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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : les sonates pour violon de Mendelssohn

Mendelssohn Violin Sonatas

Moins connues que ses huit Quatuors et que son inégalé Octuor à cordes, les trois sonates que Mendelssohn a écrites pour violon et piano n'en méritent pas moins l'attention. Si une seule a été publiée, l'intérêt de ce CD est de présenter les deux autres ainsi qu'une pièce inachevée, formant un corpus cohérent. Surtout lorsque interprétées avec l'intensité qu'y apportent Alina Ibragimova et Cédric Tiberghien.

L'intérêt de Mendelssohn pour la musique de chambre, de violon en particulier, trouve son origine dans plusieurs rencontres avec des musiciens de son époque, célèbres virtuoses de l'instrument : son professeur Eduard Rietz, Rodolphe Kreutzer, Alexandre Boucher, Charles Philippe Lafont et bien sûr Nicolò Paganini. Dès sa jeunesse il s'essaiera à quelques sonates dont il n'en fera publier qu'une. Plus tard, en 1838, il reviendra au genre pour une ultime pièce. Curieusement, les trois sonates sont écrites en clé de Fa. La première, la Sonate en Fa majeur MWV Q7, date de 1820. Écrite dans le goût du XVIIIème et monothématique, elle offre un Allegro bien proportionné dans le dialogue entre les deux voix, non sans rappeler la manière de CPE Bach, suivi d'un Andante dont le thème est décliné en quatre variations, et d'un finale Presto plein d'entrain, exemple de mouvement rapide qui fera florès chez le musicien. De la même année date un fragment de Sonate en Ré MWV Q18, peut-être le premier mouvement d'une œuvre qui ne verra cependant pas le jour. Après une large introduction pianistique d'un sombre lyrisme, se détache le chant du violon, avant que s'installe un allegro bien marqué qui ne renie pas une influence de Beethoven, avant une coda apaisée.

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La Sonate en Fa mineur op.4 MWV Q12, de 1823, dédiée à Rietz, est elle aussi dans le sillage de Beethoven. Après une courte introduction du violon, le premier mouvement enchaîne un allegro moderato qui se souvient de la Sonate ''La tempête'' de l'auteur de Fidelio. Le discours offre une écriture libre avec quelques fines appogiatures. Initié par le piano, le Poco adagio semble rester d'un grand classicisme dans le dialogue des deux instruments. Mais au médian, la mélodie soutenue du violon marque une orientation nouvelle vers un romantisme plus affirmé eu égard à une montée en intensité. Le finale agitato aux rythmes instables et entraînants poursuit dans cette voie, prétexte à de ravissants échanges, avant une péroraison brillante.

La Sonate en Fa majeur MWV Q26 composée en 1838 est la plus ambitieuse. Elle est restée à l'état de manuscrit et munie de deux versions différentes de son premier mouvement, jusqu'à ce qu'elle soit exhumée et publiée en 1953 par Yehudi Menuhin, moyennant quelques retouches éditoriales. La version originale n'a été publiée qu'en 2009, l'année du bicentenaire de la naissance du compositeur. Quoi qu'il en soit de son histoire plutôt chaotique, son immédiate séduction procède d'un Allegro vivace exubérant, magistralement écrit aussi bien pour la partie de violon que pour celle de piano. Son allant irrésistible est dans la présente interprétation presque conquérante eu égard à de formidables accélérations. L'Adagio est intensément lyrique de par les belles arabesques du violon alors que quelques accents dramatiques en pimentent le cours, dans le style des pièces de piano de Mendelssohn, les Lieder ohne Worte (Romances sans paroles). Le finale Assai vivace renoue avec la verve du début, énergique, en forme de perpetuum mobile, une manière là encore typique chez l'auteur du Songe d'une nuit d'été et de son fabuleux scherzo vibrionnant.   

Alina Ibragimova et Cédric Tiberghien, à qui l'on doit déjà de belles réalisations dans les sonates de Schubert, de Franck et de Vierne, montrent combien leur complicité artistique porte ses fruits dans l'univers délicat de Mendelssohn. À la sonorité raffinée et aux extrêmes nuances dans le jeu de la violoniste font écho le toucher svelte et la manière ductile du pianiste. Ils sont captés dans une ambiance naturellement intimiste, les deux voix parfaitement équilibrées.

Texte de Jean-Pierre Robert 

Plus d’infos

  • Felix Mendelssohn : Sonates pour violon et piano en Fa mineur op.4 MWV Q12, en Fa majeur MWV Q26, en Fa majeur MWV Q7. Fragment de sonate en Ré MWV Q18
  • Alina Ibragimova (violon), Cédric Tiberghien (piano)
  • 1 CD Hyperion : CDA68322 (Distribution : Distrart Music)
  • Durée du CD : 67 min 04 s
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5) 

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Félix Mendelssohn, Alina Ibragimova, Cédric Tiberghien

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