d'un chaleureux bord de mer Méditerranée (''Prelude and seascape''), puis un ''Scherzo'' vif, plein d'énergie avec solo de violon et d'habiles traits des bois. Les amours passionnés de Troilus et de Cressida, bardés de clusters d'orchestre, sont l'objet du mouvement lent (''The Lovers''), tandis que le ''Finale'' est un lamento de l'héroïne dont le son plaintif des bois décrit la tristesse avant qu'une fanfare signe le terrible dénouement.

L’empathie de Mirga Gražinyté-Tyla pour ces œuvres est patente, qui par une direction intense et rigoureuse, en révèle toute l’originalité souvent avant-gardiste. L'Orchestre Symphonique de Birmingham brille de tout son lustre et se montre à la hauteur de sa réputation qui n'a rien à envier aux formations londoniennes, notamment pour ce qui est des bois. Au final, cette collection constitue une remarquable anthologie de la musique britannique du XXème siècle.

Les enregistrements, à l'Elbphilharmonie de Hambourg (Britten, Walton) et au Symphony Hall de Birmingham (Elgar et Vaughan Williams), deux auditoriums se signalant par la parfaite qualité de leur acoustique, parachèvent cette réussite artistique.

Texte de Jean-Pierre Robert

Plus d’infos

  • ''The British project''
  • Edward Elgar : Sospiri op.70, Adagio for string orchestra, harp (piano) and harmonium (organ) ad lib.
  • Benjamin Britten : Sinfonia da requiem op.20 pour orchestre
  • William Walton : Symphonic suite from Troilus and Cressida (arrangement : Christopher Palmer)
  • Ralph Vaughan Williams : Fantasia on a theme by Thomas Tallis for double string orchestra
  • City of Birmingham Symphony Orchestra, dir. Mirga Gražinytè-Tyla
  • 1 CD Deutsche Grammophon : 486 1547 (Distribution : Universal Music)
  • Durée du CD : 71 min
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5)

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