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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : onzième volume de l'intégrale Haydn par Giovanni Antonini

AuGoutParisien Antonini Basel

Voici l'amorce du deuxième tiers de l'intégrale ''Haydn 2032'' des symphonies du musicien qu'a entrepris vaillamment le label Alpha. Le titre du CD ''Au goût parisien'' est emprunté à deux des œuvres jouées, appartenant aux ''Symphonies parisiennes'' de leur auteur. Peut-être se veut-il aussi un hommage à l'engouement provoqué alors dans la capitale par les œuvres orchestrales du maître. On y prend en tout cas le même plaisir qu'à l'écoute des précédents volumes de cette série décidément enthousiasmante.

Quoi qu'il en soit du prétendu dénominateur commun aux quatre œuvres réunies, c'est le parti interprétatif retenu qui avant tout suscite l'intérêt. Comme dans les précédents volumes de la série, Giovanni Antonini, à la tête cette fois du Kammerorchester Basel, à l'instar des volumes 5, 6, & 7, privilégie des interprétations racées et extrêmement nuancées. La manière semble cependant s'affiner encore. Il s'en explique dans un texte introductif intitulé ''L'art du clair-obscur'', rappelant combien est essentiel, quant à l'interprétation de la musique de Haydn, le strict respect des dynamiques inscrites sur les partitions et la recherche des demi-teintes. Celles-ci, on les doit à l'observance de tout un nuancier en termes d'intensité sonore, « sans pour autant renoncer aux extrêmes du pianissimo et du fortissimo », souligne-t-il. Ces exécutions le montrent à un rare degré d'acuité et de manière peut-être encore plus sensible que dans les autres volumes de la série. Les écarts dynamiques sont très importants, spécialement dans le registre pppp, pensé jusqu'au son le plus impalpable. Ils sont l'aboutissement d'un travail extrêmement abouti sur l'articulation et la recherche de la subtile couleur, se manifestant, entre autres, par la manière de pratiquer le crescendo ou augmentation progressive du son, qui se distingue du sforzando ou brusque renforcement de l'intensité sonore. Cet art des contrastes confère à ces pages une vie insoupçonnée.

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Ainsi des deux symphonies Nos 82 & 87 appartenant à la série des ''Symphonies parisiennes''. La séduction qu'exercent immanquablement ces œuvres, composées pour le Concert de la Loge Olympique, une formation d'élite comprenant des musiciens professionnels et des amateurs, ne saurait être plus évidente que sous la baguette de Giovanni Antonini. La Symphonie N°82 en Ut majeur, la dernière écrite, en 1786, a été sous-titrée ''L'Ours'' eu égard au rythme de contredanse de son dernier mouvement. L'approche est ici animée au vivace initial, les bois sertis dans un flux généreux, plein de charme à l'Allegretto, vrai faux mouvement lent dans un mécanisme en répons entre violons I et tutti, joliment dansant au Menuet et son Trio coquin aux bois. Le finale tourbillonnant est plus proche de l'atmosphère d'une fête colorée d'instruments forains que des évolutions empruntées de l'ursidé, une allégresse bardée d'effets de surprise. La Symphonie N°87 en La majeur, dont le manuscrit est conservé à la BNF, se voit gratifiée d'une exécution pareillement vive. On savoure au Vivace l'art de varier une thématique a priori monotone et de manier avec doigté la répétition sotto voce aux cordes, comme les silences entre ses diverses séquences. L'Adagio voit fleurir de magistraux solos concertants de flûte, de hautbois ou de basson, agrémentant sa calme cantilène. Le Menuet poursuit ces interventions des vents, notamment au Trio. Et le finale est festif, page superbe dans l'art de moduler à partir d'un thème aisé, et d'un immanquable dynamisme qui emporte l'auditeur.

Cette manière vaut tout autant pour les deux autres œuvres inscrites au programme de ce disque. La Symphonie N°24 en Ré majeur, de 1764, serait une des premières à avoir été jouées en public à Paris dans la salle des Tuileries. Sans doute sa diversité dût-elle plaire à l'auditoire : un Allegro avec effets de fanfare d'allure trottinante, quoique traversée de traits dramatiques qui pimentent le cours d'un développement favorisant la nuance piano. Un Adagio cantabile enrichi du son de la flûte jusqu'à une mini cadence de celle-ci. Un Menuet de type Ländler autrichien enluminé par les vents, dont le cor au Trio central. Et un finale débuté ppp qui va crescendo et bondissant. Quant à la Symphonie N°2 en Ut majeur, publiée la même année 1764 à Paris par l'éditeur Jean-Baptiste Venier, elle se signale, parmi ses trois mouvements, par son Adagio médian proche du perpetuum mobile eu égard à son exécution faisant une large place à la nuance pianissimo, et son finale enjoué truffé de traits presque cocasses que renforce ici le contraste dans les passages pianissimo se détachant du tutti orchestral en forme de ritournelle.

De telles interprétations savent faire du moins connu quelque chose d'aussi attractif que les grandes compositions, adornées au surplus par les éminentes qualités instrumentales de l'Orchestre de chambre de Bâle, singulièrement dans les parties de bois et de cuivres. On attend avec impatience comment ce schéma interprétatif s'appliquera aux autres ''parisiennes'' et aux ''londoniennes'' plus tardives.

La prise de son rend justice à l'extrême justesse de ces exécutions, dans une ambiance joliment résonante, d'un grand naturel dans l'image sonore et bien proportionnée quant à l'équilibre cordes-vents.

Texte de Jean-Pierre Robert 

Plus d’infos

  • ''Au goût parisien''
  • Joseph Haydn : Symphonies N°82, Hob. I:82 ''L'Ours'', N°87, Hob. I:87, N°24, Hob. 1:24 & N°2, Hob. I:2
  • Kammerorchester Basel, dir. Giovanni Antonini
  • 1 CD Alpha : Alpha 688 (Distribution : Outhere Music)
  • Durée du CD : 80 min 27 s
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5)

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