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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : une vision iconoclaste des Sonates pour piano et violon de Brahms

Brahms Maxim Emelyanychew Aylen Protichin

Quoi de plus séduisant que l'intégrale des sonates pour piano et violon de Brahms ! La présente interprétation en délivre cependant une vision iconoclaste car jouée sur des instruments d'époque et offrant une palette sonore particulièrement intimiste. Un autre regard porté sur ces trois purs chefs-d'œuvre, quintessence de la musique de chambre.

Ces « Lieder Sonate », appelées ainsi par référence, du moins pour les deux premières, au matériau de ses propres mélodies vocales dans lequel Brahms a puisé, frappent par leur abondance thématique. Elles sont le manifeste d'un lyrisme profondément mélodique inspiré de la voix humaine. Elles se distinguent aussi par une grande liberté formelle. La Sonate N°1 pour piano et violon op.78 en Sol majeur (1879), qui fait immédiatement suite au Concerto pour violon et orchestre, op.77 écrit pour Joseph Joachim, en poursuit l'inspiration, mais de plus introspective manière. Le ton adopté par les présents interprètes est rêveur, baigné d'une douce mélancolie. Et ce dès le Vivace ma non troppo pris à une allure retenue, ce qui en fait ressortir tout le caractère élégiaque. De la profusion de thèmes qui parent ce premier mouvement, on discerne celui du ''Regenlied'' (Lied de la pluie), extrait du cycle de l'op.59. Après un Adagio expressif marqué çà et là par de notables ralentissements, notamment avant la récapitulation, le finale Allegro molto moderato, qui emprunte aussi bien à la forme sonate qu'au rondo, souligne encore le mélodisme du Brahms de la maturité.

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La Sonate N°2, op.100 en La majeur est dite « Thuner Sonate », car Brahms coulait, au moment de sa composition en 1886, des jours paisibles au bord du lac de Thun, en Suisse. Elle est aussi frappée au coin de la volubilité mélodique. Emelyanychev et Pritchin en soulignent le climat lumineux et serein. Celui de tendresse à l'Allegro amabile qui est bâti sur deux thèmes, l'un lyrique, l'autre très articulé, presque héroïque. L'Andante tranquillo développe plusieurs épisodes contrastés, bel exemple de la liberté que Brahms prend avec la forme pour un maximum d'efficacité. Au rondo final, constitué aussi de diverses séquences, plane un sentiment de bonheur, d'extase même, qui illumine au demeurant l'entière pièce. Surtout ici où les interprètes ne visent pas la brillance, mais la plus profonde expressivité dans une démarche retenue.

La Troisième Sonate pour piano et violon, op.108 en Ré mineur (1888), diffère de ses deux sœurs, non pas en termes de jaillissement thématique, car elle offre tout autant de diversité à cet égard, mais bien en raison de l'affirmation d'un plus grand dramatisme. Elle est en ce sens plus extravertie. Dédiée à l'ami Hans von Bülow, elle est superbement écrite pour un piano virtuose, notamment au finale, marqué Presto agitato, qui déroule un feu impétueux et dévorant. Quoique le violon ne le cède en rien en passion et sagacité instrumentale, en particulier à la vaste et brillante coda. Pourtant, comme dans les œuvres précédentes, Emelyanychev et Pritchin favorisent un jeu très intériorisé, marqué par des moments de réflexion et un ralentissement du débit parfois très marqué, comme au médian de l'Adagio. Non que le déhanchement rythmique du troisième mouvement, sorte d'intermède de caractère fantastique, n'apporte de nécessaires et bienvenus contrastes.

Ces exécutions nous emmènent donc dans un univers revisité par le souci de solliciter au plus près la singularité de ces œuvres. Elles cultivent l'art de la demi-teinte que permet une large palette sonore en matière de dynamique et de tempo. Les instruments joués sont pour beaucoup dans cette vision résolument différente de celles auxquelles on est habitué. Ainsi de la patine du Steinway Concert Grand de 1875, fabriqué à New York, au grave non résonant et au médium clair, associée à la sonorité du violon de Jacques Boquay de 1725, extrêmement fine, voire ténue par endroits.

La prise de son, à l'église luthérienne Saint-Pierre, à Paris, dans une acoustique très légèrement résonante, offre un équilibre satisfaisant entre les deux voix.

Texte de Jean-Pierre Robert 

Plus d’infos

  • Johannes Brahms : Sonates pour piano et violon N°1 op.78, N°2, op.100, N° 3, op.108. Scherzo de la Sonate F-A-E
  • Maxim Emelyanychev (piano), Aylen Pritchin (violon)
  • 1 CD Aparté : AP 237 (Distribution : [PIAS])
  • Durée du CD : 73 min
  • Note technique :  etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

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